L'affaire Benalla enflée par le "gonflage numérique", qui arrive aussi en Belgique

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1% des comptes Twitter actifs sur l’affaire Benalla ont produit 44% des messages sur cette polémique pour un volume colossal de 1,7 million de tweets. Ce phénomène de gonflage numérique semble aussi faire son apparition en Belgique.

Feuilleton de l’été ou affaire d’État, chacun a son avis sur l’affaire Benalla, du nom de cet assistant de l’Élysée identifié sur une vidéo en train de malmener des manifestants avec des attributs de policier. Une chose est claire: cette affaire a fait l’objet de "gonflage numérique" à grande échelle. C’est la conclusion préliminaire d’une étude que mènent des analystes du EU Disinfo Lab, cette ASBL spécialisée dans la lutte contre la désinformation, fondée par le chercheur de l’Université catholique de Louvain (UCL) Nicolas Vanderbiest.

Le (premier) scandale de la présidence Macron a eu sur les réseaux sociaux un retentissement considérable. À ce jour, il a déjà fait l’objet de quelque 4 millions de tweets, selon le laboratoire. Ce volume considérable s’explique en partie par la dimension de l’affaire – elle touche directement l’Élysée – et par le feuilleton des péripéties. Mais à y regarder de plus près il s’explique aussi par l’activité anormale d’une minorité de comptes. "1% des comptes qui ont tweeté sur l’affaire Benalla ont produit à eux seuls 1,7 million de tweets", souligne Alexandre Alaphilippe, directeur exécutif de l’EU Disinfo Lab. Sur cent comptes actifs au sujet de l’affaire Benalla, un seul serait donc responsable de 44% des messages.

La proportion est interpellante, le chiffre absolu, 1,7 million de tweets, l’est tout autant. À titre de comparaison, les mots dièses #MeToo et #balancetonporc, qui ont secoué la toile pendant plusieurs semaines à l’automne dernier suite au scandale Harvey Weinstein, avaient totalisé en France 1 million de tweets. Et cette comparaison entre l’affaire Benalla et le mouvement de dénonciation d’agressions sexistes est d’autant plus pertinente que le nombre de comptes actifs sur ces deux sujets est équivalent, explique Alexandre Alaphilippe: 245.000. Mais alors que la campagne féministe était l’émanation d’un mouvement de masse, une mystérieuse minorité agissante a considérablement amplifié l’affaire Benalla sur Twitter: les 1% de comptes les plus actifs ont diffusé en moyenne 300 tweets par semaine sur le sujet.

Deux motions de censure au Parlement

Le Parlement français a débattu mardi de deux motions de censure contre Emmanuel Macron et son gouvernement, dans la foulée de l’affaire Benalla. Les deux motions émanaient de la droite comme de la gauche de l’Assemblée nationale.

Ce "scandale, c’est celui d’un chef de l’État qui a protégé, qui a privilégié un homme qui lui a rendu des services", a tonné le patron du groupe Les Républicains (droite) Christian Jacob. Le communiste André Chassaigne, pour la gauche, a estimé que l’affaire Macron-Benalla a "ouvert une plaie qui ne se refermera pas".

C’est la première fois depuis 1980 que deux motions sont débattues simultanément. Elles n’ont aucune chance d’aboutir vu l’équilibre des forces dans l’hémicycle. 

"La conclusion, on ne l’a pas encore. On cherche à déterminer à quel type de gonflage on a affaire", indique Alexandre Alaphilippe. Et notamment de voir dans quelle mesure elle peut avoir été activée depuis l’étranger. "On constate qu’un quart environ du groupe de 2.600 comptes les plus actifs présente des concordances avec un écosystème proche de la Russie. La question reste de savoir s’il y a quelque chose de plus derrière", poursuit-il.

En tout état de cause, il ne pourra pas faire d’attribution formelle des tweets. "On travaille avec des données publiques. Il est quasi impossible de faire de l’attribution sans accès aux adresses IP. Mais on constate des liens, des coïncidences troublantes. Comme quand des comptes de différents pays interviennent simultanément sur du contenu qui n’est pas dans leur langue", poursuit-il.

Éclosion suspecte

Et la Belgique ne semble pas épargnée par ce type de phénomène.

"Depuis six mois, on voit fleurir des comptes belges francophones proches de l’extrême droite qui semblent s’organiser."
Alexandre Alaphilippe
Directeur exécutif de l’EU disinfo Lab

"Depuis six mois, on voit fleurir des comptes belges francophones proches de l’extrême droite qui semblent s’organiser.", indique le chercheur, qui prévoit de mener une étude approfondie sur le sujet avant les élections communales. Le laboratoire s’est donné pour mission d’observer la manière dont l’information et la désinformation se propagent. Identifier, par des méthodologies scientifiques et en s’appuyant sur des logiciels open source, les mécanismes de diffusion de message, déterminer s’ils sont organisés, s’il y a tricherie ou malveillance.

Contrairement à Facebook ou d’autres, le réseau Twitter offre assez de transparence pour observer les interactions entre utilisateurs. Il est par ailleurs une "bulle d’influence" en pleine consolidation, souligne le directeur d’EU Disinfo Lab, ce qui en fait un excellent baromètre.

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