Juncker en larmes pour ses adieux au Parlement européen

©Hollandse Hoogte / EPA

Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, dont la carrière européenne s'achève, a défendu son bilan devant le Parlement européen ce mardi. Très ému, il n'a pas dit un mot du Brexit, ni utilisé l'anglais lors de son discours.

"Nous avons eu il est vrai des relations difficiles, mais toujours polies", a lancé Jean-Claude Juncker (PPE, démocrate-chrétien) à l'occasion de sa dernière intervention au Parlement européen à Strasbourg en tant que président en exercice de la Commission européenne.

"Sans Donald je n'aurais pas pu faire ce que j'ai fait", a-t-il ajouté, à propos du Président du Conseil européen Donald Tusk, le comparant à un "frère jumeau" avec qui il a eu "des désaccords", a-t-il avoué devant les députés européens.

Nous avons connu sept années de croissance, nous avons créé 14 millions d'emplois, le taux d'emploi étant de 73,9%.
Jean-Claude Juncker
Président de la Commission européenne

Fondant en larmes, il a remercié ses commissaires. "Sans eux, je n'aurais rien pu faire", a-t-il dit, la voix éraillée. "Je leur avais expliqué de ne pas s'emmurer dans la Commission et de rencontrer les citoyens".

Lors de son discours, Juncker n'a pas prononcé un seul mot en anglais, ni parlé du Brexit, la crise majeure de son mandat. Par contre, il a défendu le bilan de sa Commission. "Une Commission politique", a-t-il insisté, ajoutant: "nous avons fait tout ce qui avait été promis".

Il a rappelé ses trois mots d'ordre: croissance, emploi et investissement. "Nous avons connu sept années de croissance, nous avons créé 14 millions d'emplois, le taux d'emploi étant de 73,9%", a-t-il précisé. Le plan Juncker, au coeur de ses projets et très critiqué lors de son lancement en 2015, a généré des investissements de l'ordre de 432 milliards d'euros

Je ne suis pas particulièrement heureux, mais j'ai le sentiment de m'être démené.
Jean-Claude Juncker

Bilan de son règne  

Jean-Claude Jucnker a reconnu plusieurs échecs, comme le fait de n'avoir pas pu faire avancer le dossier de la réunification chypriote, conclure un traité avec la Suisse, parfaire l'Union bancaire. Il a d'ailleurs invité les États de l'Union à mettre en place un système de garantie des dépôts pour terminer l'Union bancaire. 

Côté réussites, sans autosatisfaction, le Luxembourgeois a mis en avant le socle de droits sociaux et la directive sur le détachement des travailleurs. "Nous avons réussi à ériger en principe le fait que pour le même emploi, il faut avoir le même salaire", a-t-il insisté.

Même Donald Trump a dû se faire à ton sens du compromis.
Manfred Weber
chef de file du PPE au Parlement européen

La Grèce est aussi une réussite. "Nous avons redonné à la Grèce sa dignité", a lâché Jean-Claude Juncker, "nous avons redonné à ce peuple tous les titres de noblesse qu'il mérite". Le président de la Commission a également classé dans les points positifs la question migratoire, considérée pourtant comme un échec majeur de l'Union européenne. "Nous avons pu sauver 760.000 vies", a-t-il lancé, applaudi par un seul député. "C'est le seul survivant?" s'est-il interrogé.

Autre sujet de satisfaction pour le Luxembourgeois: les accords commerciaux, conclus à grande vitesse ces dernières années par l'exécutif européen. Il s'est également montré fier d'avoir pu "maintenir la paix en Europe". "Pas une seule guerre n'a eu lieu en Europe", a-t-il insisté, soulignant à quel point "la situation est dangereuse au niveau international."

"Je ne suis pas particulièrement heureux, mais j'ai le sentiment de m'être démené", a-t-il expliqué, attaquant une dernière fois "les nationalismes stupides et bornés""Vive l'Europe", a conclu le président sortant.

Hommages... 

Comme ministre luxembourgeois des Finances (1989-2009), Premier ministre (1995-2013), président de l'Eurogroupe (2005-2013) et président de la Commission européenne (2014-2019), Jean-Claude Juncker a vécu toutes évolutions et les crises de l'Union européenne. Il a aussi façonné bien des avancées, comme l'euro. Le Parlement européen, devant lequel il est apparu près de 150 fois, lui a rendu hommage.

Manfred Weber, le président du groupe PPE, et Jean-Claude Juncker. ©Hollandse Hoogte / EPA

"Même Donald Trump a dû se faire à ton sens du compromis", a lancé Manfred Weber, le chef de file du PPE au Parlement européen. "Tu es l'enfant d'un travailleur des mines, je pense que tu connais bien ce milieu", a-t-il dit, saluant les avancées sociales de la Commission Juncker. "Tu as redonné vie à l'UE et les populistes de gauche comme de droite, tu les as battus en brèche".

Les libéraux ont salué le plan Juncker. "Il avait été critiqué dès le début, et pourtant il a permis d'avoir un impact concret", a expliqué Dacian Ciolos (Renew Europe). 

... et critiques

Votre conscience environnementale me semble encore à construire.
Philippe Lamberts
Coprésident des Verts européens

Les socialistes lui ont rendu un hommage modéré, déplorant les blocages des forces conservatrices"Nous souhaitons vous remercier pour votre bonne humeur, votre engagement", a dit la présidente du groupe des sociaux-démocrates Iratxe Garcia Perez (S&D).

Philippe Lamberts, coprésident des Verts, a voulu "rendre justice" à Jean-Claude Juncker, tout en pointant les faiblesses de son bilan. "Il y a cinq ans, j'ai voté pour vous", même si "le Luxembourg était un paradis fiscal". "La cause de la justice fiscale a avancé durant votre législature, mais elle est restée bloquée par les États membres", a-t-il dit, soulignant sa "conscience sociale" et ses succès comme la gouvernance économique et ses exigences de dignité humaine. Philippe Lamberts a regretté que le Conseil européen bloque toute avancée en matière migratoire.

"Votre conscience environnementale me semble encore à construire", a-t-il dit. Et le Belge d'ajouter: "trop souvent votre Commission a refusé de s'opposer de front au big business".

L'extrême droite et la gauche radicale ont attaqué sans ménagement le président Juncker. "Vous nous rendez aujourd'hui une Europe en mauvais état", a martelé Marco Zanni, président du groupe ID.

"Pour nous, lutter contre l'évasion fiscale, c'était un peu comme si on avait demandé à Monsanto de mettre fin aux pesticides", a dit Manon Aubry (GUE). "Vous avez servi les marchés et vous ne manquerez pas aux peuples européens", a-t-elle encore déclaré.

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