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L'arrestation de Julian Assange en 7 questions

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Le fondateur de WikiLeaks Julian Assange a été arrêté dans l'ambassade d'Equateur à Londres. Ses soutiens redoutent qu'il soit extradé vers les Etats-Unis à cause de la publication en 2010 sur son site de milliers de documents confidentiels du département d'Etat et du Pentagone.

1/ Qui est Julian Assange?

Julian Assange est né le 3 juillet 1971 à Townsville en Australie. Il compare son enfance à celle de Tom Sawyer, entre construction de radeau et explorations diverses de son environnement. Jusqu'à l'âge de 15 ans, il vivra dans plus de trente villes australiennes différentes et fréquentera de nombreuses écoles avant de se poser à Melbourne où il étudiera les mathématiques, la physique et l'informatique.

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Doué, travailleur, il est happé par la communauté des hackers et commence à pirater les sites internet de la Nasa ou du Pentagone en utilisant le pseudo de "Mendax". Lorsqu'il lance WikiLeaks en 2006 dans le but de "libérer la presse", il devient, selon l'un de ses biographes, "l'homme le plus dangereux du monde". Il se fait connaître du grand public en 2010 avec la publication des centaines de milliers de documents secrets américains.

2/ De quoi est-il accusé?

  • En Grande-Bretagne

Assange a été reconnu coupable ce jeudi à Londres d'avoir enfreint les conditions de sa liberté conditionnelle en 2012, alors que la Suède réclamait son extradition dans le cadre d'une affaire de viol. Le lanceur d'alertes, qui a plaidé non coupable, connaîtra ultérieurement sa condamnation. Il risque au maximum douze mois de prison.

  • Aux Etats-Unis

C'est surtout pour son inculpation aux Etats-Unis d'association de malfaiteurs en vue de commettre un "piratage informatique" qu'il est connu. Cette peine est passible d'une peine maximum de 5 ans de prison, bien que l'Australien a toujours redouté risquer d'y encourir la peine de mort, en raison de la publication des documents secrets. 

Selon l'acte d'inculpation, l'Australien est accusé d'avoir accepté d'aider l'ex-analyste du renseignement américain Chelsea Manning à obtenir un mot de passe pour accéder à des milliers de documents classés secret-défense et relatifs aux actions de l'armée américaine en Afghanistan et en Irak.

  • En Suède

Le 18 novembre 2010, la Suède lance un mandat d'arrêt européen contre Assange dans le cadre d'une enquête pour viol et agression sexuelle présumés de deux Suédoises en août 2010. Il a toujours assuré de son côté que les jeunes femmes étaient consentantes et se livre à la police britannique le 7 décembre. Il est détenu neuf jours puis assigné à résidence dans le Suffolk (est de l'Angleterre). En février 2011, un tribunal londonien a validé la demande d'extradition de la Suède. Le dossier a été classé depuis.

3/ Pourquoi bénéficiait-il de l'asile à l'ambassade équatorienne?

Le fondateur de WikiLeaks s'est réfugié à l'ambassade d'Equateur en Grande-Bretagne à la mi-2012 en demandant protection. Au bout de deux mois, il s'est vu accorder l'asile diplomatique en août par le président d'alors, Rafael Correa (2007-2017).

L'expert en informatique dénonçait un plan des Etats-Unis visant à le juger et à le faire condamner à mort pour la publication de milliers de documents secrets sur le site WikiLeaks. Argument jugé recevable par Quito. Mais Londres se refuse à lui accorder un sauf-conduit, qui lui permettrait de quitter l'ambassade, et maintient un mandat d'arrêt pour violation des conditions de sa liberté conditionnelle dans l'affaire suédoise.

4/ Quel est son statut légal?

Il ne bénéficiait pas seulement de l'asile. En 2017, il a été naturalisé Equatorien et le gouvernement de Lenin Moreno, l'actuel président, l'avait même nommé conseiller auprès de son ambassade à Moscou afin qu'il puisse quitter le Royaume-Uni sous couvert de l'immunité diplomatique. Mais Londres n'a pas reconnu cette nomination, que Quito a fini par annuler.

A présent, l'Equateur, qui lui a retiré ce jeudi sa nationalité équatorienne, a en théorie l'obligation de le protéger contre les éventuelles prétentions d'autres pays de le condamner à la réclusion à perpétuité ou à mort, peines non reconnues par la législation équatorienne.

