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Jean-Jacques Urvoas, un démineur au secours de Valls

La Justice française va pencher à droite avec le remplacement de Christiane Taubira par Jean-Jacques Urvoas.

Un démineur hors pair au secours du gouvernement. La nomination de Jean-Jacques Urvoas au ministère de la Justice en remplacement de Christiane Taubira n’a pas vraiment surpris hier, même si l’homme visait davantage l’Intérieur. Peu connu du grand public, ce Breton de 56 ans, député du Finistère depuis 2007, est le monsieur Sécurité du Parti socialiste. En 2008, il intègre le Conseil national du PS. Un an plus tard, Martine Aubry, alors première secrétaire du parti, le désigne comme secrétaire national chargé des questions de sécurité. Et c’est donc naturellement qu’il construit le programme électoral du PS en matière de sécurité.

Ancien proche de Dominique Strauss-Kahn, il a soutenu François Hollande lors de la primaire de 2011 et s’est rapproché à pic de Manuel Valls. Connu pour son penchant à droite, il prône même à l’époque le "choc salutaire" d’une fusion des ministères de l’Intérieur et de la Justice, qui fait polémique avant d’être repris par la droite.

  • Né le 19 septembre 1959 à Brest (Finistère)
  • 1977 Il adhère au Parti socialiste, qu’il quittera deux fois avant de se réinscrire à chaque fois.
  • 1989 Nommé directeur de cabinet du maire de Quimper, Bernard Poignant.
  • 2000-2008 Devient Premier secrétaire de la Fédération socialiste du Finistère. Elu député du Finistère en 2007.
  • 2012 Elu président de la Commission des lois constitutionnelles de l’Assemblée nationale.

Un homme d’appareil…

Sa fidélité au candidat Hollande devenu président est récompensée avec son élection, dès 2012, à la très convoitée présidence de la commission des lois de l’Assemblée nationale. Un poste honorifique et hautement stratégique pour cet homme d’appareil (il a adhéré au PS à ses 18 ans en 1977) peu féru des médias.

A la tête de la commission, ce Quimpérois ne fait réellement parler de lui qu’il y a tout juste un an, en préparant et faisant adopter la loi sur le renseignement, qui réforme les services secrets. Autrement dit, c’est lui qui a légalisé les pratiques clandestines des services dans la lutte anti-terroriste après les attaques contre Charlie Hebdo. C’est lui aussi qui est à l’origine de la légalisation de l’usage des fameuses valises espionnes capables de capter les échanges téléphoniques à leur proximité (Imsi Catcher).

Loyal et anti-couacs

Homme "d’ordre" même s’il n’apprécie pas le terme, Jean-Jacques Urvoas est le candidat idéal pour succéder à Christiane Taubira. Grand professionnel du droit – ex-maître de conférences en droit public –, il n’est pas laxiste (bien au contraire!) et surtout, il sait se faire diplomate quand il faut. Comme en déminant l’imbroglio législatif et politique autour de la déchéance de nationalité.

©BELGAIMAGE

Homme brillant et cultivé, il dispose d’une aura auprès des parlementaires qui lui permet de démêler le sac de nœuds de cette déchéance de nationalité en trouvant un compromis censé convenir à tout le monde: au gouvernement, aux parlementaires socialistes comme du centre et de droite… Son astuce? Ne pas inscrire dans la réforme constitutionnelle à venir le terme de "binationalité" qui crispe tant à gauche, comme son prédécesseur Place Vendôme.

Les couacs passés ne devraient pas se répéter avec Urvoas. Copain de Manuel Valls (qui portera devant le Parlement le texte sur la déchéance) et proche du ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, il devrait logiquement soutenir le texte. L’homme n’apprécie pas parler pour ne rien dire, comme il aime le souligner, et préfère se taire plutôt que désapprouver une décision du gouvernement. Saura-t-il tenir sa langue dans son nouveau costume? Comment va-t-il soutenir la décision de l’exécutif de prolonger l’état d’urgence qu’il ne cautionne pas lui-même? Nommé opportunément mardi rapporteur du projet de loi constitutionnel, ce père discret de deux enfants va devoir la jouer fine pour ne pas s’embourber, à son tour, dans ses contradictions.

Il sait attendre son heure

Urvoas est l’un des rares à oser décliner un maroquin. Nommé à Matignon en avril 2014, Manuel Valls cherche à s’entourer de fidèles. Il lui propose le poste de secrétaire d’Etat aux Relations avec le Parlement. Jean-Jacques Urvoas, qui convoite déjà l’Intérieur, se paye le luxe de refuser, préférant rester président de la Commission des lois constitutionnelles de l’Assemblée nationale.

Fan de Mylène Farmer

Le nouveau garde des Sceaux ne cache pas sa passion pour "Mylène Farmer et de son obsession du contrôle, la même que la sienne, qu’il surjoue un peu… Il ne peut prononcer un discours sans l’avoir entièrement écrit, jusqu’à la phrase qu’il prévoit de faire sauter en cas d’ennui de l’auditoire", confie un ami parlementaire.

Très critique sur le Raid

Après les assassinats commis par Mohammed Merah, en mars 2012, il tacle dans un tweet le Raid, qui n’est "pas capable en trente heures d’aller chercher un homme seul dans un appartement". Il fera son mea culpa par la suite mais continuera à souligner les "défaillances humaines" dans cette affaire, en particulier de la part des services de renseignement.

 

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