Juncker veut renforcer le contrôle aux frontières de l'Europe

Quatrième et dernier discours sur l'état de l'Union européenne du président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker. Il appelle à l'unité, à la souveraineté, à devenir un acteur global.
  • Ce qu'il faut retenir de ce discours sur l'état de l'Union

     

    Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a dressé son "état de l'Union" devant le Parlement réuni à Strasbourg. La colonne vertébrale de son discours portait sur le besoin:

    • d'une Union européenne plus unie
    • d'un acteur global
    • d'une souveraineté européenne plus fort
    • d'une monnaie européenne de poids sur la scène internationale
    "L'Europe n'est ni une forteresse ni une île. Elle est multilatérale. Je rejette l'unilatéralisme irrespectueux des attentes et des espoirs des autres."

     

     

    ©AFP

    → Une Union unie: Jean-Claude Juncker met le Royaume-Uni en garde à la veille du Brexit: "on ne peut pas quitter l'Union et continuer à profiter des mêmes avantages." Il souligne toutefois que malgré ce départ, l'Union a su faire preuve d'une unité quand il a fallu négocier des accords commerciaux; quand il a été question de sanctionner la Russie; quand il a été question de se positionner sur le Brexit. 

    Mais le travail n'est pas terminé et des voix dissidentes se font encore entendre et pèsent parfois sur les discussions internationales. Jean-Claude Juncker propose donc dans certains domaines de la politique étrangère de pouvoir introduire le vote à majorité qualifiée plutôt qu'à l'unanimité. "Cela éviterait par exemple qu'un seul État membre puisse bloquer une position ferme contre les violations du droit international par Pékin dans la Mer de chine du sud."   

    → "Les alliés d'hier ne seront peut-être plus les alliés de demain." Juncker veut une Europe davantage tournée vers l'Afrique. Il plaide pour mettre sur les rails un accord de libre-échange avec l'Afrique. Le but n'est plus de faire de "la charité" comme jusqu'à présent. L'objectif est de voir l'Europe davantage investir en Afrique avec à la clé, avance Juncker, la création jusqu'à 10 millions d'emplois dans les cinq prochaines années. L'objectif est aussi de renforcer le programme d'échanges Erasmus. "Il faut ouvrir l'Europe pour la migration régulière, nous avons besoin de migrants qualifiés."

    Pour réaliser cette ambition, Juncker affirme qu'une enveloppe devra être décidée lors des travaux pour le prochain budget européen. Tout comme il faudra revoir les moyens alloués au programme d'échanges d'étudiants Erasmus et au programme de recherche. 

    10.000 gardes-frontières
    .
    10.000 agents Frontex mobilisables viendront d'ici 2020 renforcer les forces chargées de contrôler les frontières extérieures de l'Union.

    Gérer la crise migratoire: Il appelle à un renforcement significatif de l'agence européenne de gardes-frontières. Il propose ainsi de doter d'ici 2020 Frontex de 10.000 agents mobilisables aux confins de l'Union. Il souhaite ainsi mieux protéger les frontières extérieures.

    Une politique monétaire et économique unique: Avoir un euro fort, une monnaie de référence sur la scène internationale, avoir des États européens qui ne sont plus obligés de procéder à des échanges commerciaux libellés en dollars, telle est une autre volonté du président de la Commission. "L'euro doit devenir l'outil actif de la souveraineté européenne. Pour cela, nous devons mettre la maison européenne en ordre et sans politique monétaire et économique unie, ce ne sera pas possible!"

    La cybersécurité: Le contenu à caractère terroriste doit être plus vite supprimé des plateformes internet. "La Commission propose de nouvelles règles afin que tout contenu terroriste mis en ligne soit supprimé dans un délai d'une heure, car c'est dans ce laps de temps qu'il a le plus d'impact." Des sanctions "efficaces" devront aussi être décidées.

    Le bilan: Il reste encore une année à la Commission Juncker avant les prochaines élections. Jean-Claude Juncker n'a donc pas souhaité faire de bilan. Pourtant sans vouloir faire de "l'autosatisfaction ou bomber le torse", il affirme que 100% des mesures annoncées en 2014 ont été livrées. Seule la moitié d'entre elles ont été cependant adoptées par les co-législateurs. Il craint enfin qu'un tiers d'entre elles passe à la trappe.    

  • "Nous ne devons donc plus attendre des autres qu'ils aident l'Union européenne"

    Place maintenant aux interventions des députés.

