analyse

L'Allemagne, incapable d'enrayer le phénomène de l'extrême droite

L'Allemagne, où neuf personnes ont été tuées mercredi soir dans deux fusillades visant des bars à chicha à Hanau, connaît une recrudescence des attaques racistes et antisémites, dont plusieurs meurtrières ces dernières années.

L’extrême droite a encore frappé en Allemagne. L’an passé, on a compté 542 actes de violence liés à l’extrême droite, avec 240 blessés. Depuis la chute du Mur en 1990, 169 personnes ont été assassinées dans le pays par des radicaux de droite. Police et justice semblent incapables d’enrayer le fléau.

L’extrême droite a une fois de plus frappé en Allemagne, provoquant une véritable onde de choc dans le pays. Depuis la chute du Mur en 1990, 169 personnes ont été officiellement assassinées par des terroristes d’extrême droite. Les associations de lutte contre l’extrémisme estiment à 198 le nombre des victimes. Rien que l’an passé, on a compté 542 actes de violence en rapport avec la droite radicale et 240 blessés. Selon la presse, ces chiffres officiels seraient sous-évalués de jusqu’à 20%.

À Hanau, comme souvent par le passé, le suspect présumé de la tuerie n’était pas connu de la police. Il était pourtant actif sur les réseaux sociaux et possédait un port d’armes. "Nous devons vérifier si nous connaissons tous les terroristes de droite potentiels", expliquait début février Holger Munch, le président du BKA, les services fédéraux de la police criminelle à l’occasion de la présentation de nouvelles statistiques en forte hausse sur le sujet. 12.700 extrémistes de droite sont officiellement considérés comme susceptibles de recourir à la violence, soit 2.000 de plus qu’en 2012. 53 d’entre eux sont fichés "dangereux", c’est-à-dire "capables de commettre un meurtre ou un attentat", contre 22 personnes en 2012.

Profils variés

Les profils sont des plus variés. L’assassin présumé du préfet Walter Lübcke, assassiné en juin dernier pour avoir aidé des réfugiés à trouver un logement décent, avait été actif dans la scène néonazie dans sa jeunesse, avant de mener une vie en apparence "rangée" de père de famille. L’homme qui avait tenté de commettre un massacre en octobre sur la synagogue de Halle et avait tué deux passants après avoir échoué à pénétrer dans le bâtiment était, lui, actif sur internet, avec des contacts à l’international.

"L’AfD a suscité de gros espoirs chez les plus radicaux. De leur point de vue, l’AfD a échoué, et il faut maintenant agir."
Timo Reinfrank
Fondation Amadeu Antonio

"La mort de Walter Lübcke a marqué une césure", estime Timo Reinfranck de la Fondation Amadeu Antonio. Ce dernier a été assassiné par un groupe de néonazis en novembre 1990 et est considéré comme étant la première victime de la violence d’extrême droite depuis la chute du Mur. "Depuis l’arrivée des réfugiés (en 2015 et 2016, NDLR), on note une très nette radicalisation du mouvement et une forte mobilisation contre les réfugiés au sein de la scène d’extrême droite. Le développement de l’AfD a aggravé les choses. L’AfD a suscité un fort espoir chez les plus radicaux, l’espoir que Merkel partira, qu’une nouvelle force politique ferait quelque chose 'contre l’invasion' des étrangers. Mais du point de vue des plus extrémistes, l’AfD a échoué. Et on assiste maintenant à une radicalisation du mouvement, avec l’idée qu’il faut enfin 'agir'. De leur point de vue, ces gens ont une 'mission' à accomplir. Hooligans et néonazis représentent vraiment une menace accrue."

Police laxiste

Face à ces évolutions, police et justice semblent débordées, voire laxistes, ou acquises à la "cause", avec de grosses disparités selon les régions. "La police ne rend plus les cas de violence d’extrême droite publics depuis des années déjà", s’indigne Timo Reinfrank. "Et bien des juges préfèrent ne pas condamner un néonazi plutôt que de risquer une révision si les preuves leur semblent peu convaincantes. Enfin, on a un vrai problème du côté des renseignements intérieurs, le BVS, qu’il faudrait entièrement restructurer. Ces services sont totalement dépourvus de capacité d’analyse quant à l’extrême droite."

Obsédé par la menace du terrorisme islamiste, le BVS aurait pendant des années sous-estimé la menace terroriste de droite. Même après le scandale de la cellule d’extrême droite NSU qui avait assassiné 10 petits commerçants grecs et turcs dans les années 2000, à aucun moment l’enquête ne s'est dirigée vers l’extrême droite.

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