analyse

Georgieva au FMI, le choix de Paris qui divise l'Europe

Kristalina Georgieva ©REUTERS

Paris a arraché la désignation de Kristalina Georgieva comme candidate de l’Union européenne pour diriger le FMI. La manœuvre de l’Élysée ne plaît pas à tout le monde.

La désignation de la Bulgare Kristalina Georgieva comme candidate de l’Union européenne pour diriger le FMI a donné lieu à un bras de fer sans précédent. Elle signe la montée en puissance du président français Emmanuel Macron sur l’échiquier européen. Et une division profonde de l’Union.

"Ce qui est surprenant, c’est qu’Emmanuel Macron parvienne encore à imposer son choix, et ça crispe certaines personnes."
Benjamin Bodson
Spécialiste des affaires européennes à l’Institut Egmont

Vendredi dernier, pour la première fois, un vote a été organisé pour décider du candidat européen au poste de directeur général du FMI. Depuis la création de l’institution en 1945, un accord tacite entre l’Europe et les Etats-Unis prévoit que la tête du FMI revient aux Européens et celle de la Banque mondiale, aux Américains. Le choix du candidat européen s’est toujours fait par consensus, les dirigeants de l’UE s’appliquant à ne pas afficher de division.

Cette fois, un parfum de nationalisme et de division a pesé sur les Vingt-Huit. "Ce qui est surprenant, c’est qu’Emmanuel Macron parvienne encore à imposer son choix, et ça crispe certaines personnes", dit Benjamin Bodson, expert en affaires européennes à l’Institut Egmont.

Kristalina Georgieva a été soutenue dès le départ par l’Élysée. "Cela fait partie d’un accord global sur la présidence de la Commission et les autres postes clés à la tête de l’UE", dit une source diplomatique. L’Allemagne, les Pays-Bas et le Royaume-Uni n’apprécient guère la décision.

Le choix de la France

La France a imposé son ministre des Finances, Bruno Le Maire, comme coordinateur du processus. Le choix devait être fait pour le 31 juillet. Il a fallu deux jours de plus pour imposer la candidate.

"Ils ont balayé un à un les autres candidats, la France allant jusqu’à menacer d’abandonner son rôle de coordinateur."

La pression exercée par la France a été extrême. "Ils ont balayé un à un les autres candidats, la France allant jusqu’à menacer d’abandonner son rôle de coordinateur", poursuit cette source. Bruno Le Maire a d’abord joué la recherche du consensus, alors que la division était totale. Puis a imposé le vote.

La chancelière allemande Angela Merkel soutenait le Néerlandais Jeroen Dijsselbloem. L’Allemagne a réclamé un délai supplémentaire pour poursuivre les discussions, mais la France a refusé. Pour dribbler Berlin, Paris s’était assurée le soutien de pays de l’Est. Hongrie en tête, ils ont soutenu la nomination d’Ursula von der Leyen, portée par la France, à la présidence de la Commission.

Renforcer les divisions

Le président Macron a placé quatre "proches" à la tête des institutions européennes. Kristalina Georgieva au FMI, la présidente élue von der Leyen, le président du Conseil européen, Charles Michel, la présidente de la BCE Christine Lagarde.

"Les étoiles s’alignent bien, mais il y a un moment où cela pourrait craquer."
Benjamin Bodson

Pour certains, c’est un juste retour du balancier après quatorze années de domination de l’Allemagne. Pour d’autres, il est à craindre de voir les intérêts de la France prévaloir sur ceux de l’Union européenne, ce qui renforcerait le nationalisme occupé à ronger l’Europe.

La victoire de Kristalina Georgieva est fragile. À peine 56% des votes ont été en sa faveur. Tandis qu’elle doit encore obtenir une dérogation au FMI étant donné qu’elle dépasse la limite d’âge de 65 ans pour diriger l’institution.

"Les étoiles s’alignent bien, mais il y a un moment où cela pourrait craquer. Il suffit qu’un État ou un groupe d’États changent d’avis, et tout basculera", conclut Benjamin Bodson.

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