analyse

Giuseppe Conte à la tête d'une coalition des contraires

©Bloomberg

Giuseppe Conte a été chargé de former une nouvelle coalition pour diriger l'Italie. Le Mouvement 5 étoiles et le Parti démocrate sont prêts à s'allier. Matteo Salvini est le grand perdant d’une crise qu’il a lui-même déclenchée.

Avec la convocation du chef de l’Etat, Sergio Mattarella, au Palais du Quirinal, le Premier ministre démissionnaire Giuseppe Conte a fait retour à la case départ. Il a, en effet, été officiellement chargé de former et diriger une nouvelle coalition gouvernementale, composée, cette fois, par le principal parti du centre gauche, le Parti démocrate (PD) et le Mouvement 5 étoiles (M5S), ancien allié trahi de la Ligue de Matteo Salvini.

"Ma mission est de créer une vraie coalition qui ne soit pas une simple somme de forces différentes, mais une véritable synthèse", a expliqué Conte, à l'issue de sa renontre avec le président italien qui l'a chargé de former un gouvernement. Si, pour l’instant, le risque d’élections anticipées a été écarté, le destin politique de cette nouvelle alliance (M5S et PD) contre nature reste quelque peu confus.

Quel est le contenu du programme du nouvel exécutif "jaune-rouge"?

"Nous voulons un gouvernement européiste, une démocratie pleinement libérale, un virage écologiste et social", a écrit, avec enthousiasme, sur Twitter, l’ancien Premier ministre du PD, Paolo Gentiloni.

Le M5S, formation politique antisystème créée par l’ancien comique Beppe Grillo, et le PD, malgré des visions radicalement différentes sur de nombreux dossiers et un antagonisme ancestral qui les a séparés jusqu’ici, partagent une approche sincèrement progressiste de l’économie et des grandes problématiques sociales. Dès l’annonce officielle de leur rapprochement, ils ont promis de "réduire la fracture sociale et géographique" qui divise le pays et d’aider, notamment, la jeunesse italienne, accablée aujourd’hui par un chômage des jeunes qui frôle les 30%.

La coalition hérite d’une nation en stagnation, lourdement endettée (la dette publique a atteint, cette année, 134% du PIB). Son objectif premier sera d’éviter une augmentation de la TVA qui plongerait le pays dans une douloureuse récession. Pour y arriver, le nouvel exécutif devra trouver 23 milliards d’euros dans les plis du budget de l’Etat. Une solution qui a déjà été officieusement évoquée est l’application d’un impôt sur la fortune.

Les deux grandes réformes de l’ancien gouvernement jaune-vert (la réforme des retraites et le revenu de citoyenneté) subiront probablement des modifications.

Un important virage est, de même, attendu en matière migratoire. Selon les dernières rumeurs, le ministère de l’Intérieur, dirigé au cours de la dernière année d’une main très ferme par Matteo Salvini (Ligue, extrême droite), pourrait être confié au préfet Mario Morcone, grand paladin d’une approche humanitaire à l’immigration, qui vient de déclarer que le "décret sécurité" de Salvini doit être aboli.

Qu’est-ce que cela change pour les relations avec l’Union européenne?

Il est indéniable que cet exécutif jaune-rouge sera bien plus apprécié par Bruxelles que le gouvernement, en partie souverainiste, qui serait né en cas d’élections anticipées. Le PD a toujours été fièrement européiste et fidèle aux règles communautaires. Il poussera le M5S, traditionnellement populiste et "rebelle", à opter pour une stratégie économique qui n’augmente pas le déficit et la dette publique nationale: l’exact contraire de la politique résolument keynésienne qu’aurait été mise en place par un exécutif dominé par la Ligue.  

Ce nouveau gouvernement est-il durable?

Tout dépendra de la souplesse avec laquelle les deux partis affronteront les inévitables compromis. La personnalité harmonieuse de Conte pourrait, en ce sens, faciliter les échanges entre les deux âmes du nouvel exécutif. Mais les doutes sur la longévité de ce "mariage arrangé" perdurent. L’ancien ministre Carlo Calenda, qui vient de démissionner de la direction du PD en évoquant le "choc de valeurs" qui oppose les deux formations politiques, déclare que cette alliance bancale "ne repoussera que de quelques mètres le si redouté rendez-vous électoral".

Cette alliance ne repoussera que de quelques mètres le si redouté rendez-vous électoral.
Carlo Calenda
ancien président du PD

Quel sera le destin de Matteo Salvini?

Le chef de la Ligue est le grand perdant d’une crise qu’il a lui-même déclenchée. Tel un antihéros shakespearien, "il a perdu pour avoir trop gagné", a expliqué son bras droit, Giancarlo Giorgetti. Enivré, ces derniers mois, par le soutien enthousiaste de ses supporters, il est aujourd’hui victime du sarcasme féroce de ses ennemis politiques. En baisse dans les sondages, il deviendra un très violent opposant du nouvel exécutif. Mais sa "traversée du désert" pourrait être courte. Soutenue par le parti Fratelli d’Italia (droite radicale) de Giorgia Meloni, et par Forza Italia de Silvio Berlusconi, la Ligue – qui demeure une formation très ambitieuse et soudée – reste, dans les sondages, le premier parti de la péninsule.

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