analyse

Hulot démissionne, nouvelle épine dans le pied de Macron

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Emmanuel Macron et son premier ministre Edouard Philippe vont devoir rapidement trouver une solution pour personnifier l'engagement environnemental du gouvernement, aussi bien à l'international qu'à l'intérieur du pays.

Selon le palais de l'Elysée, il y aura sous quelques jours un "remaniement ". En un mot, l'impact de la déflagration causée par la démission surprise de Nicolas Hulot, annoncée aujourd'hui [mardi] en direct sur France Inter devant une paire de journalistes médusés, donne toute la mesure de de l'événement.

Encore une fois, le président de la république française se voit contraint d'agir sous la pression. Déjà au mois de juillet, en conséquence de l'affaire Benalla, il avait été décidé une réorganisation du cabinet d'Emmanuel Macron.

Un mois plus tard, son premier ministre Edouard Philippe se voit obligé d'annoncer, après la défection de son ministre, qu'il soumettrait des propositions de nominations au président de la république. Lequel depuis le Danemark où il est en visite depuis ce mardi matin, a choisi de préserver celui qui avait été présenté comme un trophée, une des rares personnalités d'un gouvernement de techniciens ou d'hommes politiques discrets. "Si j'ai choisi Nicolas Hulot, a-t-il affirmé, c'est entre autres parce que c'est un homme libre, et je respecte sa liberté. Je souhaite pouvoir toujours compter sur son engagement d'homme libre, là où il choisira d'être, et je respecte sa décision."

En quinze mois, ce gouvernement a fait plus qu'aucun autre dans la même période sur les questions écologiques.
Emmanuel Macron

Il l'avait voulu, séduit et obtenu. Là où ses prédécesseurs, Nicolas Sarkozy et François Hollande s'étaient vu signifier une fin de non-recevoir. Emmanuel Macron avait expliqué qu'en recrutant Nicolas Hulot, au rang de ministre d'Etat dans le gouvernement de Edouard Philippe, il voulait une personnalité pas comme les autres, un homme expressément choisi comme un "intrus".

Et le nouveau venu avait eu l'occasion d'expliquer devant les caméras qu'il était bien conscient des difficultés de la charge d'un super ministère de la transition écologique et solidaire incluant pas moins de trois secrétariats d'Etat, mais qu'il s'agirait pour lui de "trouver un chemin".

→ Pour la petite histoire, c'est lui qui en 2002, avait soufflé à l'oreille de Jacques Chirac la fameuse formule "notre maison brûle mais nous regardons ailleurs". Mais le ministre s'est égaré, englué, écrasé par la solitude, la puissance des lobbys et une politique de "petit pas" qui selon lui ne correspondait en rien aux enjeux environnementaux.

Une image écologique à retrouver

Nicolas Hulot n'avait donc pas pris la peine de prévenir ni Emmanuel Macron, ni Edouard Philippe, mais il a espéré à l'antenne de France Inter que l'exécutif saurait tirer les conséquences de son départ. Le moins que l'on puisse dire c'est qu'effectivement, le chef du gouvernement, tout comme Emmanuel Macron qui souhaitait prendre de la hauteur en s'impliquant dans l'actualité internationale, ont du pain sur la planche.

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Il y a d'abord la question de l'image écologique que Nicolas Hulot symbolisait fortement avec une belle cote de popularité issue de son passé audiovisuel en général et de l'émission Ushuaïa en particulier. Il était tout à la fois la caution et la vitrine verte d'un gouvernement. Or Emmanuel Macron sait, notamment à l'égard de ses pairs européens, qu'il ne peut se contenter d'un remaniement technique avec une personnalité moins emblématique. La question du "casting" sera donc fondamentale.

Mais un simple changement d'image ne suffira pas. En claquant la porte Nicolas Hulot a bien précisé que le compte n'y était pas, ni sur le nucléaire, ni sur le glyphosate, ni sur la biodiversité et encore moins sur le climat. Le monde environnemental qui a aussi ses lobbys et ses animateurs, à l'instar du député européen Yannick Jadot, vont désormais guetter les signes concrets de la poursuite d'une politique favorable à l'environnement.

L'inscription prochaine de cette volonté dans la constitution ne sera qu'une étape. Les médias français tout comme les réseaux sociaux ne cessent de donner l'alerte sur les conséquences d'un dérèglement global qui touche non seulement le climat mais aussi la sécurité énergétique, la biodiversité et la nourriture servie dans les assiettes. Or sur ces sujets, Emmanuel Macron au contraire d'un Donald Trump, s'est engagé, en faisant preuve d'un volontarisme certain. Au Danemark encore il rappelait la nécessité de bâtir "une société du 21e siècle" avec un environnement sain comme valeur cardinale. Une vision que personnifiait jusqu'à hier Nicolas Hulot qui le protégeait en outre, du mécontentement des organisations écologistes face à des décisions gouvernementales médianes ménageant trop si l'on peut dire, la chèvre et le chou.

Le temps presse

Pour Emmanuel Macron et Edouard Philippe, il ne va pas falloir tarder. En quittant son poste Nicolas Hulot laisse entre autres choses le dossier inachevé de la "programmation pluri-annuelle de l'énergie", celle prévoit une réduction à 50% du nucléaire de la production d'électricité et qui doit être bouclée pour la fin de l'année. Or sur ce sujet, Nicolas Hulot avait fait part de ses difficultés à convaincre dans un pays ou le lobby nucléaire (et l'emploi qui va avec) est particulièrement puissant. Même Ségolène Royal s'y était cassé les dents. Le remplacement de Nicolas Hulot, rien que sur ce point, s'annonce des plus délicats.

©AFP

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