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L'Europe désunie face à la crise énergétique

Kadri Simson, la commissaire européenne chargée de l'Énergie, estime que le renouvelable va accroître l'indépendance énergétique de l'Europe. ©EPA

Les ministres européens de l'Énergie, réunis à Luxembourg, n'ont pu s'entendre sur la réponse à la hausse des prix du gaz et de l'électricité. Les capitales restent divisées sur une reforme, ou non, du marché de l'énergie.

Les ministres de l'Énergie de l'Union européenne (UE) n'ont pas réussi à s'entendre pour trouver une parade à la hausse des prix du gaz, lors d'une réunion exceptionnelle mardi à Luxembourg. Certains pays, comme la France, l'Espagne et la Tchéquie appellent à une réforme du marché de l'énergie, et, en particulier, à une séparation des prix du gaz et de l'électricité sur le marché de gros. Mais ils se heurtent à un groupe de neuf pays du nord de l'Europe qui refusent de réformer le marché.

Ces pays (Allemagne, Pays-Bas, Luxembourg, Irlande, Autriche, Danemark, Finlande, Estonie et Lettonie) ont affirmé, dans une position commune, que la hausse des prix du gaz provient avant tout de la reprise économique et d'une forte hausse de la demande. Ils ont encouragé au développement des énergies renouvelables, estimant que ces énergies vont accroître l'indépendance énergétique de l'Europe.

Achats groupés

L'Espagne a exhorté l'UE à mettre en place un mécanisme d'achats groupés de gaz pour agir sur les prix. La Commission européenne a fait un premier tour de table auprès des ministres pour évaluer cette proposition, lors d'un déjeuner en marge de la réunion de mardi. Selon nos informations, une majorité d'États membres s'est montrée réticente aux achats groupés "en raison de difficultés techniques et de calcul des prix". Seuls quelques pays sont intéressés.

"Une telle approche permettrait une plus grande sécurité d'approvisionnement."
Kadri Simson
Commissaire européenne à l'Énergie

"L'idée serait que des opérateurs nationaux ou des États membres s'associent pour effectuer des achats groupés gaz. Une telle approche permettrait une plus grande sécurité d'approvisionnement", a expliqué mardi Kadri Simson, la Commissaire européenne à l'Énergie. "Mais cette approche a des avantages et des inconvénients que nous devons analyser. Elle comporte aussi des zones d'ombre. Personne ne sait qui va payer les coûts de stockage, ni comment le gaz pourrait être acheminé."

Le rôle du nucléaire incertain

À ce débat sur les prix du gaz se couple la question de la place du nucléaire dans le mix énergétique futur de l'UE.

La France, soutenue par les pays de l'Est, a lancé une croisade pour promouvoir l'énergie nucléaire. Selon Paris, l'atome pourrait accroître l'indépendance énergétique de l'UE et promouvoir, par sa neutralité carbone, la lutte contre les changements climatiques. L'option est exclue pour l'instant, tant au niveau européen qu'international.

"En 2020, la production des énergies renouvelables en Europe a, pour la première fois de l'histoire, dépassé celle des énergies fossiles."
Kadri Simson
Commissaire européenne à l'Énergie

Pour d'autres États, comme l'Allemagne, l'énergie nucléaire pose de sérieuses questions environnementales, comme la gestion des déchets. Elle suscite aussi des interrogations sur sa capacité de coexister avec des énergies aléatoires comme l'éolien.

"Les États membres ont des points de vue divergents sur le bouquet énergétique. Il n'existe pas de solution unique", a dit Kadri Simson.

Pour l'exécutif européen, les énergies renouvelables sont un vecteur majeur pour accroître l’indépendance énergétique de l'UE vis-à-vis des énergies fossiles. "En 2020, la production des énergies renouvelables en Europe a, pour la première fois de l'histoire, dépassé celle des énergies fossiles. C'était notre première source énergétique", a jouté la commissaire.

Boîte à outils

Malgré ces divisions, la Commission tente de coordonner la réplique de l'UE à la hausse des prix. L'exécutif européen a proposé le 13 octobre dernier une "boîte à outils" comportant plusieurs moyens de faire baisser les prix de l'énergie ou d'amortir le choc, comme des réductions fiscales, des chèques énergie et des aides ciblées aux plus pauvres. Sa mise en œuvre progresse bien, selon la commissaire estonienne. "19 gouvernements nous ont annoncé avoir mis en place des mesures", a-t-elle indiqué.

19
États européens
Selon la Commission, 19 États européens ont mis en œuvre des mesures préconisées dans sa "boîte à outils" face à la hausse des prix de l'énergie.

Le résumé

  • Les 27 ministres européens de l'Énergie n'ont pas réussi à s'entendre sur une réponse face à la hausse des prix de l'énergie. La France, l'Espagne et la Tchéquie proposent de réformer le marché de l'énergie. Un groupe de neuf États, Allemagne en tête, s'y oppose, considérant que la flambée des prix est liée à la reprise économique post-covid.
  • À ce jour, 19 États ont annoncé avoir pris des mesures dans le cadre d'une "boîte à outils" proposée par la Commission européenne pour faire face à cette crise.
  • La proposition espagnole d'achats groupés de gaz est toujours à l'étude.

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