L'Europe décide de sauver plus de vies

©EPA

L’Union européenne va tripler sa présence en Méditerranée pour sauver plus de vies. Elle souhaite aussi intervenir militairement pour neutraliser les bateaux des "passeurs".

Il fallait une image forte, la voici: les leaders européens ont fait silence en mémoire des migrants noyés. Il fallait une décision forte, la voici: l’Union européenne va tripler sa présence en Méditerranée pour sauver plus de vies. Après la disparition tragique d’un chalutier et ses 800 passagers, le week-end dernier, l’Europe n’apporte que des bribes de réponse au phénomène migratoire qui a fait quelque 3.000 morts l’an dernier et plus d’un millier d’autres depuis janvier.

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©Reuters

C’est qu’il ne s’agissait pas de se lancer dans de grands débats -  l’hôte de la soirée, Donald Tusk, n’avait pas prévu de dîner -  mais d’aller droit au plus petit commun dénominateur prévu.  Les chefs d’État et de gouvernement lancent tout de même des pistes sur la manière de s’attaquer aux filières de la migration illégale,  une opération militaire contre les trafiquants d’êtres humains est notamment envisagée. Mais affichent leurs divisions sur la forme que devrait prendre la solidarité entre États-membres dans la gestion des migrants entrés dans l’Espace Schengen.

Une décision

 La décision concrète du jour est le triplement des moyens de l’opération "Triton", qui ne dispose pour 2015 que de 18,5 millions d’euros pour assurer la surveillance des côtes italiennes et répondre aux appels de détresse. La mission   coordonnée par l’agence européenne Frontex aura désormais autant de moyens que l’opération militaire italienne "Mare Nostrum", mise en place en 2013 au lendemain du drame de Lampedusa (soit environ 9 millions d’euros par mois). Formellement, la modification de la mission devra être négociée entre l’Italie et l’agence Frontex, mais plusieurs pays (dont la Belgique, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni), ont déjà annoncé être prêts à envoyer des navires pour renforcer la mission.

Ce qu'elle implique pour la Belgique

Dans l’optique du renforcement de la mission "Triton", la Belgique a offert de mettre à disposition le Godetia, un bâtiment de commandement et de soutien logistique spécialisé dans la protection des zones de pêche et la chasse aux mines. Un hélicoptère de surveillance des côtes est également proposé pour soutenir les pays qui sont en première ligne sur la Méditerranée, de même que des "boarding teams", équipes chargées de la protection de navires. Le montant de l’opération n’est pas encore connu, mais il serait en tout état de cause remboursé par l’agence Frontex, dont le budget est augmenté à cet effet.

Les intentions

L’Europe entend entreprendre des "efforts systématiques" pour "identifier, capturer et détruire des vaissaux avant qu’ils ne soient utilisés par les trafiquants". Le principe est acté, mais les contours d’une telle opération restent flous.Les membres du Conseil chargent la Haute Représentante de l’Union, Federica Mogherini, de se lancer dans l’étude des options en vue d’une action militaire dans le cadre de la Politique de sécurité et de défense commune de l’Union. Mais envoyer par le fond des navires de trafiquants ne se fait comme ça. À défaut d’une demande de soutien de l'État libyen (qui n’a pas de leadership légitime), il faut un mandat du Conseil de sécurité des Nations unies - où la Russie dispose d’un droit de veto.

©AFP

Le point le plus épineux de la soirée concernait la solidarité entre les États membres. La Commission européenne a proposé un projet pilote de réinstallation de demandeurs d’asile à travers l’Union. L’idée est conservée mais la décision n’est pas prise. "Il y a des pays qui ne sont pas 100% convaincus que c’est nécessaire d’être solidaire envers les pays qui sont confrontés à cette situation humanitaire", a constaté Charles Michel, qui est prêt à soutenir la réinstallation d’au moins 10.000 personnes. Le Conseil européen devrait reprendre la discussion en juin.

Ce qui a été écarté

Si l’on compare les dix points du plan d’action proposé par la Commission européenne aux conclusions du sommet, on note que les États-membres freinent les ardeurs du Berlaymont au sujet de l’élaboration d’un mécanisme de relocalisation d’urgence des migrants échoués. Le sujet est à peine évoqué.

L’idée de mettre en place des centres d’asile dans les pays de transit pour prévenir est dans les cartons depuis longtemps et défendue par l’Italie, mais elle a elle aussi été écartée. "Pour le Royaume-Uni, c’est hors de question d’aller dans cette direction", indique un diplomate.

Revoir le mandat de l’agence Frontex aurait paru logique, dans la mesure où l’agence n’est pas mandatée pour faire du sauvetage en haute mer, mais la discussion sur le mandat n’a pas eu lieu. "Nous pensons qu’il y a moyen, en maintenant le mandat actuel de Frontex, d’étendre la zone géographique", indique un autre diplomate. Entrer dans le débat du mandat de Frontex aurait conduit à une procédure trop longue.

La suite

Les débats vont se poursuivre, avec notamment un sommet Union Africaine-Union européenne qui devrait se tenir à Malte "dans les prochains mois". La Haute représentante, Federica Mogherini, pourrait aller défendre la mise en place d’une "possible" opération militaire à New York la semaine prochaine dans l’espoir d’obtenir l’autorisation du Conseil de sécurité de l’ONU exactement comme l’opération Atalante, autorisée à couler des bateaux. En tout état de cause, il faudrait plusieurs semaines ou mois avant la mise en place d’une telle opération. Avant cela, La Commission européenne présentera le mois prochaini un Agenda européen pour la Migration, qui doit développer une approche globale et complète en la matière. Tout un programme.

Le Conseil a observé une minute de silence, jeudi. ©REUTERS

 

 

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