Journée de grève et de manifs en Grèce

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Le vice-président de la Commission européenne, Antonio Tajani, a dénoncé la décision du gouvernement grec de fermer la chaîne publique audivovisuelle ERT. "Ca suffit avec les sacrifices, les autorités grecques doivent travailler à la croissance". Un message lancé alors que le pays est paralysé par une grève générale de 24 heures.

Entre 15.000  et 20.000 manifestants grecs protestent ce jeudi contre la décision du gouvernement de fermer la télévision  publique ERT. Le pays est également paralysé par une grève générale qui touche les transports en commun, les chemins de fer et l'administration à travers tout le pays.

La plupart des banques, les commerces et la poste, étaient ouvertes.

La décision prise par le Premier ministre Antonis Samaras de fermer toutes les chaînes de télévision et les stations de radio du service public entraînera la suppression de 2.700 postes, alors que le chômage ne cesse de grimper dans le pays. Au 1er trimestre, le taux de chômage a encore progressé à 27,4%.

Les journalistes étant aussi en grève, aucun journal n'avait paru jeudi. Les journalistes et techniciens d'ERT continuaient malgré tout à diffuser des émissions via internet (www.ert.gr) ou via le canal analogique d'une télévision locale appartenant au parti communiste grec KKE.

Les manifestants ont reçu le soutien du vice-président de la Commission européenne. "Ça suffit avec les sacrifices": les autorités grecques, avec l'appui de l'Union européenne, doivent "travailler pour la croissance", a déclaré jeudi Antonio Tajani.

La mise en sommeil des trois chaînes de télévision et des radios du service public grec (ERT) est "une décision dépendante du gouvernement grec", a-t-il souligné sur Europe 1, mais l'heure est désormais à "aller de l'avant".

"Ils crient pour ne pas perdre leurs privilèges"

Le Premier ministre, dont le parti Nouvelle Démocratie est le seul de la coalition gouvernementale à soutenir cette fermeture a défendu la décision mercredi soir en qualifiant l'ERT de "foyer d'opacité et de gaspillage".

"L'ERT des privilèges s'est écroulée (...). On ne ferme pas la télévision publique, une nouvelle station sera créée très prochainement", a-t-il assuré."Nous protégeons l'intérêt public", "notre projet de loi (qui sera discuté au parlement) visant à la création d'une nouvelle télévision grecque" sera "la réforme la plus radicale et la plus démocratique jamais faite dans le pays", a-t-il déclaré.

"On n'a pas entendu de telles réactions quand des milliers d'entreprises ont fermé et des centaines de personnes perdu leur emploi", a raillé le Premier ministre. "Ils crient parce qu'ils ne veulent pas perdre leurs privilèges, ils ne crient pas pour défendre les droits des gens(...) C'est un nouvel exemple de l'hypocrisie qui a conduit la Grèce là où elle est aujourd'hui et d'un système qui ne veut pas renoncer à ses privilèges", a-t-il martelé.

A savoir

En fermant en quelques heures les écrans des cinq chaînes de télévision publiques et toutes les radios du groupe, Antonis Samaras a sans doute voulu montrer sa détermination à s'attaquer aux "vaches sacrées" du service public, expression péjorative utilisée par le porte-parole du gouvernement.

L'ERT est autant critiquée pour ses privilèges, son clientélisme, et sa mauvaise gestion, que respectée dans les milieux culturels pour l'exigence de son travail, notamment en matière de documentaires.

Depuis le début de la crise de la dette en 2010, les salariés du groupe ont beaucoup souffert des coupes imposées sur les salaires, évaluées à 45% par les syndicats.

La Grèce s'est engagée auprès de ses créanciers, zone euro et FMI, à restructurer son service public afin de réduire ses déficits et à se séparer de milliers de fonctionnaires d'ici fin 2014, dont 2.000 au début de l'été 2013.

 

Mais dans un pays où six ans de récession ont abouti à un taux de chômage à 27%, qui explose à 60% chez les moins de 24 ans, opposition et syndicats accusent le gouvernement d'avoir fomenté un "coup d'état" contre le peuple grec, avec cette fermeture autoritaire d'une société très chargée symboliquement.

