analyse

L'Italie s'enfonce dans la crise politique

Matteo Salvini au Sénat ©REUTERS

Le Sénat italien a repoussé au 20 août toute décision sur le sort du gouvernement de Giuseppe Conte, qui viendra s'exprimer ce jour-là devant les parlementaires, mais ne pourra pas être renversé par un vote de censure.

Dans cet incandescent été politique italien ce qui est vrai le matin ne l’est plus le soir. Convoqué d’urgence, mardi après-midi, pour définir le calendrier à suivre, le Sénat a révélé en pleine lumière la violence mais surtout la fluidité de l’actuelle crise gouvernementale.

Au cours d’un débat imprégné de sarcasme, confusion et brutalité verbale, une seule certitude semble avoir émergé: le conflit politique ne se joue plus entre les anciens alliés au gouvernement – la Ligue de Matteo Salvini et le Mouvement 5 étoiles (M5S) de Luigi Di Maio – mais s’est cristallisé entre la Ligue et le Parti démocrate (centre gauche). Une dialectique à deux, en somme, dans laquelle le M5S, malgré lui, se retrouve dans un rôle de figurant disputé entre les deux camps.

Matteo Renzi de retour

L’ancien Premier ministre Matteo Renzi a, en effet, profité de l’implosion de la coalition gouvernementale pour faire un éclatant retour sur la scène politique nationale. Au cours d’une conférence de presse, il a réitéré mardi son "appel à toutes les forces politiques" afin de constituer les bases d’un "gouvernement institutionnel" et freiner, ainsi, l’irrésistible ascension du ministre Salvini. Un appel du pied évident à l’encontre du M5S, qui a été formulé par Renzi pour "sauver le pays d’une désastreuse augmentation de la TVA, d’une inévitable récession et d’un climat de haine désormais généralisé".

Or, ce qui peut paraître paradoxal, le même appel du pied au M5S a été formulé par Salvini, peu après, devant le Sénat. Hué par la moitié de l’hémicycle, le ministre de l’Intérieur a eu le culot d’interpeller ses anciens alliés, trahis par sa récente motion de défiance, en leur proposant un pacte inédit: le soutien de la Ligue au projet de diminution du nombre de parlementaires, fer de lance du M5S, avec en échange le soutien du Mouvement pour l’organisation d’élections immédiates.

Et aux sénateurs du centre gauche qui, face à cette énième pirouette tactique de la Ligue, l’appelaient "fasciste", Salvini a répondu: "C’est un défi que je lance directement aux amis du M5S: l’adoption de cette loi et, le jour après, un scrutin national. Ce ne sont évidemment pas les souhaits d’un fasciste! Les fascistes ne veulent pas redonner la parole au peuple!"

Gagner du temps

Malgré la vigueur dialectique de Salvini et la présence de tous les sénateurs de la Ligue, rentrés précipitamment à Rome de leurs vacances après le cri de ralliement de leur "capitaine", la position du ministre de l’Intérieur n’a pas prévalu. Le Sénat a, en effet, reporté sine die le vote d’une motion de censure contre l’actuel gouvernement de Giuseppe Conte. Le 20 août prochain, ce dernier – qui refuse de présenter sa démission – ne devra donc fournir qu’une simple déclaration face au Sénat.

Un report qui permettra aux partis de s’organiser et de voir naître, dans l’étouffante chaleur de la capitale, d’étonnantes alliances, des coalitions stratégiques mais éphémères, des pactes entre anciens ennemis jurés. L’agonie du gouvernement italien est loin d’être terminée.


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