Affaire Huawei: Theresa May a tranché dans le vif

Theresa May à Londres, le 2 mai 2019. ©REUTERS

Gavin Williamson est accusé d’avoir participé aux fuites sur la décision de la Grande-Bretagne d’autoriser la participation de l’équipementier chinois Huawei au réseau 5G britannique. Il a été démis de ses fonctions par Theresa May.

L’affaire est à la fois ridicule pour la réputation légendaire des services secrets britanniques, et inquiétante pour la sécurité au sommet de l’Etat. Theresa May a finalement tranché dans le vif, sans attendre les conclusions d’une enquête plus approfondie : à peine une semaine après les fuites relatives à une réunion sur l’attribution d’un contrat sur le futur réseau 5G à Huawei, le ministre de la défense Gavin Williamson a été démis de ses fonctions.

Il n’est pas formellement reconnu coupable d’avoir fait fuiter des enregistrements sonores sensibles de propos de Theresa May, tenus lors d’une réunion du National Security Council (NSC). Mais l’enquête préliminaire du cabinet de la Première ministre a trouvé des "preuves accablantes", selon les mots de Theresa May. Elle a également indiqué avoir été "troublée" par la façon avec laquelle le ministre de la Défense aurait interagi avec le secrétaire du cabinet, Mark Sedwill, durant ladite enquête.

Gavin Williamson, qui a d’ores et déjà été remplacé par Penny Mordaunt, était l’un des plus jeunes membres du gouvernement (42 ans), et occupait ce poste crucial depuis novembre 2017. Ce 'Remainer' devenu un 'Brexiter' fluctuant avait auparavant été l’assistant parlementaire du Premier ministre David Cameron, entre 2013 et 2016.

Scotland Yard en attente

En décembre dernier, il avait exprimé publiquement ses "graves inquiétudes" sur la possible attribution de contrats 5G à Huawei, que plusieurs grands pays occidentaux (États-Unis, Canada, Australie) soupçonnent de volontés malveillantes, ou en tout cas d’asservissement aux autorités chinoises et à leurs services de renseignement. Il n’était donc pas sur la même ligne que May sur la question de l’attribution de ces contrats à Huawei.

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Convoqué par la Première ministre pour un entretien d’une trentaine de minutes, Williamson a refusé de démissionner, et a donc été évincé du gouvernement. Il a affirmé qu’une enquête policière complète "l’exonérera[it] totalement" de toute responsabilité. Il a également insisté sur le fait qu’il avait pleinement collaboré avec l’enquête menée par le Cabinet. S’exprimant dans le Daily Telegraph, le quotidien qui avait révélé ses fuites, Williamson a affirmé que Theresa May s’était "trompé de personne, et la personne à l’origine de cette fuite est toujours présente."

Des parlementaires ont appelé Scotland Yard à ouvrir une investigation formelle. La police londonienne a indiqué dans un communiqué que cette initiative ne pouvait relever que du National Security Council et du Cabinet de la Première ministre, mais aussi précisé que "clairement, si à tout moment nous recevons une information qui suggère qu’un délit a été commis, nous regarderons cela de plus près."

Enfreindre l’Official Secrets Act britannique est passible de deux ans de prison ferme.

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