L'Europe dépense 200 milliards d'euros par an pour sa défense

Les Etats membres de l’Union européenne ont consacré 200 milliards d’euros pour leurs dépenses de défense en 2008, contre 466 milliards pour les USA, selon un rapport de l’Agence européenne de défense. Créée en 2004, cette agence doit améliorer les capacités de défense de l’UE et favoriser la coopération européenne dans le domaine de l’armement. Mais elle manque cruellement de moyens. 

Les Etats membres de l’Union européenne ont consacré quelque 200 milliards d’euros pour leurs dépenses de défense en 2008, un chiffre en recul constant depuis plusieurs années et qui devrait continuer à s’amenuiser, selon l’Agence européenne de défense (AED), qui vient de publier son premier rapport annuel. Ce chiffre représente 1,6% du Produit intérieur brut (PIB) de l’UE (moins le Danemark, qui n’est pas membre de l’Agence) et un montant de 406 euros par an pour chaque citoyen européen. De leur côté, les Etats-Unis ont dépensé la même année quelque 466 milliards d’euros pour leur budget militaire, soit 4,7% de leur PIB et 1532 euros par habitant. Cet écart devrait encore s’accroître puisque, à l’inverse de la tendance en Europe, le budget du Pentagone reste dans une phase ascendante. 

Renforcer la base industrielle

Créée en 2004, l’Agence européenne de défense est l’une des plus jeunes agences européennes. Elle a été mise sur pied pour améliorer les capacités de défense de l’UE, notamment dans le domaine de la gestion des crises. Elle s’attache aussi à promouvoir la coopération européenne dans le domaine de l'armement et à renforcer la base industrielle et technologique de défense de l'UE. 

L’AED a été chargée par ses États membres de lancer des projets importants concernant la disponibilité des hélicoptères, la flotte européenne de transport aérien, la protection chimique, biologique, radiologique et nucléaire (NRBC) ou encore l’insertion des drones (avions sans pilotes) dans l’espace aérien. Elle travaille également sur l’amélioration de la surveillance maritime et a lancé des programmes de lutte contre les engins explosifs improvisés (IED) Dans ce domaine, les ministres européens de la Défense, qui sont membres du comité directeur de l’Agence, ont décidé de coopérer autour d’un projet français de "laboratoire de terrain" contre les IED, qui devrait être déployé en Afghanistan d’ici juin 2011.

Les programmes concrets de ce type sont toutefois plutôt rares. Car l’AED ne dispose que de moyens extrêmement limités par rapport à ses objectifs, qui sont sur le papier, fort ambitieux. Son budget annuel plafonne aux environs de 30 millions d’euros, tandis que son personnel est limité à moins de 120 employés. Le montant des projets qu’elle gère ne représentait en 2009 que 160 millions d’euros. Une paille quand on connaît les coûts astronomiques de recherche et de développement dans le secteur militaire, qui se chiffrent souvent en milliards...

Un outil théoriquement important

Pour le directeur exécutif de l’AED, Alexander Weis, ce manque de moyens n’est toutefois qu’un handicap relatif vu la nature de son institution. "La nouveauté de l’agence réside dans sa manière intégrée de travailler, pas seulement au sein de l’AED, mais aussi dans les États membres participants" fait-il valoir. "Ce changement de paradigme dans la façon de travailler modifie en profondeur le développement des capacités en Europe, en réunissant tous les acteurs importants dès le début du processus".

Professeur de relations internationales au CNAM (Paris), Nicole Gnesotto, se montre plus réaliste. Car la tâche est immense. Les marchés de la défense européens restent en effet toujours fragmentés."A part dans l’aéronautique, il n’y a absolument pas eu de création d’un champion européen susceptible de consolider la place de l’Europe, notamment sur les marchés à l’exportation", juge-t-elle. Certes, "l’AED fait sortir l’UE de la gestion des crises dans l’urgence. Mais elle est toutefois victime, comme la défense européenne, de ce moment que l’on vit, et qui n’est pas un moment porteur. Il n’y a pas de nouveau projet technologique ou industriel, il n’y a pas de relance capacitaire digne de ce nom, pas de volonté de donner à l’Agence un budget qui lui permettrait de lancer un grand programme de R&D. C’est un outil qui pourrait être théoriquement important pour la défense européenne, mais qui pour l’instant doit se contenter pour l'instant de faire le gros dos". 

Olivier Gosset

 

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés