La Grèce repousse en bloc les migrants. La thèse du "push-back" a-t-elle gagné contre la convention de Genève?

En Grèce, les migrants ne sont plus traités comme des individus, mais comme une masse. Une masse que les forces de l’ordre tiennent à distance à coup de gaz lacrymogènes quand elle tente de franchir la frontière terrestre pour demander asile. Une masse qu’elles repoussent brutalement en mer – en attestent ces images de garde-côtes grecs malmenant un de ces canots gonflables surchargés de civils pour lui faire rebrousser chemin.

Ces refoulements, ou "push-back", pourraient être de tristes anecdotes de l’histoire si l’Europe ne les validait pas par son silence. Mais jusqu’à présent, les dirigeants de cette Europe se taisent. Quand la Commission, gardienne des traités, se montre incapable de dire le droit, c’est une entité des Nations unies qui le dit pour elle: ni la convention de Genève sur le statut des réfugiés ni le droit européen ne fournissent de base légale permettant de suspendre la réception de demandes d'asile comme le fait la Grèce.

Quand quatre ans plus tard, Erdogan se détourne de son engagement, il révèle une Europe transfigurée par les thèses de son extrême-droite.

Les dirigeants européens ont-ils déserté le combat des valeurs? Ils se concentrent pour l’heure sur un autre combat: celui de la "protection" des frontières. Protection contre la misère du monde, à commencer par celle qui fuit la guerre de Syrie?

Protéger les frontières est une mission régalienne, essentielle. Mais si elle n’est pas conjuguée avec le respect des droits humains les plus fondamentaux, elle est une faillite morale. Et pour l'Union européenne, bâtie sur la cendre des guerres mondiales, cette faillite est une menace existentielle.

En 2016, la Turquie a accepté de jouer les gardiens de la frontière européenne. L’Europe aurait pu utiliser ce répit pour se doter d’une politique migratoire cohérente, solidaire et humaine. Au lieu de cela, quand quatre ans plus tard, Erdogan se détourne de son engagement, il révèle une Europe qui semble transfigurée par les thèses de son extrême droite. Est-ce déjà l'Europe d'Orban?

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