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L'accord sur le Brexit occulte les divisions entre Européens

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Réaction faible à l’invasion turque en Syrie, élargissement à la Macédoine du Nord et à l’Albanie au frigo… Le sommet européen a repris ses travaux ce jeudi soir dans une atmosphère moins optimiste et plus prompte à la division après l’euphorie passagère de l’accord sur le Brexit.

L’accord sur le Brexit a monopolisé l’attention des dirigeants européens et des médias, ce jeudi lors du sommet, à tel point que les sujets cruciaux comme l’élargissement aux Balkans et l’agression de la Turquie en Syrie sont passés au second plan.

Une certaine euphorie, doublée d’une tristesse de voir le Royaume-Uni s’en aller, était palpable. "Michel Barnier nous a dit de ne pas surjouer, de ne pas crier au triomphe", lâche une source proche des négociations. Personne n’a crié victoire, mais tous les regards sont restés braqués sur le nouveau texte d’accord jusqu’au début de la soirée, alors que l’ordre du jour du Conseil devait reprendre.

À l’ordre du jour du dîner, l’élargissement de l’Union européenne et la réaction à l’invasion du nord de la Syrie par l’armée turque.

Finalement, les dirigeants européens se sont enfermés vers 19h15, tous téléphones éteints et conseillers à la porte pour faciliter les discussions franches. À l’ordre du jour du dîner, l’élargissement de l’Union européenne et la réaction à l’invasion du nord de la Syrie par l’armée turque.

Au menu, coquilles Saint-Jacques, soupe à la choucroute, rôti de veau et figues. Et une atmosphère quelque peu tendue par l’antijeu pratiqué ces derniers jours par la France sur la question de l’élargissement.

L’Albanie et la Macédoine du Nord se sont vu refuser lundi dernier, lors du Conseil des ministres des Affaires étrangères, la fixation d’une date pour l’ouverture de négociations. La France avait décidé de bloquer toute décision en raison de doutes sur la capacité des deux pays à entrer dans l’UE et, surtout, elle ne souhaite pas poursuivre l’élargissement sans en modifier le processus. Pour Paris, il n’est pas question de remettre en cause les élargissements futurs, mais de réfléchir à la méthode. "Si le processus d’élargissement n’est pas crédible, il n’avancera jamais", explique un diplomate français.

"C’est plus complexe qu’un seul contre tous. D’autres États partagent l’avis de la France, mais sans le dire ouvertement."
Un diplomate

La position du président français Emmanuel Macron paraît isolée, tant les États font corps derrière Berlin, qui souhaite avancer dans l’intégration des Balkans au sein de l’UE pour des raisons de stabilité. Mais au-delà des apparences, les dirigeants européens sont plus divisés qu’il n’y paraît. "C’est plus complexe qu’un seul contre tous. D’autres États partagent l’avis de la France, mais sans le dire ouvertement, explique un diplomate, certains voient un élargissement supplémentaire comme une menace pour la stabilité de l’Europe, pour d’autres l’élargissement est une nécessité."

À l’heure de mettre sous presse, le président français Emmanuel Macron n’avait pas levé son opposition. Les Pays-Bas ont soutenu sa position. "La France remet en cause le processus d’élargissement, on peut la comprendre. Mais pourquoi maintenant?" s’interroge un diplomate.

Réaction à l’invasion turque

"Nous devons trouver comment faire en sorte que l’UE pèse plus lourd sur la scène internationale."
Charles Michel

Les Vingt-huit ont réitéré leur condamnation de l’agression turque contre les Kurdes au nord de la Syrie. Sans pour autant parvenir à prendre une décision qui mettrait Ankara dans l’embarras, comme décréter d’une seule voix un embargo total sur les ventes d’armes européennes à la Turquie. Pour rappel, l’Allemagne, la France et les Pays-Bas ont suspendu leurs ventes à la Turquie d’armes pouvant servir à l’attaque menée contre les forces kurdes. Pour le président du Parlement européen, David Sassoli, ce n’est pas suffisant. "Il faut un embargo commun au niveau de l’Union, non seulement pour les livraisons futures d’armes, mais également pour les commandes en cours."

Peu avant que ne démarrent les débats entre les 28 chefs d’État, Washington annonçait la suspension de l’offensive turque pendant 5 jours suite à une rencontre entre le vice-président américain Mike Pence et le président turc Recep Tayyip Erdogan. L’entrée en jeu de la Syrie, soutenue par Moscou, a pesé dans l’intervention de la Maison-Blanche. L’UE paraissait, dans ce contexte, reléguée à une position d’observatrice.

Les Européens, tributaires de la Turquie pour contrôler le passage des migrants par la mer Égée, semblent tétanisés par la menace du président Erdogan de libérer les millions de réfugiés syriens vers l’Union européenne. "Dès l’instant où nous avons mis notre sort entre les mains d’Erdogan, on s’est condamné à devenir des tigres de papier", observe le coprésident des Verts Philippe Lamberts.

La Belgique a plaidé pour doter l’UE d’une voix plus forte sur la scène internationale. "Nous devons trouver comment faire en sorte que l’Union européenne puisse peser plus lourd sur la scène internationale pour défendre nos intérêts stratégiques et nos valeurs dont a besoin notre monde en ébullition", a dit le Premier ministre belge Charles Michel, futur président du Conseil européen.

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