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Face au Brexit, la patience des entreprises atteint son "point de rupture"

La pression des entreprises britanniques sur Theresa May se veut croissante alors que l'accord sur le Brexit est loin d'être achevé. ©Photo News

Les négociations sur le Brexit sont encore loin d'être achevées. Face au retard pris par l'exécutif britannique, le pessimisme des entreprises pour leurs activités à l'heure du post-Brexit gagne en vigueur.

La colère gronde. Tandis que l'horloge continue sa course effrénée. Les entrepreneurs britanniques font part de leurs inquiétudes face à un accord sur le Brexit encore flou à moins de neuf mois du retrait du Royaume-Uni de l'Union européenne. Ils appellent le gouvernement britannique à faire preuve d'une plus grande précision sur la situation commerciale post-Brexit.

Exigence de clarté

Theresa May n'a eu de cesse de l'affirmer. La Grande-Bretagne ne restera pas dans l'Union douanière. Une douche froide pour les entreprises britanniques de plus en plus pessimistes face au retard pris par le dossier du Brexit et qui plaident pour un retrait "doux" de l'UE. La plupart des grandes entreprises défendent un système simple qui aurait pour vocation d'éviter tout enlisement commercial.

Dès lors, quelles perspectives pour les entreprises britanniques au lendemain du Brexit? Pour l'heure, les principaux intéressés se situent dans une zone grise. Ils fustigent le manque de clarté du gouvernement britannique sur le devenir des relations commerciales avec l'UE, après le Brexit.

"Désormais, la date de sortie de l'UE approche pour le Royaume-Uni et la patience des entreprises est à bout"
Adam Marshall
Directeur des British Chambers of Commerce

Le secteur entrepreneurial enjoint l'exécutif à accélérer la cadence afin de proposer un texte qui les rassurerait sur leur avenir économique. Les British Chambers of Commerce (BCC) ont publié une liste de 24 grandes questions pratiques que se posent les entreprises sur les conséquences du Brexit.

Seulement, selon les BCC, deux points auraient fait l'objet d'avancées significatives, à savoir l'emploi des Européens au Royaume-Uni et les standards industriels à respecter.

Les British Chambers of Commerce fustigent cependant le manque de réponse sur les 22 autres thèmes parmi lesquels le transport aérien de marchandises ou encore l'instauration éventuelle de tarifs douaniers sur le commerce entre l'UE et le Royaume-Uni. 

L'UE attend les propositions de Londres sur leur future relation commerciale

La pression ne vient pas seulement du monde entrepreneurial mais aussi de l'Union européenne. "Nous attendons maintenant avec impatience le Livre blanc du Royaume-Uni, et nous espérons vivement qu'il apportera la clarté, le réalisme et l'élan nécessaires à la négociation", a souligné ce mardi Donald Tusk, le président du Conseil européen.

Ce livre blanc doit contenir les idées de Londres sur la future relation commerciale que le Royaume-Uni entend nouer avec l'UE. Londres et Bruxelles s'étaient mis d'accord pour que cette future relation n'aboutisse pas au rétablissement d'une frontière entre les deux Irlande. "Plus vite nous aurons une proposition britannique précise sur la frontière irlandaise, meilleures seront les chances de finaliser les négociations du Brexit cette année."


"Avec un temps qui file vers la sortie du Royaume-uni de l'UE, la patience des entreprises est en train d'atteindre un point de rupture", a concédé Adam Marshall, directeur général des BBC, qui a noté le peu de progrès réalisé par l'exécutif.

L'investissement mis au pas

"Pendant deux ans, les entreprises ont été patientes. Nous avons soutenu le besoin du gouvernement de trouver le meilleur accord possible pour l'économie britannique", a poursuivi Adam Marshall. "Désormais, la date de sortie de l'UE approche pour le Royaume-Uni et la patience des entreprises est à bout."

75%
Proportion d'entreprises britanniques craignant pour leurs activités
Selon un sondage publié ce lundi, 75% des entreprises britanniques interrogées craignent pour le devenir de leurs activités en cas de mauvais accord ou d'absence d'accord sur les futures relations avec l'UE.

Les sociétés britanniques se veulent prudentes et ralentissent leurs investissements face à l'incertitude et au manque de précision sur l'accord final du Brexit. L'Office des statistiques nationales a publié ces derniers chiffres la semaine passée. Et ils indiquent que le temps n'est pas au beau fixe pour les investissements puisque l'investissement des sociétés au Royaume-Uni s'est rétracté de 0,4% au premier trimestre.

Ce lundi, un sondage a rapporté que désormais 75% des entreprises britanniques craignaient pour le devenir de leurs activités. Symptôme de ce malaise, la mise en garde de Siemens  Airbus  ou encore BMW  face au spectre d'un Brexit mal ficelé qui pourrait avoir des conséquences néfastes sur leurs ventes.

Jeremy Hunt, secrétaire d’État à la Santé a, de concert avec Boris Johnson, critiqué les entreprises qui avaient dénoncé le manque de clarté sur le Brexit. ©EPA

Interrogé sur les inquiétudes des entreprises, le secrétaire d’État des Affaires Étrangères Boris Johnson, a répondu au Daily Telegraph par un explicite "F*** business." De même, le secrétaire d’État à la Santé Jeremy Hunt avait fustigé ces entreprises qui exposaient publiquement leurs griefs. Le responsable avait notamment qualifié l'attitude d'Airbus de "complètement inappropriée."

A l'inverse, le ministre des Finances Philip Hammond fait office de voix dissonante sur le dossier. "Les opinions des entrepreneurs, qui sont un grand pourvoyeur d'emploi, de richesse et de prospérité, devraient toujours êtres prises soigneusement en compte", a-t-il plaidé.

Un point sur lequel le directeur de la Chambre de Commerce le rejoint. "Les entreprises ont le droit de s'exprimer lorsqu'il est tout à fait clair que les questions pratiques affectant la compétitivité de ces sociétés et les moyens de subsistance de millions de personnes demeurent sans réponse."

Appel pour un accord sur les services

Dans le cadre des négociations sur le Brexit, un groupe composé de cabinets juridiques et comptables ainsi que de professionnels de la publicité réclame à la Première ministre un accord sur les activités de services.

Ils sollicitent, dans une lettre ouverte adressée à Theresa May, la reconnaissance mutuelle des régulations et des compétences afin d'éviter un préjudice pour leurs domaines d'activités. Le groupe a fait part de son opposition à l'idée de mettre sur pied des accords séparés pour les services et l'industrie alors que ces secteurs sont "inextricablement liés."

Ces professionnels rappellent que ce secteur emploie 4,6 millions de personnes, contribue à hauteur de 188 milliards de livres à l'économie du pays et constitue un exportateur majeur de service au-delà des frontières.

> lire aussi la carte blanche: Le Royaume-Uni victime du Brexit

"Échouer à négocier ces éléments perturberait notre capacité à fournir nos services au même niveau de gamme, de profondeur et de rapidité à nos clients présents autour du monde aujourd'hui, porterait atteinte à leurs affaires et repousserait nos secteurs vers un désavantage compétitif", a expliqué le groupe.

Les lobbies des entreprises auront ce vendredi les yeux rivés sur la réunion du gouvernement May qui cherchera à fédérer ses ministres autour d'une position unifiée, malgré les divergences internes.

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