Julian Assange risque l'extradition vers les Etats-Unis

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Réfugié depuis près de 2.500 jours dans l’ambassade d’Équateur à Londres, Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks a été interpellé par Scotland Yard et a passé sa première nuit en détention.

Après sept ans d’enfermement dans les beaux salons de l’ambassade équatorienne, à Knightsbridge, Julian Assange a de nouveau pu circuler en ville, mais menotté, et mené en fourgon vers des bureaux de police. Barbu et affaibli, il a ensuite été présenté au tribunal de Westminster, avant de passer sa première nuit en détention.

Que risque-t-il?

La Justice britannique devrait être relativement clémente, puisqu’elle ne lui reproche que le non-respect des conditions d’une liberté conditionnelle, dans le cadre d’une demande d’extradition formulée par la Suède pour deux accusations de viol. Cela pourrait lui valoir une condamnation de trois mois à un an ferme, en attendant que la Justice suédoise décide, ou non, de rouvrir les deux enquêtes. Dans l’immédiat, Assange risque surtout une extradition vers les états-Unis. La demande a été formellement transmise à Scotland Yard par la Justice américaine dans la foulée de son arrestation. Il risque pour l’instant un maximum de cinq ans d’emprisonnement.

Que lui reprochent exactement les Etats-Unis?

La Justice américaine l’accuse d’avoir aidé Chelsea Manning à révéler des milliers de documents classés secret- défense, en 2010. Celle-ci avait ensuite été condamnée à 35 ans de prison, une peine ensuite commuée en sept ans par le président Obama. Les termes exacts de l’inculpation d’Assange aux états-Unis sont inconnus, la juge américaine en charge du dossier ayant refusé de publier les chefs d’accusation. Il aurait toutefois proposé à Manning de décrypter un mot de passe du ministère de l’Intérieur américain.

Depuis, Julian Assange a joué un rôle actif dans la campagne présidentielle de 2016 en révélant sur WikiLeaks des courriels privés de la campagne d’Hillary Clinton, ce qui a contribué à faire perdre la course à la Maison-Blanche à la candidate démocrate, et a valu à Julian Assange la sympathie de Donald Trump, avant que des documents confidentiels de la CIA soient révélés l’année suivante.

Pourquoi sa protection diplomatique a-t-elle été levée?

L’arrestation de l’Australien a pu être effectuée avec l’accord de l’ambassadeur du président équatorien Lenin Moreno, élu en 2017, longtemps après le début de la protection diplomatique accordé par son prédécesseur. La Convention de Vienne de 1961 prévoit ce cas de figure, selon lequel des forces de l’ordre du pays hôte peuvent pénétrer dans l’ambassade "avec le consentement du chef de la mission". Cette mise à disposition de la Justice du fondateur de WikiLeaks a été justifiée par un comportement erratique et des "violations répétées" des règles internes à l’ambassade. Il a également été déchu de la nationalité équatorienne, acquise en décembre 2017.

En début de semaine, WikiLeaks a averti les médias d’une présumée tentative d’extorsion d’argent – 3 millions d’euros –, par un groupe non identifié qui menaçait de faire circuler des documents intimes obtenus via les systèmes de surveillance de l’ambassade.

Était-il préparé à cette arrestation?

Julian Assange sentait que les risques d’une arrestation étaient de plus en plus élevés. En janvier 2018, il avait décliné notre demande d’interview mais son staff nous envoyait régulièrement, depuis, des mises à jour sur sa situation juridique. Dans la dernière communication, en date du 17 mars, celui-ci faisait état d’une "arrestation imminente" et alertait sur le sens démocratique que prendrait son extradition pour la "liberté d’expression et la souveraineté en Europe."

Il rappelait que son activité avait consisté à "exposer des cas sérieux d’espionnage et de sabotage économique contre l’Union européenne et ses États membres, notamment l’Allemagne, la France et l’Italie", et que c’est à l’occasion de sa présence à Londres pour une enquête conjointe avec le Guardian qu’il avait été interpellé.

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