analyse

L'Europe cherche l'apaisement à Salzbourg

©AFP

Le président du Conseil européen Donald Tusk a invité les États de l’UE à cesser de se faire des reproches sur les questions migratoires, alors que s’ouvre à Salzbourg un sommet informel. Tusk devrait convoquer un sommet européen mi-novembre pour tenter de boucler les négociations du Brexit.

La migration et le Brexit ont fini par s’imposer comme principaux sujets de discussion au Conseil européen informel mercredi et jeudi à Salzbourg. Aucune décision n’est prise lors de ces rencontres et c’est ce qui en fait le sel. Les chefs d’État ou de gouvernement peuvent y échanger librement et parfois avancer, dégagés du carcan décisionnel. Un avantage, à l’heure où l’Europe se déchire entre deux blocs, l’un proeuropéen et l’autre nationaliste, et que les démons du passé ont ressurgi en Italie et en Autriche, où l’extrême droite est au pouvoir.

Deux blocs se dessinent: l'un pro-européen, l'autre nationaliste, à l'image de l'autriche de Sebastian Kurz. ©EPA

Les tensions autour de la question migratoire sont revenues au premier plan en juin dernier, alors que les arrivées de migrants sont en baisse depuis trois ans. Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a appelé les dirigeants à ne pas tirer un "avantage politique" de la situation actuelle et à "se concentrer sur ce qui fonctionne". Il a exhorté les États à cesser le "jeu de reproches" et à ne plus se renvoyer la responsabilité. Un jeu dans lequel le ministre italien des Affaires étrangères Matteo Salvini (La Ligue, extrême droite) excelle. Donald Tusk a enfin appelé à renforcer la coopération avec les pays d’Afrique du Nord.

Mais les bonnes intentions sont un cache-misère. Les décisions prises lors du sommet de Bruxelles en juin dernier, créer des "centres contrôlés" dans l’UE et "des plateformes de débarquement" dans les pays tiers, n’ont guère trouvé de soutien à ce jour au sein de l’UE et auprès des États voisins. Ces centres, visant à "trier" les migrants économiques des candidats réfugiés, avaient été imaginés pour calmer l’Italie.

Les 28 ont abordé également mercredi soir le projet de permettre à Frontex, l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes, de se déployer au-delà des frontières de l’Union européenne. Mais sur cette question aussi, c’est le désaccord, l’Italie, l’Espagne et la Grèce étant opposées à cette idée.

"Signes de progrès" sur le Brexit

L’absence de progrès à Salzbourg sur le Brexit pourrait être interprétée comme la porte ouverte à un Brexit sans accord.

Alors que les négociations sont bloquées sur la question de la frontière irlandaise, le négociateur en chef de l’UE, Michel Barnier, s’est dit prêt mardi soir à "améliorer" la position européenne.

Le Brexit est au centre du sommet de Salzbourg. ©AFP

Le Royaume-Uni et l’Union convergent sur environ 80% d’un accord futur sur le Brexit. Par contre, le sort de la frontière irlandaise reste pendant. Londres et Bruxelles sont d’accord pour ne pas rétablir de frontière physique entre la République d’Irlande et la province d’Irlande du Nord, ce qui mettrait en danger l’accord de paix du Vendredi saint. Par contre, la Première ministre britannique Theresa May ne veut pas entendre parler du "filet de sécurité", une clause de sauvegarde, exigée par l’Union européenne.

Pour faciliter les choses, l’UE pourrait, selon Michel Barnier, accepter l’idée d’un contrôle éloigné de la frontière (dans les usines, sur les marchés, dans les ports, etc.). Mais la presse britannique indiquait mercredi que Theresa May pourrait rejeter cette nouvelle offre. La Première ministre a besoin des voix des unionistes du parti nord-irlandais DPU pour s’assurer une majorité absolue au Parlement. Or ceux-ci sont opposés au rétablissement de contrôles douaniers.

"Les négociations du Brexit entrent dans une phase décisive."
Donald Tusk
Président du conseil de l’UE

À l’entame du Conseil informel, Donald Tusk a invité le Royaume-Uni à "retravailler" sa position. "Les négociations du Brexit entrent dans une phase décisive, a-t-il dit. Plusieurs scénarios sont toujours possibles aujourd’hui." Le président du Conseil a réitéré son intention de boucler les négociations pour "cet automne". En principe, ces négociations sont censées aboutir lors d’un sommet prévu le 18 octobre afin de permettre un Brexit ordonné pour la fin mars 2019. Face au blocage, Donald Tusk envisage de convoquer un sommet extraordinaire à la mi-novembre.

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