L'ETA livre 3,5 tonnes d'armes et d'explosifs aux autorités françaises

Un conférence de presse menée par une organisation civile (CIV) a été tenue pour annoncer la remise des armes aux autorités françaises. ©REUTERS

L'ETA, organisation séparatiste basque espagnole a remis une liste de 8 caches d'armes situées dans le sud-ouest de la France, aux autorités françaises. Des armes et des explosifs découverts dans des caches. Le parquet de Paris annonce une enquête préliminaire. Le gouvernement espagnol ne veut rien négocier avec l'ETA.

La liste fournie par l'ETA a permis de retrouver samedi "près de 3,5 tonnes d'armes et d'explosifs", un geste dans le cadre du "désarmement" annoncé par l'organisation séparatiste basque et salué comme un "grand pas" par la France, mais jugé insuffisant par l'Espagne.

L'organisation clandestine, qui a renoncé en 2011 à la lutte armée, avait fourni samedi cette liste de huit caches d'armes et d'explosifs, situées dans le département français des Pyrénées-Atlantiques, frontalier de l'Espagne, selon des sources proches du dossier.

La France et plus particulièrement le Sud-Ouest ont historiquement servi de "base arrière" à l'ETA.

Après s'être rendues sur place, les autorités ont retrouvé "près de 3,5 tonnes d'armes, explosifs et matériels nécessaires à la fabrication d'engins explosifs", a annoncé le Premier ministre français Bernard Cazeneuve qui s'est "félicité de cette opération, menée dans le calme et sans violence".

En revanche, à Madrid, la tonalité est toute autre et c'est la première fois que l'Espagne et la France ne sont pas sur la même longueur d'ondes sur ce dossier: l'ETA doit "annoncer sa dissolution définitive, demander pardon à ses victimes et disparaître, au lieu de monter des opérations médiatiques pour dissimuler sa défaite", a sèchement commenté le gouvernement espagnol dans un communiqué.

Dès vendredi, Madrid avait adressé une fin de non-recevoir à l'ETA: "Elle ne tirera aucun avantage, aucun bénéfice politique" de son désarmement unilatéral.

823 morts
L'ETA a fait 823 morts en 43 ans.


En 43 ans, les attentats de l'ETA perpétrés au nom de la lutte pour l'indépendance du Pays Basque et de la Navarre ont fait 829 morts, selon les autorités.

La police y a découvert "des dizaines d'armes de poing et d'épaule, des milliers de munitions, plusieurs centaines de kilogrammes d'explosifs et produits entrant dans la composition d'explosifs, plusieurs centaines de détonateurs et retardateurs", ont indiqué les services du procureur de Paris.
"L'inventaire précis des armes, munitions, produits et objets saisis est en cours. Tous feront l'objet d'expertises de police technique et scientifique", ont-ils  ajouté. 

Enquête préliminaire

A Paris, le ministre de l'Intérieur, Matthias Fekl, a estimé qu'il s'agissait d'un "jour incontestablement important".

"J'ai bien sûr une pensée particulière pour toutes les victimes, pour leurs familles, pour leurs proches et notamment pour les policiers et les membres de la garde civile" espagnole, a-t-il déclaré lors d'un point de presse.

Fin mars, le Premier ministre Bernard Cazeneuve avait indiqué que le gouvernement français ne pouvait s'opposer à la restitution d'armes à l'origine d'actes de violences.

Mais il avait ajouté que l'opération annoncée à l'avance par l'ETA devait se faire "dans le cadre du respect des procédures judiciaires qui ont été engagées après que les crimes ont été commis".

Pour cela, le procureur de Paris a précisé qu'il avait ouvert dès mardi une enquête préliminaire "des chefs d'infractions à la législation sur les armes en bande organisée et en lien avec une entreprise terroriste, infractions à la législation sur les explosifs en bande organisée et en lien avec une entreprise terroriste et association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste".

"Les éléments recueillis au cours de cette enquête, notamment les résultats des expertises de police technique et scientifique, ont également vocation à être communiqués, pour y être exploités, aux autorités judiciaires espagnoles, dans le cadre des dispositifs d'entraide pénale existant entre les deux pays", a-t-il poursuivi.



En Espagne, le président du gouvernement, Mariano Rajoy, a déclaré que "l'ETA a fait une énième annonce de désarmement (...) cela se fera en échange de rien".

Éradiquer la haine

"Les actions entreprises aujourd'hui par le groupe terroriste ne sont rien de plus que le résultat de sa défaite définitive", a estimé de son côté le ministre de l'Intérieur, Juan Ignacio Zoido, devant des journalistes à Madrid.

Le porte-parole au Parlement basque des élus du Parti populaire au pouvoir à Madrid a indiqué pour sa part voir dans l'opération de samedi une reddition finale après six années de promesses non tenues.

"L'ETA que nous avons connue disparaît pour toujours. Il reste à éradiquer la haine que l'ETA a instillée dans une grande part de la société basque".
Borja Semper

Le dirigeant du parti indépendantiste basque espagnol EH Bildu, Arnaldo Otegi,  a assuré vendredi que "nous entrons dans une situation irréversible. La violence ne sera plus utilisée pour obtenir l'autodétermination et l'indépendance"."A partir d'aujourd'hui, nous mettrons sur la table tous les problèmes que nous avons encore en tant que société et en tant que nation", a-t-il ajouté.

Les plus grandes questions en suspens, a-t-il dit, sont le sort des quelque 300 militants de l'ETA toujours emprisonnés en France et en Espagne, et celui des victimes du groupe armé.

©Reuters

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