L'Europe cherche "un nouveau départ" pour sa politique migratoire

L'incendie de la Moria a jeté sur les routes des milliers de réfugiés. ©AFP

Les ministres européens de l'Intérieur ont discuté jeudi de la réforme de la politique migratoire proposée par la Commission européenne. L'accueil était positif, mais de nombreux points restent à régler avant d'aboutir à un accord.

Depuis l'incendie du camp de migrants de la Moria (Grèce), qui a jeté sur les routes plus de 12.000 personnes, l'Union européenne a accéléré la réforme de sa politique migratoire, tenue en échec depuis des années par un manque de solidarité entre États. Les ministres européens des Affaires intérieures ont discuté jeudi du Pacte migratoire proposé le 23 septembre par la Commission. Un compromis entre les visions très opposées des États européens, entre solidarité et contrôle accru.

"Cet échange a été long et intense. Je suis impressionné et également optimiste. Tous les États membres pensent qu'un nouveau départ est indispensable dans ce domaine. Mais aucun n'était totalement satisfait", a dit le ministre allemand de l'Intérieur, Horst Seehofer (CSU, centre droit), après la rencontre.

"Cet échange a été long et intense. Je suis impressionné et également optimiste. Les États membres pensent qu'un nouveau départ est indispensable dans ce domaine."
Horst Seehofer
Ministre allemand de l'Intérieur

Le ministre allemand de l'Intérieur, Horst Seehofer (CSU). ©REUTERS

La présidence allemande de l'UE espère conclure "un accord politique en décembre". Le défi le plus important sera de rallier le Parlement européen, qui juge cette réforme insuffisante. Certains députés la trouvent trop dure et doutent de sa capacité à prévenir les catastrophes humanitaires. D'autres souhaitent une position plus ferme contre les entrées illégales.

"Des positions fort divergentes"

Le Pacte migratoire propose de réformer le règlement de Dublin en accroissant la solidarité entre États, afin que les pays de la périphérie de l'UE, l'Espagne, la Grèce, Malte et l'Italie, ne portent plus tout le poids de la migration. Les pays de Visegrad (Hongrie, Pologne, République tchèque, Slovaquie), réticents à accueillir des réfugiés, auront le choix entre réinstaller sur leur territoire des réfugiés provenant des pays d'arrivée ou participer au retour des illégaux.

Les contrôles aux frontières seront durcis. Il n'y aura plus d'obligation de réinstaller les réfugiés, une règle peu appliquée. Le principe de Dublin, selon lequel la demande d'asile doit être introduite dans le pays d'arrivée, sera allégé. Le candidat réfugié pourra, par exemple, effectuer sa demande là où se trouve un membre de sa famille.

"La Commission a effectué une belle synthèse des différentes options autour de la table, mais, en même temps, elle met dans un seul papier des positions fort divergentes."
Benjamin Bodson
Chercheur en droit européen à l'UCLouvain et à l'Institut Egmont

L'approche semble apaiser les pays de Visegrad, mais des aménagements sont nécessaires. La discussion s'est focalisée jeudi sur trois volets. La définition du principe de solidarité, la procédure à l'entrée du territoire et la prévention des abus au droit d'asile.

"La Commission a effectué une belle synthèse des différentes options autour de la table, mais, en même temps, elle met dans un seul papier des positions fort divergentes", dit Benjamin Bodson, chercheur en droit européen à l'UCLouvain et à l'Institut Egmont, "est-on en face du compromis tant attendu? Pas à ce stade".

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