    • Le député allemand, Udo Bullman (Alliance Progressiste des Socialistes et Démocrates) salue Juncker. "Je me demandais si au début du mandat, vous étiez un leader politique. je peux aujourd'hui dire que vous n'êtes pas un porte-parole du capitalisme, mais bien un leader politique, ce qui vous différencie de vos prédécesseurs". Il reconnaît la nécessité de renforcer l'Union. 

    • Ryszard Legutko (ECR-Les réformateurs et conservateurs) salue aussi le travail de la Commission, mais il tire à boulets rouges sur la Chancelière Merkel qui a "ouvert les frontières". Il dénonce des solutions tardives sur le renforcement des frontières. Depuis deux ans, on a consacré beaucoup d'énergie à des solutions absurdes". Autres interrogations: l'état de l'Union est-il meilleur qu'au débit du mandat de la Commission. Il avance que la désunion grandissante de l'Europe. "Le nombre de personnes profondément insatisfait du programme européen grandit. On ne peut pas ignorer cela. On ne peut pas marginaliser cela."
      Quant à la proposition sur le vote de la majorité qualifiée, il affirme les problèmes que cela engendrera. "Si vous voulez créer plus de problèmes, engagez-vous sur cette voie." 

    • Guy Verhofstadt (ADLE) réagit: "Ne vous rappelez-vous pas le mur de Berlin, la guerre, les millions de personnes mortes à cause du populisme en Europe. L'Europe est plus unie que jamais".
      Sur le discours, il applaudit la proposition d'accroître les partenariats avec l'Afrique "sans faire de la charité".
      Il indique aussi que "la droite extrémiste tente de sapper l'Uion et tente de prendre le pouvoir sur la politique intérieure alors qu'il faut faire l'inverse". Il appelle donc tous les partisans de l'Europe à s'opposer à cette droite populiste.

    • Les Verts en la personne de Ska Keller affirment que les défis les plus importants de l'Europe sont les ennemis: les partis qui prennent l'Union comme bouc émissaire de leurs propres échecs. "Trump est à la tête des États-Unis, nous ne devons donc plus attendre des autres qu'ils aident l'Union européenne," ajoute-t-elle en matière de politique climatique.
      SKa Keller lance aussi le besoin de l'Europe de se battre et de gagner la guerre pour la protection de la démocratie.

    • Sommes-nous arrivés au moment où nous pouvons dire que nous avons affronté la crise? Avons-nous ce sentiment de communauté? S'interroge Gabriele Zimmer (GUE). Sa réponse: non! Elle revient ainsi sur la situation grecque. "Nous avons besoin d'une Europe de la solidarité. 10 ans après la crise économique, le niveau de bien-être n’est pas atteint. La croissance et les droits des travailleurs ne sont pas atteints."

    • Nigel Farage (EFDD) dénonce le silence de Juncker face à la montée du patriotisme et son discours pour plus de souveraineté. "Pourquoi le patriotisme au niveau des nations, c'est mauvais, mais au niveau de l'Europe, c'est une bonne chose. Les peuples n'ont pas d'identité européenne, mais une identité nationale.

    • "Action opaque, antidémocratique et punitive", telle est la définition du discours de Juncker par Nicolas Bay (Europe des Nations et des Libertés).  La commission a aussi, dit-il, une folle politique migratoire. "Avoir permis cette immigration de masse est votre plus grande faute et cela affaiblit nos peuples."

  • Vers "une nouvelle alliance" entre l'UE et l'Afrique

    Bâtir "une nouvelle alliance", "un nouveau partenariat" entre l'UE et le continent africain, telle est la volonté de Juncker. Selon lui, cela permettrait de créer jusqu'à 10 millions d'emplois dans les cinq prochaines années. "La Commission propose aujourd'hui une nouvelle alliance pour des investissements et des emplois durables."

     "Il faut ouvrir l'Europe pour la migration régulière, nous avons besoin de migrants qualifiés." Le président évoque aussi un programme d'échange Erasmus "remusclé" en direction de l'Afrique, ainsi que des accords commerciaux "de continent à continent", entre "partenaires égaux". "Nous devons investir davantage dans ce continent et ses nations, arrêter de nous envisager comme donneurs d'aide au développement. Une telle approche serait insuffisante et humiliante pour l'Afrique."

  • Renforcer la capacité de parler d'une seule voix

    Sur la table encore: préparer le futur budget

    → Il faudra décider de l'enveloppe pour doter le programme estudiantin Erasmus de davantage de moyens

    → Il faudra décider d'un budget pour agrandir l'enveloppe pour le travail de nos chercheurs

    → "Si nous voulons multiplier par 20 les dépenses de la Défense, il faut agir"

    → Enfin, l'Europe doit se doter de davantage de moyens pour l'Afrique

    "On dit toujours qu'on ne peut pas décider avant les élections, comme si les élections étaient une crise."

