analyse

L'équipe d'Ursula von der Leyen en ordre de bataille

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Une nouvelle organisation, une polémique et des "présomptions d’innocence": la prochaine Commission est prête à passer sous le regard scrutateur du Parlement européen.

Ursula von der Leyen s’est choisi huit vice-présidents pour coordonner le travail de sa future équipe, mais assure faire fi de la hiérarchie: seules comptent les missions. La présentation de son équipe en aura dérouté plus d’un au sein de la bulle européenne, alors que les intitulés des portefeuilles renvoient plus à des thèmes politiques – "une économie qui marche pour les gens", "une Europe prête pour l’ère numérique" – qu’aux grandes directions de l’administration. La palme de la compétence la plus originale revenant à la "protection de notre mode de vie", qui consiste à coordonner les politiques en matière d’éducation et d’emploi comme de sécurité. Ce portefeuille, qui échoit au Grec Margaritis Schinas, comporte en outre la compétence sur les migrations, ce qui a déclenché mardi un début de polémique sur les relents identitaires que d’aucuns prêtent à cette intention.

Climat en tête

Parmi les grands postes de la future équipe, on citera d’abord celui de Frans Timmermans, qui aura la charge de la première des priorités affichées par la présidente élue. Poids lourd de la Commission sortante et candidat malheureux à la succession de Juncker, le Néerlandais est "vice-président exécutif" en charge de mettre en place un "Green Deal" européen. Alors que le Conseil européen doit adopter vers la fin de l’année un objectif de zéro émission pour l’horizon 2050, l’équipe de von der Leyen entend déjà faire de l’Europe le premier continent neutre en carbone.

La Danoise Margrethe Vestager conserve le puissant portefeuille de la Concurrence – seul pour lequel la Commission a compétence exclusive. Elle avait annoncé des amendes records à plusieurs géants de la Silicon Valley et est en faveur d’une réforme des règles de la concurrence. Elle obtient en outre de nouvelles compétences sur l’Economie numérique.

Le poste des Affaires économiques, qui consiste notamment à surveiller les budgets des États membres, revient à l’Italien Paolo Gentiloni alors que Rome espère pouvoir compter sur davantage de souplesse pour relancer une économie exsangue. Chaperonné par le letton Valdis Dombrovskis, il aura pour tâche d’expliquer la position de la Commission à Rome, qui consistera à utiliser "toute la flexibilité permise par les règles".

Si le dossier très délicat des droits fondamentaux est confié à Didier Reynders, il relèvera aussi de la compétence de la vice-présidente tchèque Věra Jourová – un tandem "good cop, bad cop" est-il en passe de se mettre en place?

Au rang des postes sensibles, on citera encore l’Irlandais Phil Hogan, le commissaire sortant à l’Agriculture hérite du portefeuille du Commerce dans un contexte tendu avec la Maison-Blanche.

Enquêtes en cours

La Française Sylvie Goulard sera chargée de faire progresser le marché unique numérique, mais aussi de travailler sur la défense européenne. Elle sera à ce titre responsable d’une nouvelle administration (Direction générale) pour l’Industrie de la défense et l’Espace. Hasard de calendrier: au moment où Ursula von der Leyen présentait son équipe, la Française était entendue avec son avocat par des enquêteurs français: elle est citée dans une affaire de soupçons d’emplois fictifs de son parti au Parlement européen. La présidente fait valoir la présomption d’innocence pour expliquer qu’elle n’ait pas remis en cause la désignation de la candidate par Paris.

On note au passage que le candidat polonais Janusz Wojciechowski, désigné pour l’Agriculture, est aussi visé par une enquête de l’Office européen antifraude au sujet d’irrégularités concernant le remboursement de ses frais de déplacement comme député européen.

La nouvelle équipe comporte un commissaire par État membre, dont la présidente et le Haut représentant, l’Espagnol Josep Borrell, nommé par le Conseil. Vu l’intention du Royaume-Uni de quitter l’Union avant l’entrée en scène du nouveau collège, il n’y a pas de candidat britannique. Mais Londres devra en nommer un si le Brexit n’a pas lieu comme prévu le 31 octobre. Fait inédit, l’équipe de la première présidente de la Commission de l’histoire respecte quasiment la parité des genres. Douze femmes et 14 hommes en ordre de bataille en vue du grand oral, le mois prochain, devant le Parlement européen.

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