L’Europe donne son feu vert au vaccin d’AstraZeneca

Le vaccin d'AstraZeneca-Oxford est le troisième à recevoir l'approbation de l'EMA ©REUTERS

L'Agence européenne des médicaments a donné son autorisation pour la mise sur le marché du vaccin développé par AstraZeneca avec l'Université d'Oxford, efficace à 70% contre le coronavirus, pour tous les individus âgés de 18 ans et plus.

Le comité de l’Agence européenne des médicaments (EMA) en charge des produits à usage humain s’est réuni virtuellement ce matin pour se pencher sur le produit d'AstraZeneca, qui devient donc le troisième vaccin contre le coronavirus à être autorisé dans l'UE.

Rappelons que l'EMA formule une recommandation, c'est la Commission européenne qui doit prendre formellement la décision d'autorisation. Pour les deux premiers vaccins, celui de BioNTech-Pfizer et celui de Moderna, l'exécutif européen avait donné son feu vert dans la même journée.

Retards sur les livraisons

La Belgique a déjà commandé quelque 7,74 millions de doses du vaccin AstraZeneca afin de vacciner 3,8 millions de personnes, dans le cadre de l'accord européen d'achat anticipé négocié par la Commission. Il s’agit de la plus grosse commande pour notre pays, devant le vaccin Johnson&Johnson (5,16 millions de doses) et Pfizer/BioNTech (5 millions). Mais les quantités devant être livrées ont été revues, la firme ayant annoncé la semaine dernière que ses premières livraisons à l'UE seraient bien plus limitées qu'attendu.

"On avait un contrat en vue avec AstraZeneca qui promettait 1,5 million de doses pour le premier trimestre. Et là, AstraZeneca dit on va diminuer de moitié."
Frank Vandenbroucke
Ministre fédéral de la Santé

"On avait un contrat en vue avec AstraZeneca qui promettait 1,5 million de doses pour le premier trimestre. Et là, AstraZeneca dit on va diminuer de moitié, au lieu de 1,5 million il y aurait 650.000 doses" jusqu'au 15 mars, a réagi le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke. "Ce sera rattrapé après mais c'est quand même extrêmement gênant pour le début de la campagne. C'est une très mauvaise nouvelle."

Publication du contrat d'achat

Cette nouvelle n'avait pas manqué de provoquer la fureur de la Commission européenne et de vives tensions entre les deux parties. Ce vendredi, la présidente de la Commission Ursula von der Leyen a d’ailleurs rappelé que le contrat de l'UE avec AstraZeneca contient des clauses contraignantes, demandant à ce que le laboratoire britannique donne une explication plausible pour les retards de livraisons. Elle a ajouté que le contrat contenait des montants de livraisons très précis pour décembre et les trois premiers trimestres de 2021, et a mentionné quatre sites de production, dont deux sont situés au Royaume-Uni.

Après de multiples demandes de l'exécutif européen pour publier le contrat de précommandes signé avec le laboratoire, la société a finalement donné son accord. Le contrat a été mis en ligne vers midi, sur le site de l'exécutif européen, mais des parties entières ont été noircies pour des raisons de confidentialité.

Le texte suggère notamment que les sites de fabrication britanniques peuvent être pris en compte dans l'accord de production, l'objet d'un désaccord entre les deux parties. La Commission insiste pour qu'AstraZeneca honore son contrat et compense les problèmes rencontrés sur certains sites - tels que Seneffe en Wallonie - sur d'autres sites - tels que le Royaume-Uni. Mais le contrat stipule seulement que l'entreprise doit faire "les meilleurs efforts raisonnables" pour résoudre les problèmes de capacité résultant d'accords d'approvisionnement concurrents. "Dans la mesure où les performances d'AstraZeneca dans le cadre de cet accord sont entravées par de tels accords concurrents, AstraZeneca ne sera pas considérée comme ayant violé cet accord en raison d'un tel retard dû au(x) accord(s) concurrent(s) susmentionné(s)", peut-on lire dans le contrat.

Moins efficace que ses concurrents

Le vaccin développé par le groupe suédo-britannique et l'Université d'Oxford fonctionne différemment de ceux de BioNTech-Pfizer et Moderna. Ces derniers utilisent tous deux la technique de l'ARN messager, tandis que celui d'AstraZeneca est un vaccin à adénovirus: le produit utilise un autre virus que le SARS-CoV-2, après l'avoir modifié pour qu'il comporte le gène responsable de la "couronne" du coronavirus. Il s'agit donc de ce qu'on appelle un vaccin à vecteur viral non répliquant.

"Le vaccin d’AstraZeneca est actuellement recommandé uniquement pour les personnes âgées de 18 à 64 ans."
La commission de vaccination allemande (STIKO)

Autre différence, le produit d'AstraZeneca-Oxford ne nécessite pas d'être conservé à très basses températures. Les températures d'un frigo normal suffisent pour le stocker. Mais comme les deux autres vaccins, il doit idéalement être administré en deux injections, espacées de quelques semaines.

Le bémol, c’est que ce vaccin s’avère a priori moins coriace contre le coronavirus que ses concurrents. AstraZeneca avance une efficacité à 70%, contre plus de 90% pour Pfizer/BioNTech et Moderna, un résultat validé par la revue scientifique The Lancet.

Autre ombre à l’horizon, son efficacité chez les personnes âgées. La commission de vaccination allemande a déconseillé jeudi le vaccin pour les plus de 65 ans, faute de preuve d’efficacité pour cette catégorie d’âge. "Le vaccin d’AstraZeneca est actuellement recommandé uniquement pour les personnes âgées de 18 à 64 ans", a ainsi écrit la STIKO. Le CEO de l’entreprise, Pascal Soriot, avait déjà reconnu qu’il existait "une quantité limitée de données pour la population âgée", jugeant donc "possible" que certains pays préfèrent ne pas l’administrer à cette catégorie pour l’instant.

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