    ©REUTERS

    Autre axe de travail de l'équipe Juncker: Un euro plus fort passe par une politique monétaire et économique unique.

    "Nous devons aussi développer davantage le rôle international de l'Euro. Il a déjà un riche parcours derrière lui, c'est la 2e monnaie mondiale, 60 pays lient directement ou indirectement leur monnaie à l'euro, mais nous devons faire plus pour permettre un plus grand rôle sur la scène internationale. Il est aberrant que des pays européens achètent des avions américains en dollars. Il faut changer cela. L'euro doit devenir l'outil actif de la souveraineté européenne. Pour cela nous devons mettre la maison européenne en ordre et sans politique monétaire et économique unie, ce ne sera pas possible!"

    En matière de politique étrangère, Juncker veut enfin que l'Europe ait la capacité de parler d'une seule voix. "Nous devons pouvoir parler haut et fort aux Nations Unies face aux dérives humanitaires en Chine et ne pas être réduit au silence parce qu'un état ne veut pas se prononcer.

    Il veut donc que soit instaurée la possibilité dans certains domaines de politique extérieure de passer à un vote à majorité qualifiée. "Des propositions vont être faites en ce sens. Le traité permet au conseil de prendre une décision en ce sens. Il est temps de mettre cela en oeuvre."

  • Sur le Brexit

    Jean-Claude Juncker demande au Royaume-Uni de comprendre qu'un départ de l'Union signifie qu'on ne peut plus bénéficier des mêmes avantages. "Si on quitte l'Union, on ne fait évidemment plus partie de notre marché unique et certainement pas de certaines de ses parties."

     Certes, il veut un accord qui permette notamment de défendre les frontières irlandaises.

    "Le Royaume-Uni restera un partenaire proche économique et diplomatique."

  • "Dire qu'unis, nous sommes plus grands est l'essence même de l'Europe"

    Au cours de quelques phrases, le président balaie la politique internationale, la crise humanitaire syrienne, les défis technologiques, le travail avant les prochaines élections avec un axe: une Europe plus unie, une Europe souveraine. 

    L'élargissement de l'Europe est selon lui une réussite pour reconstituer la géographie et l'histoire. Mais du travail reste à faire notamment face aux pays des Balkans. "Sinon d'autres se chargeront de dessiner notre paysage immédiat." Il appelle aussi à ne pas rester silencieux face au débat syrien. "Les alliances d'hier ne sont peut-être plus les alliances de demain."

    Juncker, le multilatéraliste. "Je n'aime pas l'unilatéralisme irrespectueux des attentes des autres. Je resterai toujours un multilatéraliste convaincu." 

    Prendre sa destinée en main. Sur la Défense, l'Europe doit se prendre en main. "Nous ne militariserons pas l'Union, mais nous voulons être plus forts et indépendants."

    Une Union plus forte, sa volonté: "Nous devons avoir une Union forte et unie pour réagir au terrorisme et aux changements climatiques, pour maîtriser les défis de la numérisation. Nous pouvons établir des normes pour les méga données, pour l'Intelligence artificielle tout en défendant les droits et individualités des Européens.

    Décrocher les étoiles. "Une Europe forte et unie peut décrocher des étoiles. Personne n'aurait pu mettre en orbite 26 satellites, Galileo est un succès exclusivement européen."

    Une souveraineté européenne. "L'Europe doit devenir davantage un acteur souverain dans les négociations internationales. Cette souveraineté ne remplacera pas ce qui est propre aux nations. Dire qu'unis, nous sommes plus grands est l'essence même de l'Europe. L'Europe ne sera jamais une île parce que la planète appartient à tous et pas à quelques-uns."

    Sur les prochaines élections. Juncker veut apporter la preuve qu'agir ensemble mène à des solutions. "Nous devons démontrer que nous pouvons surmonter les différences entre Nord et Sud, Est et Ouest. Nous devons démontrer qu'ensemble, nous pouvons semer les graines d'une Union plus souveraine."

    ©REUTERS

  • "A chaque fois que l'Europe parle d'une seule voix, elle peut s'imposer aux autres"

    Jean-Claude Juncker l'affirme, il ne s'agit pas d'un bilan de l'action de la commission sur ces quatre années. Le travail continue pour faire de cette Union imparfaite une Union plus parfaite.

