L'ambition de l'Europe à l'épreuve des dissensions entre ses États

©AFP

La Commission présente son "Plan vert", Charles Michel cherche un accord sur la neutralité carbone, mais ces débats butent sur des questions de gros sous.

Frans Timmermans a joué les chauffeurs de salle à la COP25 de Madrid. Alors que la Commission s’apprête à présenter ce mercredi son "Pacte vert" et que le Conseil européen va chercher jeudi un accord sur la neutralité carbone, le Monsieur Climat de l’Union donné pas moins de quatre conférences et présidé trois réunions en un jour et demi de présence à Madrid. L’Union est attendue de pied ferme et, jusqu’ici, donne le change. Mais la suite ne s’annonce pas de tout repos: derrière le volontarisme des institutions européennes, les lignes de fractures entre États sont d’autant plus difficiles à résorber qu’elles se mêlent à des questions de gros sous.

Le "Pacte" que proposera la Commission vise à mettre l’Union en ordre de bataille pour atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050. Il faudra pour cela qu’elle revoie à la hausse ses ambitions intermédiaires légalement contraignantes – d’une réduction de 40% des émissions à l’horizon 2030, l’Union devrait viser 50 à 55%. Un plan, un calendrier de propositions législatives: Ursula Von der Leyen et Frans Timmermans avancent, reste à voir si les États suivront.

Premier élément de réponse attendu dès jeudi: le principal enjeu du premier Conseil européen de Charles Michel sera de voir si les Vingt-Huit sont prêts à adopter un objectif de neutralité carbone pour 2050. C’est la troisième fois consécutive que le sujet est à leur agenda, alors qu’ils n’étaient parvenus en juin qu’à s’entendre sur une note de bas de page pour constater que quatre d’entre eux n’étaient pas prêts à sauter le pas.

"Nous attendons que l’UE encourage le dévelop-pement du nucléaire en République tchèque."
Andrej Babis
Premier ministre Tchèque

Charles Michel réussira-t-il là où Donald Tusk avait échoué? L’échec de juin était le résultat d’un débat "pas assez préparé", a écrit le Premier ministre tchèque Andrej Babis dans une lettre au Président du Conseil que nous avons pu lire. Le reste de la missive donne une bonne idée du type de tensions à attendre: "Nous attendons que l’UE encourage le développement du nucléaire en République tchèque", sans quoi il sera impossible d’atteindre la neutralité carbone dans ce pays. La requête se heurtera aux pays anti-nucléaire – Autriche, Luxembourg, Allemagne.

Comme la Tchéquie, d’autres pays de l’ancien bloc de l’Est exigent des garanties financières avant d’accepter des objectifs climatiques ambitieux. La négociation budgétaire qui se tient en parallèle promet de réduire les aides européennes à des États comme la Hongrie ou la Pologne – en raison de l’augmentation de leur PIB –, mais pourrait aussi mener au blocage de leurs financements par un mécanisme de conditionnalité liant les aides au respect des valeurs de l’Union. Dans ce contexte, l’ambition climatique est un levier de négociation de taille.

Un conseiller de la Commission qui ne souhaite pas être cité s’attend à une nuit longue jeudi – "et il n’est pas sûr qu’ils parviendront à une décision". En tout état de cause, "il y aura des discussions difficiles. Si pas maintenant, dans l’année qui vient. Parce que ces objectifs sont essentiels pour la politique énergétique et industrielle de l’UE et de chaque État."

Pendant que l’Union tergiverse sur sa stratégie de long terme, elle n’avance pas sur la révision à la hausse de son objectif intermédiaire de 2030, que les Nations unies attendent dans le courant de l’année qui vient. Adoptera-t-elle un objectif à temps pour inspirer un mouvement mondial de relèvement des ambitions à la COP26 de Glasgow, comme le demande l’Accord de Paris? Frans Timmermans chauffe la salle, les délégués de la COP de Madrid attendent les actes.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect

Messages sponsorisés

n