Le président équatorien a ainsi dit avoir demandé à Londres la garantie que Julian Assange ne serait pas extradé vers un pays où il risque la peine de mort, ce que le gouvernement britannique lui a "confirmé par écrit". La peine de mort est toujours en vigueur aux Etats-Unis, où 25 exécutions ont eu lieu en 2018.

5/ Comment a-t-il pu être arrêté ce jeudi?

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En octobre 2018, l'Equateur, avec qui les relations se sont tendues depuis l'arrivée au pouvoir du nouveau président Lenin Moreno, lui a imposé des règles concernant notamment ses visites et ses communications, leur non-respect impliquant un retrait de l'asile. Le 2 avril, le chef de l'Etat a déclaré qu'Assange avait "violé de manière répétée" les termes de l'asile dont il bénéficiait. Assange, a déclaré Moreno, n'avait pas le droit de "pirater des comptes privés ou des téléphones" et n'avait pas à intervenir dans la politique de pays, en particulier de pays amis.

Quito a dénoncé la diffusion par le site web WikiLeaks de photos, vidéos et conversations privées du président équatorien. Le portail web inapapers.org dénonce en outre des faits présumés de corruption attribués à Moreno, qui les a rejetés et a affirmé, sans donner de nom, en connaître l'origine. "Nous savons qui paie cela. Nous le savons parfaitement", avait déclaré le président, en rupture avec son prédécesseur et ex-allié Rafael Correa (2007-2017). Ce dernier a d'ailleurs qualifié son successeur suite à l'arrestation d'Assange, après que l'Equateur lui a retiré l'asile diplomatique, de "plus grand traître de l'histoire latino-américaine".

"Cela met la vie d'Assange en danger et humilie l'Equateur. Jour de deuil mondial", écrit Rafael Correa sur son compte Twitter, dénonçant également "un crime que l'humanité n'oubliera jamais" peu après l'arrestation d'Assange à l'ambassade d'Equateur à Londres.

6/ Quelles sont les réactions à son arrestation?

  • Le président équatorien Lenin Moreno défend le retrait du statut d'asile à Julian Assange, une décision "souveraine" prise "après ses violations répétées des conventions internationales et des protocoles de la vie quotidienne".
  • La Russie a accusé les autorités britanniques d'"étrangler la liberté". "La main de la démocratie étrangle la liberté", a réagi la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova.
  • Pour la Première ministre britannique Theresa May, "personne n'est au-dessus des lois" et pour le chef de la diplomatie britannique Jeremy Hunt, "Julian Assange n'est pas un héros", il "a fui la vérité pendant des années et il est juste que son avenir soit décidé par le système judiciaire britannique".
  • L'Australie se dit "convaincue" qu'Assange, de nationalité australienne, sera traité de manière équitable au Royaume-Uni et va demander un accès consulaire au détenu.
  • L'Equateur fait courir à Assange "un risque réel de graves violations de ses droits fondamentaux", selon Agnès Callamard, rapporteur de l'ONU sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires.
  • Le lanceur d'alerte américain Edward Snowden, qui vit en exil en Russie après ses révélations sur l'agence de surveillance américaine NSA, regrette un "jour sombre pour la liberté de la presse" et qualifie la décision équatorienne de "révocation extraordinaire et très probablement sans précédent de ce que les Nations unies considèrent comme un octroi d'asile légitime".
  • L'ONG WikiLeaks accuse l'Equateur d'avoir "illégalement mis fin à l'asile politique d'Assange, en violation du droit international".

7/ Et maintenant?

La peine au Royaume-Uni "ne dépasserait pas six mois" (pour la violation des conditions de sa liberté conditionnelle dans l'affaire suédoise, NDLR), estime le procureur général équatorien, Iñigo Salvador, soulignant que le Royaume Uni a garanti qu'"il ne serait ni expulsé, ni extradé vers aucun autre pays".

L'avocate de la femme qui accuse Julian Assange de viol en Suède en 2010 a de son côté indiqué qu'elle allait demander au parquet la réouverture de l'enquête. "Nous allons tout faire pour que les procureurs rouvrent l'enquête suédoise et qu'Assange soit remis à la Suède et traduit en justice pour viol". La Suède avait abandonné les poursuites en mai 2017, à trois ans de la prescription, faute de pouvoir faire avancer les investigations. "Tant que le crime ne sera pas prescrit, ma cliente garde l'espoir que justice sera faite", a-t-elle conclu.

Pour sa part, Assange va "contester et combattre" la demande d'extradition américaine, a déclaré son avocate Jennifer Robinson à l'issue de la comparution de son client devant un tribunal londonien.

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