Flambée de violences en Irlande du Nord, les unionistes en colère

Des violences ont éclaté depuis près d’une semaine à Belfast. ©REUTERS

Voitures incendiées et cocktails Molotov lancés contre la police… Depuis près d’une semaine, l’Irlande du Nord est le théâtre de heurts quotidiens, les unionistes se sentant trahis depuis le Brexit.

C’était une conséquence redoutée du Brexit et de l'introduction d'une séparation maritime entre l’Irlande du Nord et le Royaume-Uni. Dans un tweet publié tard mercredi, le Premier ministre britannique Boris Johnson a fait part de sa "profonde préoccupation" après une nouvelle nuit de violences dans la province britannique, durant laquelle des manifestants ont lancé des cocktails Molotov et incendié un bus à Belfast.

La condamnation du chef de gouvernement britannique intervient après plusieurs jours d'émeutes, qui ont débuté dans la ville de Londonderry il y a une semaine environ, avant de s’étendre à Belfast et à ses environs pendant le week-end de Pâques.

Les violences de ces derniers jours doivent cesser "avant que quelqu'un ne soit tué ou gravement blessé", a pour sa part déclaré ce jeudi le chef de la diplomatie irlandaise, Simon Coveney, sur la chaine publique RTE, alors que plusieurs dizaines de policiers ont été blessés ces derniers jours.

Les fantômes du passé

Ces émeutes rappellent un sombre passé à la province britannique, où l'accord du Vendredi saint, signé en 1998, a permis de mettre fin à la période des "Troubles", trois décennies de conflits entre républicains, partisans d’une réunification de l’île, et unionistes,  fidèles à la Couronne britannique.

Le Brexit est en effet venu fragiliser cet équilibre si délicatement négocié entre les deux factions, en introduisant notamment des contrôles douaniers entre le Royaume-Uni et l’Union européenne.

"Il ne fait aucun doute que le Brexit et l'avènement du protocole ont considérablement porté atteinte à l'équilibre des forces."
Duncan Morrow
Professeur de science politique à l'Ulster university

Pour ne pas revenir sur l’accord de paix de 1998, Bruxelles et Londres ont en effet dû négocier une solution, le protocole nord-irlandais, qui permet d'éviter le retour à une frontière physique sur l'île d'Irlande en déplaçant les contrôles dans les ports nord-irlandais.

Ces nouvelles dispositions maintiennent de facto l’Irlande du Nord dans l'union douanière et le marché unique européen, ce qui est vécu comme une trahison par de nombreux unionistes.  

"Il ne fait aucun doute que le Brexit et l'avènement du protocole" introduisant des contrôles sur les marchandises arrivant en provenance de Grande-Bretagne "ont considérablement porté atteinte à l'équilibre des forces", a souligné à l’AFP Duncan Morrow, professeur de science politique à l'Ulster university.

Crise profonde

Les heurts depuis le Brexit, qui a au passage ravivé le débat sur l’unification irlandaise, ne sont toutefois que le témoignage d'une crise plus profonde qui secoue actuellement les unionistes.

En 2019, les élections britanniques ont notamment pour la première fois envoyé plus de députés nationalistes que d'unionistes à Westminster. À ceci vient s’ajouter un mouvement démographique de la jeune génération irlandaise vers les nationalistes, ce qui renforce le mal-être des unionistes.

Les manifestations continuent à Belfast, en Irlande du Nord, le 7 avril. ©REUTERS

Les incidents en Irlande du Nord interviennent également après que les autorités ont décidé de ne pas poursuivre des responsables du parti républicain Sinn Fein qui ont assisté aux obsèques d'un ancien chef paramilitaire de l'Armée républicaine irlandaise (IRA), et ce malgré les restrictions en vigueur contre le coronavirus.

À deux jours de l'anniversaire de l'accord de paix, le gouvernement semi-autonome nord-irlandais, qui tiendra une réunion d'urgence dans la journée de ce jeudi, devra tenter d'éteindre les braises de ce nouveau conflit.

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