L'Espagne marche sur les pas de la Grèce

Elena Salgado, ministre espagnole de l'économie

L'Etat et les banques espagnoles éprouvent de plus en plus de difficultés à lever des fonds sur le marché du crédit. Compte tenu des massifs remboursements de dette qu'ils devront consentir dans les mois à venir, cette situation risque de devenir de plus en plus préoccupante... Le taux de l'obligation espagnole à 10 ans s'est tendu à des niveaux jamais vus.

Une "Visite de travail". Et pourquoi pas une visite de courtoisie? Le directeur général du Fonds monétaire international (FMI), Dominique Strauss-Kahn, aura du mal à faire croire que son passage vendredi à Madrid n’a aucun lien avec les difficultés grandissantes qu’éprouvent l’État et les banques espagnoles lorsqu’ils souhaitent lever des fonds sur le marché obligataire.

Le chef de file des ministres des Finances de la zone euro, Jean-Claude Juncker, a affirmé mercredi n'avoir "aucune indication" montrant que l'Espagne va avoir bientôt recours à l'aide de ses partenaires. L’Union européenne (UE) a beau nier fermement les rumeurs selon lesquelles le FMI et l’UE (certains évoquent même la présence du trésor américain) prépareraient une ligne de crédit de l’ordre de 250 milliards d’euros au profit du gouvernement Zapatero, le marché estime qu’il n’y a pas de fumée sans feu.

D’autant que "Bloomberg" a réussi à mettre la main sur un brouillon de la Commission européenne selon lequel l’endettement des Espagnols et Portugais pourrait connaître un tel effet boule de neige qu’ils devraient couper dans leur budget de manière encore plus drastique que ce qui est déjà prévu dans les plans d’austérité.

Le ministre espagnol des Finances, Elena Salgado (en photo) risque d’avoir fort à faire pour convaincre les investisseurs, qu’elle a conviés vendredi à une réunion privée, du bien fondé des mesures prises pour stabiliser le système financier.

L’accès des banques espagnoles au marché interbancaire est virtuellement fermé: elles dont dû emprunter 85,6 milliards d’euros à la BCE en mai, soit deux fois le montant emprunté avant la faillite de Lehman Brothers.

L'hebdomadaire allemand "Die Zeit" affirme notamment que la Banque centrale européenne souhaite un engagement clair des gouvernements européens pour aider l'Espagne si nécessaire. Conséquence: malgré un nouveau démenti des autorités européennes mercredi, le taux de l'obligation espagnole à 10 ans s'est tendu à des niveaux jamais vus, à plus de 4,8%.

"Avec la fermeture des canaux de financement, l'hypothèse de voir l'Espagne faire appel au mécanisme (de prêts d'urgence mis en place par les autorités européennes, ndlr) prend de plus en plus de force", a estimé Derek Halpenny, analyste chez Bank of Tokyo-Mitsubishi. Et "l'Espagne est un plus gros morceau que la Grèce ou le Portugal".

Quant à l’État, la prime de risque de sa dette à 10 ans (par rapport à celle de l’Allemagne) culmine à un record de 2,2 %. Sachant que l’État doit rembourser près de 546 milliards d’euros d’ici 2013 (dont 24 milliards d’euros en juillet) et les banques 64 milliards d’ici la fin de l’année, l’Espagne risque fort de devoir suivre l’exemple de la Grèce et faire appel à l’aide européenne. On le sait désormais, l’absence de liquidités peut tuer… même des États.

 

 

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