analyse

L'avenir incertain de la coalition Merkel

©Bernd von Jutrczenka/dpa

C’était une des promesses de la majorité au pouvoir à Berlin. Avec la signature de leur accord de coalition, CDU et SPD s’étaient engagés à dresser un bilan de leur action à mi-parcours, avant de décider de poursuivre ou non leur cohabitation.

1. Deux ans après, quel est le bilan de la coalition Merkel?

Les bons résultats avancés hier par le gouvernement sont confirmés par la fondation Bertelsmann. Selon les calculs de cette fondation indépendante, le gouvernement a réalisé 60% des promesses contenues dans le contrat de coalition. Le bilan est particulièrement positif pour le SPD, qui a pu boucler la moitié de ses 73 promesses électorales. Le score de concrétisation est aussi élevé pour la CDU, mais celle-ci n’avait pu inscrire que 32 de ses promesses électorales dans le contrat de coalition. Le bilan du quatrième gouvernement Merkel est à ce jour clairement teinté à gauche. Pourtant, ni la CDU ni surtout le SPD ne profitent de ce bilan positif auprès de l’électorat.

2. Pourquoi la coalition est-elle mal aimée?

Alliance de raison, la GroKo donne le spectacle d’un conflit d’intérêts et de personnes permanent. Exemple: depuis des semaines, la ministre de la Défense Annegret Kramp-Karrenbauer (CDU) est en conflit avec le ministre social-démocrate des Affaires étrangères Heiko Maas sur le dossier de la Syrie. Angela Merkel semble incapable de rétablir l’ordre. "Il manque à ce gouvernement des centres de pouvoir clairs, capables de temporiser de façon souveraine, estime le politologue Wolfgang Schroeder, de l’université de Kassel. En Allemagne, plus personne ne sait vraiment qui a le pouvoir au sein de la coalition, comme au sein des deux partis au pouvoir."

3. Quelle est la mesure phare déjà adoptée?

"En Allemagne, plus personne ne sait vraiment qui a le pouvoir au sein de la coalition."
wolfgang schroeder
université de kassel

Le plan climat, présenté fin septembre comme le grand projet de la législature, vise une réduction drastique des émissions de CO2 du pays. L’adoption de ce plan, loin de redorer l’image du gouvernement, a donné des ailes aux critiques de tous bords. Les mesures ne vont pas assez loin aux yeux des Verts, tandis que l’extrême droite continue de progresser dans les sondages, en dénonçant notamment l’abandon du charbon à l’horizon 2038 ou la prochaine interdiction de circuler dans de nombreux centres-villes pour les moteurs diesel.

4. Quelle mesure phare doit encore être adoptée?

L’action de la coalition se concentre désormais sur l’adoption d’un minimum retraite pour les personnes ayant travaillé 35 ans mais touchant une pension inférieure aux minimums sociaux. Trois millions de personnes, à 80% des femmes, pourraient en bénéficier. Ce projet phare du SPD devait être adopté en début de semaine. Il a été repoussé par les chrétiens-démocrates, qui veulent soumettre l’attribution de cette rente complémentaire à des conditions de ressources. Le SPD, qui redoute les conséquences électorales de chicaneries administratives, est contre. Les dimensions prises par ce conflit pourraient faire vaciller la coalition.

5. Quel est l’avenir de la coalition?

"En Allemagne, plus personne ne sait vraiment qui a le pouvoir au sein de la coalition."
wolfgang schroeder
université de kassel

Il dépend du congrès de la CDU, fin novembre, et de celui du SPD, début décembre. Rival de toujours d’Angela Merkel, Friedrich Merz brigue la candidature de son parti pour les législatives de 2021, auxquelles la chancelière ne se présentera pas. Une tentative de putsch contre la dauphine désignée, Annegret Kramp-Karrenbauer, n’est pas à écarter. Angela Merkel n’y survivrait pas.

Le SPD doit se doter lui d’une nouvelle direction. Deux équipes bicéphales se font face, avec d’une part Olaf Scholz, ministre des Finances et soutien de la GroKo, et de l’autre Norbert Walter-Borjans, réputé GroKo-sceptique. L’élection de Walter-Borjans à la tête du parti signifierait la fin prématurée de la majorité.

6. Comment se porte l’économie allemande?

Le gouvernement allemand, les plus influents économistes et les institutions internationales ont revu les uns après les autres leurs prévisions de croissance pour le pays à la baisse. Le PIB ne devrait progresser cette année que de 0,5%; de 0,8 à 1,4% l’an prochain, selon les estimations. L’Allemagne devrait échapper de justesse à une récession. Mais le contexte mondial frappe de plein fouet le champion des exportations de produits industriels. Les mauvaises nouvelles se multiplient avec une légère remontée du chômage, et une diminution du nombre de créations d’emplois.

7. Va-t-on vers la fin de l’orthodoxie budgétaire?

Ce dogme est de plus en plus contesté. Hier, les "Sages" allemands, un conseil d’économistes chargés de conseiller le gouvernement, ont appelé à assouplir le verrou budgétaire du pays "en cas de ralentissement plus prononcé" de la conjoncture. Le dogme repose sur deux règles: l’interdiction, inscrite dans la Constitution, de contracter toute nouvelle dette fédérale de plus de 0,35% du PIB, et l’engagement d’un budget fédéral au moins à l’équilibre. Les partenaires européens de l’Allemagne et les institutions internationales l’appellent depuis des mois à réduire son excédent budgétaire. En Allemagne même, la question, qui divise surtout au sein du SPD, sera au centre du congrès des sociaux-démocrates dans un mois.

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