L’Allemagne féminise les conseils d’administration des grandes entreprises

En Allemagne, 44% des entreprises cotées en bourse ne comptent aujourd’hui aucune femme dans leur conseil d’administration. ©REUTERS

Le gouvernement allemand a présenté mercredi son projet de loi sur la féminisation des conseils d’administration des grandes entreprises. Le pays est à la traîne en la matière.

Des quotas contraignants seront imposés à l’avenir aux sociétés allemandes, particulièrement peu vertueuses concernant la place des femmes à l'étage de la direction. Selon le texte, qui doit encore être adopté par les députés, au moins une femme devra siéger dans les comités de direction des entreprises à gestion paritaire (employeurs-employés, conformément au principe allemand de la co-gestion) comptant plus de trois administrateurs. Dans les entreprises où l’Etat détient une participation majoritaire, cette proportion sera d’au moins une femme à partir de deux sièges d’administrateurs.

Longtemps, l’Allemagne dirigée par une femme depuis 15 ans, avait misé sur la bonne volonté des entreprises en la matière. «Sur la base du volontariat, il se passe très peu de choses», souligne la ministre de la Famille, la sociale démocrate Franziska Giffey qui a porté le texte. Nombre de grands groupes allemands – le chimiste Bayer, le fabricant d’électricité Eon, le géant des cartes à puce Infineon… – ne comptent aucune femme au sein de leur Directoire.

12,8%
Les conseils d’administration des 30 plus grands groupes allemands comptent 12,8% de femmes contre 28,6% aux Etats Unis, 27% en Belgique, 24,9% en Suède, 24,5% en GB et 22,2% en France

Entreprises cotées à la traîne

Selon l’organisation Fidar (des Femmes au sein des conseils de surveillance), 44% des entreprises allemandes cotées en bourse concernées par la future loi ne comptent aujourd’hui aucune femme dans leur conseil d’administration. Et la tendance est plutôt à un recul: Lufthansa (17% de femmes dans sa Direction) a cédé la place dans l’indice boursier au géant de l’immobilier Deutsche Wohnen, qui ne compte aucune administratrice. Et parmi les 29 nouveaux venus dans le MDax au cours des deux dernières années, 25 ne comptent aucun administrateur féminin. «Les nouvelles entrées en bourse tirent les pourcentages vers le bas!» avertissait l’été dernier le cabinet de conseil américain Russel Reynolds.

Le projet de loi pourrait faire passer la proportion de femmes administratices à 16% selon le cabinet BCG, ce qui ferait passer l’Allemagne de la 24e à la 18e place au niveau européen.

Le texte, très contesté auprès des milieux d’affaires et qui a donné lieu à d’intenses débats au sein de la coalition, a été porté par deux ministres femmes sociales-démocrates, celle de la Justice et celle de la Famille. Angela Merkel s’était longtemps déclarée hostile aux quotas féminins au sein des sociétés. Un premier pas avait été franchi en 2015, avec une loi fixant un quota d’au moins 30% de femmes au sein des conseils de surveillance des grands groupes. Depuis cette proportion est passée à 35,4% pour les entreprises du Dax. Mais la loi n’a eu aucun effet à ce jour sur les conseils d’administration.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés