Face aux eurodéputés, le patron d’AstraZeneca loue la stratégie britannique

Le patron d'AstraZeneca, ici lors d'une audition en 2019 devant le Sénat américain, était auditionné en visioconférence par le Parlement européen jeudi. ©AFP

Pascal Soriot a été mis sous pression par les députés européens lors d'une audition collective de quatre patrons de producteurs de vaccins, la première du genre.

Ils étaient quatre, mais le gros du flux de questions s’est concentré sur Pascal Soriot. Le PDG d’AstraZeneca a été mis sur le grill des députés européens, jeudi, lors d’une audition par visioconférence aux côtés de ses pairs de Moderna, CureVac et Novavax – la première du genre. Les parlementaires avaient la responsabilité "de vous rappeler les exigences légitimes des 430 millions d'européens qui demandent que vous respectiez les clauses des contrats que vous avez signés", a lancé Pascal Canfin (libéral), président de la commission Environnement, en guise d’introduction.

"Comme un savon"

La fiabilité de la firme de vaccins suédo-britannique, avec laquelle la Commission européenne a passé un contrat de précommande pour 400 millions de doses dont le premier volet n’a pas été respecté, aura été au cœur d’un tir nourri de questions de tout le spectre politique. Pourquoi l’entreprise a-t-elle privilégié ses livraisons au Royaume-Uni aux dépens de l’Union européenne? Pourquoi a-t-elle accusé autant de retard de production en Europe? Et comment avoir confiance dans ses promesses de livraisons pour l’avenir?

«Nous n’avons pas eu d’argent pour développer le vaccin en Europe.»
Pascal Soriot
CEO d'AstraZeneca

Le patron français de la firme a réaffirmé avoir signé avec le Royaume-Uni plusieurs mois avant de le faire avec l’Europe et souligné l’implication précoce du gouvernement britannique, qui a financé le développement du vaccin à coup de dizaines de millions de livres. "Nous n’avons pas eu d’argent pour développer le vaccin en Europe", a-t-il indiqué. Mais "une majorité écrasante de ce qui est fait en Union européenne est destinée à la consommation de l’Union européenne" – qui a mis en place un système d’interdiction d’exportations de vaccins.

Il a expliqué la production plus lente qu’attendu du vaccin par une phase d’apprentissage inégale d’une unité de production à l’autre. L’entreprise avait évalué pouvoir produire 5.000 doses par litre de vaccin – "certains ont livré cette quantité, d'autres la moitié". Il compte notamment sur la formation pour optimiser le rendement sur tous les sites. "Vous êtes comme un savon", s’est notamment irritée la députée Silvia Modic (gauche radicale), "comment pouvez-vous assurer qu'on puisse avoir confiance pour l'avenir?" Elle n’aura pas davantage de précisions.

Un vaccin en six mois

Dès son propos liminaire, Pascal Soriot a indiqué tout faire pour livrer 40 millions de doses au premier trimestre de 2021, "permettant la vaccination de près de 10% de la population européenne". À condition donc de ne pas utiliser ces livraisons pour des injections de seconde dose (4,5% des Belges ont reçu une dose, 3% deux doses). L’Europe devrait-elle se concentrer sur la première dose, comme les Britanniques, a interrogé le Belge Johan van Overtveldt (NV-A). "Oui, je pense que la stratégie au Royaume-Uni, qui était basée sur les données pour notre vaccin, est la bonne et a très bien fonctionné", a répondu le CEO.

"Nous travaillons sur un concept pour avoir un vaccin en six mois pour chaque Européen contre le prochain variant."
Franz-Werner Haas
CEO de CureVac

Outre l'accélération de la vaccination contre la souche de Wuhan, les députés se sont intéressés à l'enjeu clé de ses mutations. Le patron de Moderna, Stéphane Bancel, a indiqué avoir envoyé mercredi aux États-Unis les produits pour la phase I d’un vaccin contre le variant sud-africain (B.1.351). Celui d'AstraZeneca attend de son côté "de nouvelles données bientôt" sur les performances de son vaccin contre les nouveaux variants. Le patron de CureVac, Franz-Werner Haas, dont le vaccin espère une approbation de marché vers mai-juin, va un pas plus loin: "Nous travaillons sur un concept pour avoir un vaccin en six mois pour chaque Européen contre le prochain variant."

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