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L'économie allemande plie, mais elle a encore de la marge

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La croissance de la zone euro a ralenti au deuxième trimestre suite à la dégradation du secteur industriel allemand. En cause, le Brexit et les tensions commerciales internationales. Pour le chief economist Étienne de Callataÿ, le ralentissement n'est pas alarmant. L’Allemagne conserve toutes ses capacités.

La croissance de la zone euro a ralenti au deuxième trimestre, suite à la contraction de l’économie allemande, sur fond d’incertitudes liées au Brexit et à la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis. La situation alimente les craintes d’une récession.

Le produit intérieur brut (PIB) des 19 pays ayant adopté l’euro a progressé de 0,2% d’avril à juin contre 0,4% lors des trois premiers mois de l’année. C’est ce qui ressort d’une estimation d’Eurostat, l’office statistique européen.

Le PIB allemand a reculé de 0,1%, alors qu’il affichait une croissance de 0,4% au premier trimestre. C’est la première baisse enregistrée depuis 2015. Hors de la zone euro, le PIB du Royaume-Uni et celui de la Suède affichent aussi un repli, respectivement de 0,2% et 0,1%.

La Belgique, sensible aux évolutions de l’économie allemande, connaît une croissance modeste de 0,2%. D’autres pays affichent une meilleure forme, comme le Danemark (0,8%), le Portugal (0,5%) ou la Hongrie (1,1%).

Faut-il s’alarmer de ces chiffres plutôt moroses pour la zone euro? "Il y a un ralentissement certain, dit Étienne de Callataÿ, chief economist d’Orcadia Asset Management, sans que, pour autant, il y ait le feu au lac. Certains chiffres sont bien orientés."

Une croissance de 1,1% sur un an

Etienne de Callataÿ, Chief Economist d'Orcadia Asset Management ©Photo News

De fait, sur un an, la croissance de la zone euro est de 1,1% d’avril à juin. Celle de l’Europe des 28 est de 1,3%. "Une croissance en Europe allant vers 1,5%, c’est normal. Au-delà, ce serait la surchauffe", poursuit-il.

Une croissance de plus de 1,5% ne serait pas durable au regard de certains facteurs caractérisant l’Europe, comme l’évolution démographique atone limitant la productivité. En particulier en l’absence de politique migratoire. "Il n’y a pas de raison de voir la productivité réaccélérer", dit-il.

Par ailleurs, l’emploi dans la zone euro a augmenté de 0,2% au deuxième trimestre par rapport aux trois mois précédents. Sur un an, sa croissance devrait être de 1,1%.

L’industrie automobile en berne

L’économie allemande est, avant tout, marquée par un recul de sa production industrielle, de 1,4% en juin par rapport à mai. La production des métaux et d’équipements industriels, ainsi que l’automobile sont en berne.

©Mediafin

L’Allemagne étant le moteur économique de l’Europe, on ne s’étonnera pas de voir la production industrielle de la zone euro reculer de 1,6% sur la même période.

La situation ne devrait pas s’améliorer à court terme. Tous les signaux sont au rouge dans l’industrie allemande. Les plans de licenciements sont de plus en plus nombreux et le rythme de création d’emploi a ralenti.

L’essoufflement économique provient en grande partie des incertitudes sur la scène internationale. Le commerce international souffre suite aux tensions sino-américaines, l’Europe en étant tributaire en raison du déséquilibre de sa balance commerciale avec les États-Unis et la Chine. Les exportateurs allemands sont les premiers à souffrir de cette situation.

L’incertitude du Brexit

"L’Allemagne peut encore appuyer sur l’accélérateur."
Etienne de Callataÿ
Chief economist chez Orcadia Asset Management

Le Brexit et son lot d’incertitudes ajoutent à la morosité. Le fléchissement de l’économie britannique est lié à cette situation chaotique. "Les ménages diffèrent les achats durables ou stockent dans la crainte d’une crise le 31 octobre prochain, dit Étienne de Callataÿ. C’est la cacophonie totale. On a le sentiment qu’un report du Brexit serait pire que bien. À partir du moment où on est dans l’incertitude, il vaut mieux trancher."

Le secteur bancaire, poumon de l’économie britannique, subit de plein fouet ces incertitudes. Or, les banques insulaires et celles du continent sont mal préparées. Mercredi, la BCE les invitait à accélérer les préparatifs en vue d’un Brexit dur.

Sortir de la rigueur

La chancelière allemande Angela Merkel lors de l'inauguration d'une ligne de production d'aluminium pour le secteur automobile ©REUTERS

Tranchant avec le pessimisme ambiant, le chief economist juge que le risque d’une aggravation reste faible étant donné la résilience de l’économie allemande. "L’Allemagne peut encore appuyer sur l’accélérateur", estime Étienne de Callataÿ, "elle a l’avantage de s’être imposée une cure d’austérité alors que d’autres pays se sont abstenus, il lui reste encore de la marge."

L’Allemagne s’est installée dans la rigueur budgétaire. Ses partenaires européens verraient d’un bon œil que Berlin augmente ses dépenses afin de soutenir la croissance. Il n’est pas impossible que la première économie européenne revienne sur son dogme du "frein à l’endettement".

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