Herman Van Rompuy, alias "Mr Euro"?

La France veut faire du président du Conseil la figure de proue de la zone euro. Juste pour se débarrasser de Jean-Claude Juncker?

Herman Van Rompuy a manifestement bien trouvé sa place au sommet extraordinaire de la zone euro, le 21 juillet dernier. Aux yeux des autorités françaises, du moins. Paris a déclenché cette semaine une offensive médiatique visant à placer le président du Conseil européen des 27, donc à la tête des 17 pays de la zone euro.

Il deviendrait ainsi une sorte de "Mr Euro", doté d’un mandat clair et d’une véritable légitimité institutionnelle. Selon le quotidien "Le Monde", Paris a l’intention de faire une proposition officielle à l’Allemagne avant la fin du mois. La Commission prépare de son côté un nouveau sommet européen pour octobre, au cours duquel la nouvelle fonction pourrait être définie.

Ce serait un minuscule pas, presque symbolique, vers une meilleure gouvernance de la zone.

Paul De Grauwe, KUL

Depuis 1999, les ministres des Finances de la zone euro se réunissent au sein de l’Eurogroupe, et Jean-Claude Juncker préside cette instance depuis 2005. La zone euro a donc déjà une sorte de "Mr Euro" en la personne du ministre luxembourgeois des Finances. Mais son autorité est de plus en plus contestée au sein de l’Union. Et "MM. Juncker et Trichet ne sont pas les meilleurs amis du monde, ce n’est un secret pour personne", souligne Étienne de Callataÿ, économiste en chef de la Banque Degroof. "Herman Van Rompuy aurait les qualités humaines et diplomatiques pour faire le lien entre les États et la Banque centrale européenne", estime-t-il. Jean-Claude Juncker, de son côté, a implicitement confirmé le projet parisien en estimant dans "Le Figaro" que l’ex-Premier ministre belge serait "le choix logique et naturel" pour diriger un éventuel Conseil de la zone euro.

Exit l’Eurogroupe?

Mais le conflit de personnes n’explique certainement pas tout, d’autant que le mandat de Jean-Claude Juncker prend fin en 2012. "Vu la cacophonie qui règne au sein de la zone euro et son effet déstabilisateur sur les marchés, on tente apparemment d’intégrer le groupe des 17 à un niveau plus élevé", constate Paul De Grauwe, professeur d’économie à l’Université de Louvain (KUL). L’Eurogroupe qui s’est largement vidé de sa substance depuis le début de la crise de la dette s’inclinerait donc définitivement devant les chefs d’État et de gouvernement, même si la survie de l’institution n’a pas encore été remise en question. Pourtant, "maintenir un président de l’Eurogroupe face à un président du ‘Conseil de la zone euro’ n’aurait aucun sens!", tranche Paul De Grauwe.

Et en tout état de cause, "il ne faut pas exagérer l’importance" de la décision de faire d’Herman Van Rompuy un "Mr Euro", insiste-t-il. "Non seulement cela n’aurait aucun impact sur les marchés, mais ce serait un minuscule pas vers une meilleure gouvernance de la zone c’est presque symbolique", estime l’économiste. Étienne de Callataÿ en espère pour sa part davantage: "Si l’on pense à Herman Van Rompuy, ce n’est pas pour en faire un simple communicateur…" Pour lui, le futur "Mr Euro" pourrait être un chien de garde des finances publiques européennes, prêt à pointer les politiques nationales incompatibles avec la pérennité de l’euro "Un ministre européen des Finances qui n’en aurait pas le titre, en somme".

En 2008, Nicolas Sarkozy avait avancé l’idée d’un "gouvernement de la zone euro" qu’Angela Merkel avait balayée d’un revers de la main. "Mr Euro" serait-il une solution plus acceptable pour l’Allemagne? 

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