L’Allemagne ne retrouvera pas l’équilibre budgétaire avant 2025

La chancelière allemande, Angela Merkel, quittant la réunion du Bundestag. ©Michael Kappeler/dpa

Le ministre allemand des Finances a présenté hier au Bundestag son correctif budgétaire pour 2021 ainsi que son projet de loi de finances pour 2022. La dette allemande va continuer à grimper jusqu’en 2025.

La crise sanitaire va peser bien plus lourd sur le budget fédéral que ce qu’avait prévu le ministre des Finances. Le social-démocrate Olaf Scholz – candidat pour son parti à la succession d’Angela Merkel – a présenté mercredi son correctif budgétaire pour 2021. Le montant des emprunts est porté à 240,2 milliards d’euros, soit 60,4 milliards de plus que le projet initial adopté par le parlement en décembre.

240,2
milliards d'euros
Le montant des emprunts est porté à 240,2 milliards d’euros, soit 60,4 milliards de plus que le projet initial adopté par le parlement en décembre.

Cette somme servira exclusivement à couvrir les dépenses exceptionnelles liées à la pandémie du ministère de la Santé et à financer les aides aux entreprises. "Nous ne voulons pas nous voiler la face, le niveau de l’endettement est élevé", concédait le ministre devant la presse. "Nous mettons les moyens nécessaires pour faire face aux conséquences économiques et financières de la pandémie".

Depuis le début de la crise, Berlin a versé plus de 114 milliards d’euros de soutien aux entreprises, sous forme de chômage partiel, de prêts garantis et d’aides directes. Et selon une étude de l’institut IW de Cologne, proche du patronat, la crise a déjà coûté 250 milliards d’euros à l’économie allemande, en prenant en compte la chute de la croissance, les baisses de recettes fiscales et les aides de l’État.

"Nous ne voulons pas nous voiler la face, le niveau de l’endettement est élevé."
Olaf Scholz
Ministre des Finances allemand

Plus grave pour les autorités en cette année électorale cruciale, avec la succession d’Angela Merkel qui a annoncé prendre sa retraite politique: aucune inversion de la courbe n’est en vue. Le gouvernement prévoit pour 2022 81,5 milliards d’euros de nouvelles dettes (15 milliards seulement seraient autorisés selon les règles d’équilibre budgétaire inscrites dans la Constitution, sauf situation exceptionnelle), pour un budget total de 419,8 milliards. Le pays dérogera ainsi pour la troisième année consécutive à ses règles de rigueur budgétaire, qui lui interdisent en théorie d’emprunter plus de 0,35% de son PIB chaque année. Après dix années d’excédents budgétaires, Berlin a contracté 370 milliards d’euros de nouvelles dettes en 2020 et 2021, pour faire face aux conséquences économiques de la crise sanitaire.

Une stabilisation "prioritaire"

"Tout cela coûte cher, mais ne rien faire aurait coûté encore plus cher", a justifié Olaf Scholz. En début d’année déjà, il avait évoqué la possibilité de ne pas rester l’an prochain non plus dans les clous fixés par la Constitution en termes de budget, provoquant un tollé dans les rangs les plus conservateurs du parti chrétien démocrate, le parti d’Angela Merkel.

"Nous tablons pour 2022 sur un tiers de dettes de moins que cette année, car nous misons sur une légère diminution des dépenses d’aides liées au Covid", a précisé le ministère, qui souligne que 50 milliards d’euros seront consacrés à l’investissement. Olaf Scholz rappelle également qu‘avec un taux d’endettement prévisible de 75% du PIB fin 2021 – le plus faible du G7 – la République Fédérale n’a rien à envier à ses partenaires. De quoi apaiser un peu l’opposition et les puristes de l’orthodoxie budgétaire au sein de la majorité, qui réclament un retour aussi rapide que possible à l’équilibre budgétaire.

"Chaque euro de dette supplémentaire freine la marge de manœuvre budgétaire de demain (...). J’aimerais que le ministre des Finances ne donne pas l’impression en permanence qu’on peut tout financer."
Eckhardt Rehberg
Porte-parole pour le budget du groupe parlementaire CDU-CSU au Bundestag

"Certes, la stabilisation de l’économie est prioritaire", concède ainsi Eckhardt Rehberg, porte-parole pour le budget du groupe parlementaire CDU-CSU au Bundestag. "La question est de savoir si, du côté des dépenses, l’État fédéral prend bien les règles de prudence en considération. Chaque euro de dette supplémentaire freine la marge de manœuvre budgétaire de demain. Le remboursement de la dette coûtera 18 milliards d’euros par an à partir de 2026. J’aimerais que le ministre des Finances ne donne pas l’impression en permanence qu’on peut tout financer. La prochaine majorité devra se livrer à un contrôle en règle des caisses." Le projet de budget 2022 doit être définitivement adopté à l’été par le gouvernement, avant les élections du 26 septembre puis adopté par le parlement sorti des urnes à l’automne.

Le retour à l’orthodoxie est pour l’heure prévu par étapes à l’horizon 2025 avec 10 milliards de dettes prévues cette année-là, comme autorisé par la Constitution. Déjà, en 2023 (8,3 milliards de nouvelles dettes prévues) et 2024 (11,5 milliards), les nouvelles dettes de l’Allemagne devraient être dans les clous. Berlin prévoit notamment de liquider alors les réserves de 50 milliards accumulées au cours de la décennie budgétaire faste pour financer les conséquences de la crise migratoire et mise sur un retour à la croissance, avec une forte hausse des recettes fiscales.

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