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L'Europe de plus en plus à la traîne dans la course à la 5G

Au niveau mondial, le déploiement de la 5G se fait aujourd'hui essentiellement en Asie. ©Bloomberg

L'Europe est aujourd'hui en retard dans le déploiement de la 5G. Un retard qui pourrait avoir des conséquences sur l'émergence de leaders de la tech. Le retard (même belge) est toutefois encore rattrapable.

La nouvelle échéance est désormais repoussée au début de l'année prochaine. Si tout se passe comme prévu, ce qui est visiblement rarement le cas, la Belgique devrait avoir enfin clôturé la vente aux enchères de ses fréquences pour le déploiement de la 5G. Le lancement du nouveau réseau pourrait donc se faire dans le courant de 2022.

Mais, alors que la Belgique est aujourd'hui l'un des moins bons élèves du continent, la comparaison de la situation européenne avec d'autres régions du monde est encore plus grinçante. Dans une interview accordée au journal Le Monde en avril dernier, Börje Ekholm, le CEO d'Ericsson, évoquait le retard européen. "Parmi les 220 millions d’abonnés à l’échelle mondiale, 80% sont chinois. La Chine a transféré 11% de ses abonnés vers la 5G, l’Amérique du Nord, 4%. En Europe, c’est 1%", indiquait le patron. L'entreprise sait assez bien de quoi elle parle. Les derniers chiffres de l'entreprise indiquent la signature de près de 250 contrats et déjà le déploiement de 94 réseaux. "Nous avons des contrats dans tous les pays ce qui nous permet d'avoir une vision globale assez bonne" sourit Christian Leon, responsable réseau pour l'Europe et l'Amérique du Sud chez Ericsson.

Problèmes de fréquences

Le retard est clair. Et à y regarder de plus près, la différence risque bien de se faire ressentir concrètement.

"Au moment de se lancer, les fondateurs d'Uber ne se sont jamais posé la question de savoir si leur service serait accessible à tous les Américains."
Christian Leon
Responsable réseau pour l'Europe chez Ericsson

Le déploiement de la 5G se fera sur un mixte de fréquences dites basses (low-band, autour des 700MHz) et moyennes (mid-band, autour des 3,5GHz). Les fréquences basses permettent un déploiement rapide avec une capacité d'émissions importante par antenne. Ces fréquences sont donc idéales pour toucher rapidement beaucoup de monde. L'inconvénient est qu'elles ne permettent pas d'exploiter pleinement la 5G. En Europe, c'est pourtant actuellement majoritairement sur les basses fréquences que le déploiement se fait. "Cela a ses avantages, mais lorsqu'il s'agira d'exploiter la 5G avec son réel potentiel, notamment pour la diminution de la latence, le déploiement sur la mid-band est indispensable", confirme Christian Leon. "Quand on regarde les chiffres, en Corée du Sud, les trois quarts de la population sont couverts par ces fréquences. Environ la moitié en Chine, 38% aux États-Unis. En Europe, on est à moins de 10%."

Les conséquences sont évidentes avec un retard européen estimé à deux ans environ. Problématique? Les spécialistes font en tout cas régulièrement le parallèle avec le retard pris par l'Europe à l'époque du déploiement de la 4G et l'émergence des géants de la tech aux États-Unis et en Asie, mais pas sur le vieux Continent. "Il est certain que cela joue. Au moment de se lancer, les fondateurs d'Uber ne se sont jamais posé la question de savoir, si leur service serait accessible à tous les Américains. Il y a dix ans en Europe, la question se serait posée, la couverture étant très loin d'être optimale", explique le responsable d'Ericsson. Par défaut, les innovations se font plus facilement dans un environnement propice. "La bonne nouvelle, c'est que le retard est encore rattrapable assez rapidement."

Aux États-Unis, la 5G était un sujet de discussion, pas de polémique."
Christian Leon

Pour cela il faudra sans doute s'attaquer au point faible du déploiement. "La coordination a de l'importance. En Europe, il y a un morcèlement, car les caractéristiques du réseau ne sont pas partout les mêmes, ce qui ralentit la mise en place", assure le responsable. D'autres explications peuvent sans doute justifier les retards, comme la relative méfiance de la population envers le déploiement de la 5G. "Pourtant, les lois fondamentales de la physique n'ont pas évolué depuis la 2G", sourit le patron qui a pu observer les différences d'appréhension du nouveau réseau. "J'ai vécu aux États-Unis. En 2018 déjà, la question du déploiement de la 5G sur les ondes millimétriques était déjà abordée. Mais c'était un sujet de discussion pas de polémique.  (Les ondes millimétriques sont situées autour des 25GHz. Jusqu'ici, elles n'ont pas encore été utilisées pour le déploiement du réseau télécom. Certains pays, dont les USA y ont recours pour déployer la 5G. Elles ne le seront pas en Belgique dans un premier temps, NDLR)".

La Belgique pas encore larguée

Retardataire sur un continent lui-même en retard sur certaines parties du monde, la Belgique ne semble pas vraiment dans la meilleure des positions. Mais pour Christian Leon, il semble possible de rectifier le tir. "La Belgique a effectivement un retard, mais il est aussi à comparer avec d'autres situations. D'autres pays n'ont toujours pas fait la vente de fréquences. Et certains qui l'ont fait ne sont parfois pas beaucoup plus avancés. C'est notamment le cas en Grande-Bretagne où le déploiement est ralenti par le morcèlement de la répartition des fréquences. Il y a donc d'autres situations sous-optimales", relativise le spécialiste de chez Ericsson. "La Belgique a également l'avantage que le déploiement pourra se faire assez rapidement. Il n'y a pas de difficultés avec des villes pleines de gratte-ciels qui complexifient la tâche. La densité de la population importante est aussi un atout. Plus qu'en Allemagne, par exemple, où la population est beaucoup plus répartie."

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