interview

"Il est fondamental de lutter contre les trafiquants"

Didier Reynders ©EPA

Didier Reynders, le ministre belge des Affaires étrangères, a répondu ce mardi matin aux questions de Martin Buxant sur Bel RTL à propos des décisions récemment prises par l'Europe pour lutter contre la crise de l'immigration actuelle.

700 morts en mer Méditerranée ce week-end et chaque jour apporte son lot de catastrophes. Pourquoi cette déferlante aujourd’hui ? Est-ce que l’instabilité chronique en Libye pousse à ces nombreux départs vers l’Europe ?

C’est un des éléments. On doit travailler avec les pays d’origine, la Libye où il n’y a pas d’Etat, mais beaucoup d'autres pays où se déroulent des conflits armés: la Syrie, l’Irak, la Somalie... Mais aussi des pays dans lesquels la gouvernance n’est pas à la hauteur ou les richesses ne sont pas correctement réparties, où un petit groupe de personnes se partage les richesses. La population n’en bénéficie pas et les gens partent, bouffés par la misère.

Vous avez établi un plan en plusieurs points avec vos homologues européens. Est-ce que vous pouvez le détailler ?

"La première chose, c’est de continuer à travailler pour obtenir une stabilisation, notamment en Libye."
Didier Reynders
Ministre des Affaires étrangères

La première chose, c’est de continuer à travailler pour obtenir une stabilisation, notamment en Libye. On chercher à mettre en place un gouvernement en Libye. Il y a un envoyé spécial des Nations Unies qui y travaille avec les pays de la région.

La deuxième chose qui est fondamentale, c’est de lutter contre les trafiquants. Parce que les victimes de ces naufrages en Méditerranée sont d’abord victimes de trafiquants qui les exploitent et les mettent sur des rafiots tout à fait invraisemblables.

Concrètement, n'est-ce pas difficile de lutter contre les trafiquants en Libye s'il n'y a pas d'Etat?

Il n’y avait pas d’Etat en Somalie, mais on a quand même lutté contre les trafiquants. On a décidé de doubler les moyens en Méditerranée. Donc doubler les moyens financiers, mais augmenter aussi les moyens en bateaux, en hélicoptères. La Belgique est en train de regarder comment participer en envoyant probablement des bateaux supplémentaires dans la région.

La Belgique va le faire ?

Oui, nous en avons parlé avec mes collègues de l’Intérieur et de la Défense. On va doubler l’aide financière pour que l’Italie puisse développer ses actions en Méditerranée. Il s’agira non seulement de contrôler des opérations de sauvetage qui ont lieu en Méditerranée, mais aussi de tenter de détruire les bateaux des trafiquants et de les poursuivre.

Est-ce qu’on a pas trop longtemps laissé les pays qui sont en première ligne se débrouiller seuls face au flux migratoire ?

5.000
C'est le nombre de réfugiés qui seront accueillis prochainement sur le territoire européen.

Il faut probablement les aider plus, mais il ne faut pas se tromper, nous les aidons déjà beaucoup. Plusieurs pays européens font des efforts importants. Ce qu’il faut, c’est que tous les pays européens fassent le même effort. Nous avons aussi décidé de renforcer les mesures d’accueil. Dans un premier temps, c’est un projet pilote de 5000 personnes qui seront accueillies.

Quand on voit les très faibles budgets alloués à Frontex, l’Agence européenne chargée de contrôler les frontière, n'est ce pas insuffisant pour répondre à ces naufrages ?

C’est la première mesure demandée à la Commission. On va doubler les moyens financiers de Frontex. Mais les moyens financiers ne suffisent pas. Frontex fait aussi des opérations de contrôle et de sauvetage en mer. C’est pour cela que nous allons, au-delà des moyens financiers, ajouter des bateaux, des hélicoptères pour organiser le sauvetage et la lutte contre les trafiquants. La responsabilité de ces drames est partagée. On en assume une part. Mais elle est d’abord dans les mains des pays d’origine.

Est-ce que c’était mieux contrôlé à l’époque de Kadhafi ?

Pas du tout, car il a massacré une partie de sa population à Benghazi. Et si on n’était pas intervenu, on aurait eu un massacre complet sur le territoire de la Libye.

La Belgique accueille 300 réfugiés syriens en 2015. Est-ce que ce n’est pas un peu faible ?

C’est la première démarche. Je n’exclus pas qu’il y en ai plus en cours d’année. Mais il faut maintenant que tous les pays européens fassent le même effort. Quand nous accueillons 150 réfugiés, si on applique le même quota dans tous les pays européens, ça nous fait 5000 personnes accueillies.

On va faire plus, on va accueillir plus de réfugiés ?

Il faut en accueillir plus, mais il faut aussi organiser des retours dans les pays d’origine. Il y a une partie des personnes qui peuvent bénéficier du droit d’asile. Il y a aussi des migrants illégaux et là nous devons travailler avec les pays d’origine.

Votre collègue à l’Immigration, Theo Francken, mène une politique assez sécuritaire et restrictive. Est-ce que vous vous reconnaissez totalement dans cette politique ?

"Theo Francken poursuit la politique de Maggie De Block."
Didier Reynders
Ministre des Affaires étrangères

Je crois qu’il poursuit la politique de Maggie De Block qui a été appréciée de l’ensemble de la population et en essayant aussi d’ouvrir un certain nombre d’espaces d’accueil. On doit réserver l’accueil à ceux qui en ont le plus besoin, c’est-à-dire à ceux qui bénéficient du droit d’asile.

 

Ecoutez l'interview dans son intégralité

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