L'affaire Huawei ébranle le Royaume-Uni

Theresa May à Londres, le 2 mai 2019. ©REUTERS

La fuite d’informations secrètes sur l’implication du chinois Huawei dans le déploiement de la 5G au Royaume-Uni et le limogeage, mercredi, du ministre de la Défense Gavin Williamson, illustrent la profonde crise que traverse le gouvernement May.

Les hasards du calendrier peuvent parfois cruellement mettre en lumière les différences de traitement au sein d’un Etat. Alors que Julian Assange était auditionné ce jeudi depuis sa cellule de prison par un tribunal de Westminster, dans le cadre de son extradition vers les Etats-Unis, le ministre sortant de la Défense, Gavin Williamson, échappait à toutes poursuites potentielles, tandis qu’il est soupçonné d’avoir divulgué des informations confidentielles suite à une réunion du National Security Council (NSC). Ce qui est passible de deux ans de prison.

Le vice-Premier ministre de facto, David Lidington, a confirmé cette décision jeudi après-midi, tout en laissant le soin aux ministres de "coopérer pleinement si la police juge nécessaire d’ouvrir une enquête". En effet, Scotland Yard avait botté en touche quelques heures plus tôt, en indiquant que l’initiative ne pouvait venir que du NSC ou du cabinet de la Première ministre, Theresa May.

Désaccords internes

Ces fuites concernent des propos tenus, le 23 avril dernier, par Theresa May lors d’une réunion du NSC à laquelle étaient présents une dizaine de ministres, dont Gavin Williamson, ainsi que des membres des services de renseignement britanniques. Les discussions ont porté sur des affaires de sécurité nationale, dont l’attribution d’un contrat à l’équipementier chinois Huawei dans le cadre du déploiement du réseau 5G dans le pays. Si la participation du géant chinois est loin de faire l’unanimité au Royaume-Uni, aucune décision n’a alors été prise officiellement par Theresa May.

Mais la précision des propos publiés ensuite dans le Daily Telegraph ne fait aucun doute: la source est bien l’un des participants à cette réunion du NSC. Évidemment, rien ne prouve formellement que Gavin Williamson, qui a été évincé du gouvernement par Theresa May mercredi, est le responsable de ses fuites. Et la décision de ne pas ouvrir d’enquête laissera toujours une part de mystère.

La Première ministre a pourtant publiquement accusé ce jeune quadragénaire – arrivé dans son gouvernement en décembre 2017 et qui en était l’une des valeurs sûres – en évoquant notamment des "preuves accablantes". Celui-ci a formellement nié toute implication: "Je démens vigoureusement avoir fait partie de cette fuite et je suis sûr qu’une enquête minutieuse et formelle le prouverait." Allant jusqu’à jurer "sur la vie de (ses) enfants", lors d’une interview à Sky News.

"Graves inquiétudes" sur la 5G

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En décembre dernier, il avait exprimé publiquement ses "graves inquiétudes" sur la possible attribution de contrats 5G à Huawei, que plusieurs pays occidentaux (Etats-Unis, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande) soupçonnent de volontés malveillantes, ou en tout cas d’asservissement aux autorités chinoises et à leurs services de renseignement. Il n’était donc pas sur la même ligne que May sur la question de l’attribution de ces contrats à Huawei. Dans sa lettre ouverte mercredi, la Première ministre a indiqué qu’"aucune autre version crédible des événements ne peut expliquer cette fuite". L’absence d’enquête policière et de certitude sur l’implication de Gavin Williamson ne va pas favoriser un climat de confiance à Downing Street dans les prochains mois.

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