Fin de la décennie dorée pour l'Allemagne

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L’économie allemande a connu l’an passé encore un taux de croissance positif, de +0,6%. Mais les nuages s’amoncellent au-dessus de la première économie de la zone euro qui referme la page d’une "décennie dorée".

La bonne nouvelle pour l’économie allemande est que si elle a frôlé la récession l’an passé, celle-ci a finalement connu en 2019 un nouveau taux de croissance positif de + 0,6%, pour la dixième année consécutive. La croissance du PIB, essentiellement portée par la demande des ménages (+ 1,6%) et par le bâtiment (+ 3,8%), s’est également appuyée sur l’investissement public (+ 5,5%) et les biens d’investissement (+ 5,4%) dans un contexte de quasi plein-emploi.

Côté mauvaises nouvelles, les chiffres officiels présentés ce mercredi rappellent que jamais la croissance n’a été si faible depuis 2013 (+ 0,4%), alors que PIB allemand avait progressé de + 2,5% en 2017 et de + 1,5% en 2018. L’Allemagne referme, de l’avis des économistes, la page d’une "décennie dorée" avec un taux de croissance moyen de + 1,9% pendant cette période. Fierté du pays depuis les années 2000 grâce à la puissance du "Made in Germany" à l’export, l’industrie en est devenue son talon d’Achille. La production manufacturière hors bâtiment a chuté de 3,6% et le commerce extérieur de 0,4% l’an passé.

Consommation énergétique

"Dans les années à venir, tout dépendra de la capacité de l’industrie automobile à attirer les investissements en Allemagne."
Clément Fuest
Président de l’institut d’analyse de la conjoncture de Munich (IFO)

"Le problème de l’économie allemande, c’est son industrie et notamment son industrie automobile, souligne Clément Fuest, le président de l’institut d’analyse de la conjoncture de Munich (IFO), qui mesure le climat économique en Europe. Dans les années à venir, tout dépendra de la capacité de l’industrie automobile à attirer les investissements en Allemagne (et non à l’étranger, par exemple pour les batteries, NDLR). L’autre grande question concerne le prix de l’électricité. Toutes les industries d’avenir sont fortement consommatrices en courant. C’est un dossier où le gouvernement doit jouer un rôle. Or, pour l’heure, on a plutôt l’impression que le gouvernement fait l’inverse de ce qu’il faudrait faire en ce domaine."

Le ministère de l’Economie notamment est très critiqué dans le pays pour vouloir imposer une distance de 1 km entre éoliennes et habitations, alors que 65% de l’électricité produite dans le pays doit provenir des énergies renouvelables d’ici 2030, selon le plan climat. "L’Allemagne, résume Clément Fuest, semble miser sur l’achat de courant nucléaire de France et à base de charbon de Pologne." Le pays a décidé la fermeture de ses centrales à charbon d’ici 2038. La sortie du nucléaire est prévue pour 2022.

Pas de grands investissements

49,8
milliards
Le surplus budgétaire allemand s’élève en 2019 à 49,8 milliards d’euros, après 62,4 milliards en 2018.

Les prévisions pour l’année en cours varient de + 0,6% (Allianz) à + 1,1% (dont 0,3 point dû au faible nombre de jours fériés), selon IFO. L’Allemagne peut en effet s’appuyer sur des caisses bien pleines. Les comptes publics (État Fédéral, Länder, communes, sécurité sociale) affichent un huitième excédent consécutif, selon l’Office fédéral des statistiques. Le surplus 2019 s’élève à 49,8 milliards d’euros, après 62,4 milliards en 2018.

La question de savoir que faire de ce butin divise au sein de la classe politique. Le SPD et les Verts seraient favorables à davantage d’investissement public, notamment dans les infrastructures. Les conservateurs et les néo-communistes réclament des baisses d’impôt. "Une chose est sûre, on ne verra pas de grand programme d’investissement pour relancer la zone euro, rappelle Clément Fuest. L’Allemagne n’y voit aucun intérêt."

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