L'Europe durcit moins que prévu les normes d'émissions de CO2

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Le Parlement européen a adopté ce mercredi un objectif de réduction des émissions de CO2 de 40% d'ici 2030, ce qui est inférieur à celui adopté par sa propre commission environnement (45%) il y a quelques semaines, mais supérieur à celui de la Commission européenne (30%).

Les députés européens ont adopté ce mercredi à une courte majorité un projet de législation visant à réduire les émissions de CO2 des voitures neuves de 40% d'ici 2030. Le vote a fait l'objet d'un intense bras de fer en coulisses, ce qui explique le résultat serré (389 voix pour, 239 contre et 41 abstentions). Il exprime un compromis entre les socialistes et le centre, sur fond de prévalence des intérêts industriels nationaux

"Nous sommes particulièrement inquiets par les objectifs de réduction de CO2 extrêmement agressifs."
Association des constructeurs automobiles européens

L'objectif retenu est plus élevé que celui proposé par la Commission européenne (30%), mais il est inférieur à celui de 45% voté par les députés de la commission environnement du Parlement en septembre dernier. Cette marche arrière des eurodéputés s'explique par la pression exercée jusqu'à la dernière minute par le PPE (démocratie chrétienne), le premier parti politique européen, partisan d'une réduction de 35%, et l'industrie automobile allemande dont la production repose sur les grosses cylindrées et le diesel.

Les libéraux et les socialistes ont voté en faveur d'une réduction de 40%. Les écologistes prônaient un objectif de 50%.

L'association des constructeurs automobiles européens (Acea) plaidait en faveur d'une réduction de 20%. "Nous sommes particulièrement inquiets par les objectifs  de réduction de CO2 extrêmement agressifs", réagit l'Acea, "le vote d'aujourd'hui risque d'avoir des effets négatifs sur les emplois dans le secteur automobile".

70%
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Pour les climatologues, les objectifs de réduction devraient atteindre 70% si l'on veut avoir une chance d'enrayer les changements climatiques.

Pour les climatologues, les objectifs de réduction devraient atteindre 70% si l'on veut avoir une chance d'enrayer les changements climatiques"Le transport est le seul grand secteur de l’UE où les émissions de gaz à effet de serre sont toujours en augmentation", rappellent les députés. "Afin de respecter les engagements pris lors de la COP21 en 2015, la décarbonisation de l’ensemble du secteur des transports doit s’accélérer, pour atteindre zéro émission d’ici 2050".

L'objectif est calculé par rapport à l'année 2021. Les constructeurs dont les émissions de CO2 excèdent ces objectifs paieront une amende au budget de l’UE, qui sera utilisée pour faire monter en compétence les travailleurs affectés par les évolutions du secteur automobile, précisent les eurodéputés.

Les voitures électriques favorisées

Le projet de législation vise aussi à soutenir la production de voitures électriques. Les fabricants devront garantir que les véhicules à émissions nulles ou faibles - les véhicules électriques ou les voitures qui émettent moins de 50 grammes de CO2 par kilomètre - représentent 35% de la part de marché des ventes de nouvelles voitures et camionnettes d’ici 2030, et 20% d’ici 2025.

Conséquence du Dieselgate, le Parlement appelle aussi la Commission à présenter, d’ici deux ans, des projets relatifs aux tests d’émissions de CO2 en conditions réelles. 

"Le transport est le seul grand secteur européen où les émissions de gaz à effet de serre sont toujours en augmentation. Il est grand temps que cela cesse".
Marc Tarabella
Eurodéputé (S&D, PS)

La transition de l'industrie automobile doit aussi pouvoir se faire de manière socialement acceptable. Les députés européens invitent l'UE à promouvoir l'acquisition de compétences et la réaffectation des travailleurs du secteur. Ils plaident aussi pour le soutien aux producteurs européens de batteries électriques, en retard sur la concurrence asiatique.

"La législation que j’ai proposée va plus loin que la simple réduction des émissions nuisibles et la protection de l’environnement", dit Miriam Dalli (S&D), auteure du rapport voté ce mercredi, "c'est un texte qui prend soin de mettre en place les incitations adéquates pour les constructeurs, qui encourage l’investissement dans les infrastructures et qui propose une transition équitable pour les travailleurs".

Les socialistes ont voté en faveur de l'objectif à 40%, même s'ils "auraient préféré un objectif à 45%", dit l'eurodéputé Marc Tarabella (S&D, PS) "le transport est le seul grand secteur européen où les émissions de gaz à effet de serre sont toujours en augmentation. Il est grand temps que cela cesse".

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