"Il y a dix ans, je n'étais pas indépendantiste"

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Quand il était porte-parole de Louis Michel, Amadeu Altafaj n'était pas indépendantiste. Aujourd'hui, il défend l'indépendance catalane auprès de l'Union, avec les séparatistes de tout bois - à commencer par ceux de la N-VA, comme alliés.

Dimanche, il sera à son poste, à Bruxelles, prêt à jouer les courroies de transmission entre Barcelone et l'Europe. Comme d'autres Catalans de l'étranger, le représentant diplomatique de la Catalogne auprès de l'Union européenne a déjà voté par courrier recommandé. Mais Amadeu Altafaj n'a aucune idée du taux de participation à ce référendum des Catalans de Belgique: il ne sait même pas combien de Catalans vivent dans notre pays. Sa représentation "diplomatique" en bordure du rond-point Schuman a beau être cossue, elle n'a aucun pouvoir consulaire.

La mission de cet ancien fonctionnaire européen - il fut porte-parole de Louis Michel - est d'entretenir le dialogue avec l'Europe. Et il a des contacts, il en a "au plus haut niveau", dit-il. Mais toujours officieux. Et il l'assure, derrière le silence radio de la Commission, qui considère cette affaire comme relevant exclusivement de Madrid, il y a la réalité des inquiétudes, vives, dans les couloirs du Berlaymont: "Au sein du cabinet de Jean-Claude Juncker, on est très préoccupé de l'approche plus émotionnelle que rationnelle suivie par Madrid", assure-t-il. Ce serait cela, le problème, vu de l'exécutif européen affirme-t-il: le gouvernement espagnol a laissé la bulle gonfler sans la gérer. Le résultat, c'est qu'aujourd'hui un Catalan sur deux environ est favorable à l'indépendance alors qu'ils n'étaient encore qu'un sur cinq il y a dix ans, souligne-t-il.

"Admirable" Belgique

Amadeu Altafaj est l'illustration de cette évolution: "Il y a dix ans, je n'étais pas indépendantiste: je défendais une identité catalane qui pouvait s'exprimer clairement dans le cadre espagnol", confie-t-il. À cette époque, il travaillait encore pour Louis Michel, alors commissaire au Développement. "Je le voyais plus souvent que ma femme et mes enfants, et j'étais plus préoccupé par la situation dans les Grands Lacs que par la question catalane." Mais depuis, la situation s'est dégradée. Les scénarios avancés pour donner plus d'autonomie aux Catalans en dehors d'un scénario d'indépendance ont tous été balayés d'un revers de la main. Ça ne se serait pas passé comme ça en Belgique, glisse-t-il en louant "l'admirable capacité" du pays dans lequel il vit depuis 22 ans "à s'engager dans le dialogue politique pour résoudre ce type de questions".

Il ne fait pas mystère de sa proximité avec les séparatistes flamands, quasi naturelle pour un séparatiste catalan. Cette semaine encore, il retweetait avec enthousiasme l'annonce de la création par des députés flamands d'un "groupe d'amitié Flandre-Catalogne". Alors que Bart De Wever a taxé sur Twitter l'attitude de Madrid de "stupide et inacceptable", une délégation de députés de son parti seront en Catalogne dimanche pour observer le scrutin.

Tout en continuant d'appeler Madrid à dialoguer, Altafaj ne se pose plus dans une approche conciliatrice "à la belge". Le résultat du scrutin de dimanche déterminera bien sûr l'action de Barcelone, mais en cas de "oui" à l'indépendance, le gouvernement en tirera les conséquences dans les 48 heures... Comment gérer la crise qu'un tel vote déclencherait? De la Commission, il n'attend pas grand-chose, même s'il aurait aimé qu'elle joue les bons offices. "Nous avons lancé un appel à la médiation. Mon souhait serait qu'elle vienne d'un État membre de l'Union, dit-il. Ce que je n'aimerais pas, c'est que l'influence vienne des marchés financiers, qui n'ont pas de légitimité démocratique..."

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