"Je suis contre des Guantanamo pour migrants" (Avramopoulos)

©Jonas Roosens

La Commission européenne et le président du Conseil Donald Tusk soutiennent l'idée de créer des camps de rétention dans les pays de départ des migrants, en Afrique du Nord et en Albanie. Pour l'instant, aucun Etat concerné n'a marqué son accord pour en accueillir.

L'Union européenne se prépare à vivre des jours difficiles. Une réunion importante des chefs d'État ou de gouvernement de l'UE doit avoir lieu la semaine prochaine. La "mère de tous les sommets", le plus important de l'année, devait traiter du Brexit, d'économie et de défense. La crise migratoire s'est invitée en dernière minute, après les sorties du ministre italien de l'Intérieur Matteo Salvini, leader de la Ligue d'extrême droite.

Les Vingt-huit sont divisés sur la réforme de Dublin qui détermine dans quel État est traitée une demande d'asile. Ils affichent aussi leur désaccord sur la question de la relocalisation des migrants dans tout le territoire européen pour décharger l'Italie et la Grèce de la pression migratoire.

Pour aplanir les positions, la chancelière allemande Angela Merkel a convoqué un "mini-sommet" entre sept pays sur la question migratoire (Allemagne, Autriche, France, Italie, Malte, Bulgarie et Espagne), dimanche prochain à Bruxelles. Formellement, l'invitation vient du président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, qui supplée au président du Conseil Donald Tusk occupé à faire le tour des capitales européennes pour déminer le terrain.

Des camps de rétention extraterritoriaux

"Je suis contre des Guantanamo pour les migrants, cela va à l'encontre des valeurs européennes. Ce n'est pas cela dont nous discutons, c'est hors de question"
Dimitris Avramopoulos
Commissaire européen chargé de la Migration

Ce jeudi, le commissaire européen chargé des Migrations, Dimitris Avramopoulos, a défendu l'idée de créer des plateformes d'accueil des migrants dans les pays d'Afrique du Nord et en Albanie, afin de trier les réfugiés potentiels des migrants économiques. Cette proposition vient, à l'origine, du Premier ministre hongrois Viktor Orban. Refusée en 2015, au plus fort de la crise migratoire, elle a été remise au goût du jour mardi dernier par le président Tusk.

"Je suis contre des Guantanamo pour les migrants, cela va à l'encontre des valeurs européennes. Ce n'est pas cela dont nous discutons, c'est hors de question", dit le commissaire Avramopoulos. "Notre grand objectif est de sauver des vies".

La Commission européenne est actuellement en contact avec les Nations unies et l'Organisation internationale des migrations (OIM) pour tenter de créer ce dispositif, appelé aussi "de débarquement régional". Il nécessite un accord avec les pays de départ concernés.

Pour la Commission européenne, ces camps permettraient "d'encourager les retours volontaires dans les pays d'origine et les réinstallations de réfugiés en Europe".

Pour l'heure, aucun État tiers ne s'est porté candidat pour accueillir ces plateformes. "C'est trop tôt. Aucune proposition officielle n'a été faite", dit la Commission européenne. La proposition sera inscrite dans le projet de conclusions du prochain sommet européen.

La création de ces camps s'accompagnerait d'une aide accrue au développement des pays d'origine. Mais là aussi, les promesses ne sont pas encore remplies. "Il faut faire davantage pour contrer les causes de la migration", ajoute Dimitris Avramopoulos. L'UE a déjà avancé 2,8 milliards d'euros pour un fonds consacré à cet effet. "Il manque encore 1,2 milliard".

Regain de populisme

Plusieurs développements ont ramené le dossier migration au plus haut des priorités: les tensions sur la politique migratoire entre la CDU et la CSU allemandes, la volonté du chancelier autrichien Sebastian Kurz de créer un "axe de volontaires contre l'immigration" entre l'Allemagne, l'Autriche et l'Italie, et la décision du leader d'extrême droite italien Matteo Salvini de refuser l'accostage de navires humanitaires.

Pourtant, les arrivées de migrants en Italie se sont taries de 85% par rapport à l'année 2017. Tandis que le nombre de demandes d'asile en Europe a baissé de 44% en 2018 par rapport à l'année passée.

"Nous sommes dans une situation historique. Pour la première fois, en soixante ans, nous sommes confrontés à ces défis. Les populistes profitent de cette situation pour survivre", commente le commissaire Avramopoulos, "mais pouvez-vous imaginer une Europe avec des frontières fermées? Non." 

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