    "Pas d'autosatisfaction ou de torse bombé", dit-il. "L'Union européenne est en paix, soyons-en heureux. Respectons-la et ne salissons pas son image. Disons oui au patriotisme non dirigé contre les autres, disons non au nationalisme qui nous empêche d'avancer ensemble."

    L'Union actuelle a tourné la page de la crise économique. Juncker évoque:

    • ne croissance économique interrompue depuis 21 semestres,
    • un chômage en évolution positive,
    • une Grèce qui a su faire des efforts "herculéens" pour se redresser,
    • une Europe qui a su se remettre sur la scène des puissances mondiales: "Unis nous sommes devenus une force incontrôlable. A chaque fois que l'Europe parle d'une seule voix, elle peut s'imposer aux autres." 

    Juncker revient aussi sur les événements écologiques: l'accord de Paris, la sécheresse subie par les agriculteurs, les défis climatiques.

  • Début de l'intervention de Jean-Claude Juncker

    ©REUTERS

  • Suivez en direct l'intervention de Jean-Claude Juncker

  • Bruxelles restera ferme face à Londres

    La Grande-Bretagne ne doit pas attendre des représentants de l'Union européenne qu'ils revoient leurs demandes à la baisse dans les négociations sur le Brexit, dira Jean-Claude Juncker, selon des représentants de l'UE. Suggérer un assouplissement de la position de l'UE revient à envoyer un "mauvais signal", ajoutent-ils.

    En début de semaine, le négociateur en chef européen sur le Brexit, Michel Barnier, a jugé possible un accord avec Londres dans un délai de six à huit semaines si chacun se montrait "réaliste".

  • Que peut-on attendre de ce discours?

    • La Commission avancera des initiatives concrètes pour accroître le poids international de l'Union

    → De source diplomatique, on affirme que l'exécutif européen envisage de ne plus prendre les décisions de politique étrangère à l'unanimité.  Objectif: avoir une Union européenne plus réactive.

    → Face aux menaces commerciales de Donald Trump, la décision pourrait être prise de diminuer la part des importations en énergie payée en dollars US.

    → Juncker devrait prône pour une Europe Unie: À l'inverse de Donald Trump et du repli sur soi prôné par les mouvements populistes et eurosceptiques qui grandissent en Europe, il est convaincu qu'une Europe unie peut prendre une place plus importante sur la scène internationale.

    • Une réponse claire aux crises est aussi demandée par certains groupes politiques.

    → La crise migratoire de 2015 a mis en lumière les faiblesses de la réglementation européenne sur l'asile. Elle fait peser une responsabilité disproportionnée sur les pays de première arrivée comme l'Italie, la Grèce ou l'Espagne. Cette problématique est par ailleurs au coeur des discours des mouvements souverainistes, nationalistes et populistes qui gagnent en importance. 

    → En cette rentrée, la Commission est très attendue sur le renforcement de l'agence européenne Frontex et le déploiement de 10.000 garde-frontières après 2020, des initiatives qu'elle avait promis de préciser en septembre.

    → La Commission va aussi! devoir traduire  en propositions législatives les accords conclus fin juin par les États sur le dossier migratoire. Pas moins de 18 propositions ou initiatives sont attendues.

    • Le Brexit

    → Jean-Claude Juncker doit encore préparer le départ attendu du Royaume-Uni, fin mars prochain. S'il s'est efforcé de laisser la direction des discussions au négociateur en chef de l'UE Michel Barnier, il pourra difficilement éluder le sujet, alors que le débat s'intensifie en particulier sur la nature de la future relation entre les deux partenaires.

     

  • "Commencer fort et terminer fort"

    Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker présente devant le Parlement européen à Strasbourg son traditionnel discours sur l'état de l'UE. C'est le quatrième et dernier exercice du genre pour Juncker. Le contexte est particulier:

    → Nous entrons dans les prémices de la campagne électorale. Dans un an, un nouveau parlement sera en effet occupé à choisir son nouvel exécutif.
    → L'Europe fait face à une montée sans précédent des mouvements populistes

    "Pour la dernière ligne droite, nous sommes déterminés à suivre une règle d'or en politique: quand vous avez un mandat politique, vous commencez fort et vous finissez fort", explique la porte-parole en chef de la Commission, Margaritis Schinas.

    Le mandat du Luxembourgeois, qui se termine officiellement le 31 octobre 2019, avait commencé en pleine crise de la dette grecque, héritage de la crise économique et financière mondiale. Depuis, les défis se sont multipliés: crise migratoire, mouvements populistes, Brexit, contexte international mené par un Trump imprévisible... 

    ©REUTERS

Plus sur Les Marchés

Contenu sponsorisé

Partner content