Le Parti socialiste grec (Pasok) et la Gauche démocratique (Dimar), les deux partis partageant le pouvoir avec les conservateurs, ont réclamé mercredi la reprise des émissions de la radiotélévision publique et demandé à voir le Premier ministre, Antonis Samaras.

Enfermé dans son bureau au milieu de partisans encore sous le choc, le président du syndicat de salariés de ERT, Panayotis Kalfayanis, a appelé à l'occupation du bâtiment, et a indiqué qu'il allait "saisir la justice européenne et la justice grecque".

Les syndicalistes et le leader de l'opposition Alexis Tsipras (gauche radicale, Syriza) souhaiteraient notamment obtenir du président grec Carolos Papoulias qu'il ne signe pas le décret "à contenu législatif" de la veille, abusivement baptisé décret présidentiel, qui est en fait une bizarrerie permise par la constitution grecque en cas de "situation exceptionnelle" et à condition qu'elle se transforme en loi sous 40 jours.

"C'est un coup d'Etat", avait analysé M. Tsipras pour dénoncer cet acte législatif qui donnait au gouvernement la possibilité de fermer une entreprise publique par décision ministérielle.

Dans toute l'Europe, plusieurs organisations professionnelles des médias ont aussi exprimé leur condamnation, tandis que l'embarras était perceptible du côté des autorités des pays européens partenaires. Les ministres des Affaires étrangères espagnol et français José Manuel Garcia-Margallo et Laurent Fabius ont regretté mercredi à Madrid la fermeture de la ERT, le ministre espagnol mettant en garde contre "l'austérité comme dogme idéologique".

 

En bref

Appel à la solidarité des journalistes belges

L'Association générale des journalistes professionnels de Belgique (AGJPB), la fédération européenne des journalistes (FEJ) et la fédération internationale des journalistes (FIJ) appellent à un rassemblement, ce vendredi à 10 heures devant l'ambassade de Grèce à Bruxelles, afin de protester contre la décision "brutale" du gouvernement grec de fermer la radiotélévision publique ERT. "C'est un coup majeur porté à la démocratie, au pluralisme des médias et au journalisme comme un bien public en Grèce, privant ainsi les citoyens de leur droit à l'information honnête et impartiale. Mais cela signifie aussi la perte des emplois de nombreux journalistes à travers le pays", a déclaré Mogens Blicher Bjerregard, le nouveau président de la FEJ, dans un communiqué publié sur le site de l'AGJPB.

 

Mercredi en milieu de journée, le gouvernement a annoncé le dépôt d'un projet de loi réorganisant tout l'audiovisuel public grec, télévision, radio et internet, et créant une nouvelle société publique Nerit S.A. Cette nouvelle structure, comportant les médias radio, télévisé et internet, commencerait à fonctionner d'ici fin août, avec 1.200 employés au lieu des 2.660 actuellement.

Le hic, car hic il y a, c'est que les deux partenaires juniors de la coalition gouvernementale, le Pasok socialiste et le Dimar (gauche modérée), ont déclaré publiquement leur opposition à ce décret.

"Nous sommes dans une nouvelle crise politique", analyse le politologue Ilias Nikolakopoulos. Selon lui, pour s'en sortir, le gouvernement, dirigé par le premier ministre conservateur Antonis Samaras (Nouvelle-Démocratie), "va tâcher de faire voter très rapidement son projet de réorganisation de l'audiovisuel public par les trois partis de la coalition".
"Une fois que le nouvel organisme sera en place, et qu'il y aura eu accord politique sur le contenu de la restructuration, la manière dont on a procédé pour y parvenir deviendra un détail et le premier décret --contesté-- sera annulé".

"C'est pour celà que le gouvernement est pressé de déposer son projet de loi sur l'audiovisuel public, avec l'argument de dire qu'on ne pouvait pas le faire si ERT était encore en activité", ajoute-t-il.



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