Grèce: la tension politique monte et pèse sur les marchés

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La tension politique en Grèce, liée à l'annonce lundi d'une élection présidentielle anticipée, s'est accrue jeudi avec un discours alarmiste du Premier ministre conservateur sur les dangers d'une possible arrivée au pouvoir du parti de gauche radicale Syriza, qui a été suivi d'un nouveau plongeon de la Bourse.

L'indice général de la Bourse d'Athènes (Athex) a cédé 7,35% jeudi. Les actions grecques ont perdu exactement 20%, un cinquième de leur valeur en trois séances, depuis la décision du gouvernement de coalition droite-socialistes du Premier ministre Antonis Samaras d'avancer de deux mois la tenue de l'élection présidentielle, ouvrant une période politique qui pourrait s'achever par une arrivée au pouvoir du parti de gauche radicale Syriza cet hiver.

En cas de la victoire du Syriza, "il y aurait une nouvelle crise qui pourrait facilement contaminer l'Europe", a lancé jeudi M. Samaras, des propos immédiatement suivis d'une forte accélération de la chute de la Bourse.  En cas d'échec du gouvernement, ce mois-ci, à réunir au moins 180 députés sur 300 sur le nom de l'ancien commissaire européen Stavros Dimas pour succéder au président Carolos Papoulias, il faudra en effet dissoudre le Parlement et proclamer des législatives anticipées. Syriza, selon les sondages, en serait le favori, avec son discours anti-austérité qui plaît à un peuple grec éreinté par les réformes économiques dictées depuis quatre ans par les créanciers internationaux du pays, BCE, UE et FMI.

Or la majorité parlementaire du gouvernement n'atteint actuellement que 155 députés, et la probabilité d'un échec du gouvernement à imposer son candidat à la présidentielle est forte. M. Samaras n'a donc pas lésiné jeudi sur les déclarations anxiogènes, de nature à convaincre les députés indécis de voter pour M. Dimas et d'éviter ainsi les législatives. Les "investisseurs étrangers ont été horrifiés" par le programme du Syriza, a-t-il solennellement lancé devant son groupe parlementaire, le Syriza "serait destructeur pour le pays".

Moscovici à Athènes lundi et mardi

Il a aussi accusé le président du Syriza, le député européen Alexis Tsipras, d'avoir "ramené le mot +Grexit+ à la bouche des étrangers". "Grexit", ou "Greece exit", avait été employé au plus fort de la crise pour désigner le risque d'une sortie du pays de la zone euro. La présidentielle, avec ses trois tours programmés les 17, 23 et 29 décembre, intervient de surcroît alors que le processus d'évaluation des comptes du pays par la troïka des créanciers, a pris du retard, et que lundi, la zone euro a dû prolonger de deux mois le programme d'aide dont bénéficie la Grèce, qui arrivait à échéance le 31 décembre.

Les investisseurs semblent s'être inquiétés aussi que le candidat choisi, M. Dimas, cadre historique du parti de M. Samaras, Nouvelle Démocratie, soit trop marqué à droite pour l'emporter. M. Samaras a fait savoir qu'il ne changerait pas de candidat en cours de scrutin, comme il pourrait le faire. "Malheureusement les scénarios négatifs (pour les marchés) ont été confirmés jeudi après l'annonce que Stavros Dimas resterait le seul candidat pendant les trois tours du vote prévus au Parlement", a commenté le site financier Euro2day.

Pour sa part, la Commission européenne a exprimé son soutien à l'ancien commissaire à l'Emploi puis à l'Environnement, estimant que sa désignation est "un signal fort à l'Europe". La porte-parole de la Commission, Annika Breidthardt, a considéré que l'accélération du calendrier par Antonis Samaras "peut aider à lever des incertitudes sur les marchés financiers".

Dans ce climat d'incertitude politique, le commissaire européen en charge des Affaires économiques, Pierre Moscovici, va venir à Athènes lundi et mardi, veille du premier tour de la présidentielle, pour témoigner son soutien aux Grecs et souligner la nécessité des réformes, a-t-il écrit sur son compte Twitter. Outre la fébrilité de l'Athex, le taux de rendement des obligations grecques à dix ans a grimpé à 9,1% jeudi, autre témoignage de la méfiance des marchés.

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