portrait

Gérald Darmanin, en première ligne contre le salafisme

Depuis la décapitation d'un professeur, le ministre de l'Intérieur veut incarner la riposte ferme et rapide du gouvernement français face au terrorisme. Au risque que les paroles ne soient pas suivies d'actes.

La vie politique est souvent faite de rebondissements qui peuvent parfois faire oublier les heures sombres. Gérald Darmanin n'en a que trop conscience. Après avoir été longuement décrié, le ministre français de l'Intérieur, bête noire des féministes, car soupçonné d'être impliqué dans une affaire de viol avec abus de pouvoir (qu'il a toujours nié) qui remonte à 2009, compte bien redorer son blason, en affichant un bilan sans faute en matière de lutte contre le terrorisme.

Depuis la décapitation, il enchaîne les annonces

Sans surprise, depuis l'assassinat de Samuel Paty, professeur de collège, vendredi dernier, le locataire de l'hôtel de Beauvau est sur tous les fronts, occupant à fond l'espace médiatique.

CV Express

  • 1982: naissance à Valenciennes
  • 2007: diplômé de l'Institut d'études politiques de Lille
  • 2014: élu maire de Tourcoing
  • 2017: nommé ministre de l'Action et des Comptes publics dans le gouvernement d'Edouard Philippe
  • 2020: nommé ministre de l'Intérieur dans celui de Jean Castex

Coup de filet dans les milieux salafistes, expulsion d'étrangers fichés S, interdictions d'organisations soupçonnées d'alimenter la haine, passage au crible des réseaux sociaux. Les annonces s'enchaînent au point que l'on s'étonne que certaines n'aient pas été divulguées avant. Preuve en est, ce mardi, il faisait une révélation choc, assurant que la mosquée de Pantin, en banlieue nord de Paris, serait fermée pendant six mois. Et ce, au motif que son dirigeant aurait relayé sur la page Facebook de ce lieu de culte une vidéo mettant en cause le professeur de collège décapité. Objectif de ces déclarations en série? "Créer un électrochoc", assure-t-on dans son entourage, même si ce proche de Nicolas Sarkozy affirme déjà travailler en ce sens mais "à bas bruit" depuis qu'il est en poste.

"On ne peut pas laisser comme ça les réseaux (sociaux) lancer des fatwas."
Gérald Darmanin
Ministre français de l'Intérieur

Les contenus haineux sur internet

Après l'attentat devant les anciens locaux de Charlie Hebdo, Gérald Darmanin avait souligné la nécessité de renégocier avec les pays du Maghreb en vue d'évoquer plusieurs enjeux sécuritaires, y compris la question du recrutement des imams. "Il y a aujourd’hui un drame des mineurs isolés, notamment venant du Maroc, de l’Algérie, mais aussi de la Tchétchénie ou du Pakistan", avait-il alors insisté. Mais l'urgence active désormais bien d'autres pistes de réflexion. Autour de la loi Avia, par exemple, la loi du 24 juin 2020 visant à lutter contre les contenus haineux sur internet et qui s'était fait retoquer par le Conseil constitutionnel : "Il va falloir remettre le travail sur le métier. On ne peut pas laisser comme ça les réseaux (sociaux) lancer des fatwas", a indiqué le jeune ministre hyperactif. Il a également demandé aux préfets d'être plus vigilants quant à la protection des établissements scolaires en vue d'éviter des actes similaires dans les mois qui viennent.

"Nous avons besoin d'un ministre, pas d'un chef de com'."
Un policier français, à propos de Gérald Darmanin

Mais toutes ces propositions auront-elles des retombées ? Après les violences urbaines qui avaient suivi le déconfinement, certains policiers s'interrogeaient déjà sur les réelles capacités de Gérald Darmanin à changer les choses. "Nous avons besoin d'un ministre, pas d'un chef de com'", avait lâché l'un d'entre eux, qui ne voyait pas derrière les propos de l'ex-maire de Tourcoing le début d'une réforme pour alléger la pression de leur quotidien.

Cette fois encore, les experts commencent à décrypter les limites auxquelles certaines de ces propositions risquent de s'opposerExemple: l'expulsion des étrangers en situation irrégulière et fichés: "On ne peut pas les expulser comme ça", alerte une avocate sur France Info, "il faut que les personnes aient commis l'acte qu'on les soupçonne d'avoir voulu commettre, sinon c'est Minority Report". A suivre. 

"On ne peut pas expulser comme ça (les étrangers en situation irrégulière et fichés), il faut que les personnes aient commis l'acte qu'on les soupçonne d'avoir voulu commettre (...)."
Une avocate, mardi, au micro de France Info

Mariage à Tourcoing cet été

Gérald Darmanin s'est remarié fin août avec Rose-Marie Devillers (actuellement enceinte), jeune directrice conseil au sein de l'agence Havas Paris. Invités, Emmanuel Macron et Nicolas Sarkozy n'ont finalement pas pu être présents.

Ministre des cultes

"J’ai toujours été passionné par la question des relations entre l’État et les religions", a confié cet amoureux des livres au quotidien français La Croix en marge de son déplacement en juillet dernier à la grande synagogue de Paris.

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