L'Europe espère envoyer un astronaute sur la Lune avec la Nasa

©EPA

L’agence spatiale européenne va dessiner une feuille de route décisive pour son avenir, dans un univers bousculé par l’intrusion de nouveaux acteurs. Elle veut notamment parti au projet américain visant à revenir sur la Lune.

Après une décennie plutôt faste – mission Rosetta, mise en route des systèmes Galileo et Copernicus –, l’Europe spatiale doit se réinventer pour rester dans la course aux étoiles: les 22 États membres de l’agence spatiale européenne (ESA) se réunissent mercredi et jeudi à Séville pour déterminer les programmes spatiaux des trois prochaines années.

L’enjeu? Il y en a en réalité plusieurs. Le premier est d’ordre industriel. L’Américain Space X a ravi à Arianespace sa position de leader mondial sur le marché des satellites, en nombre de lancements. La société d’Elon Musk a fortement baissé ses coûts en développant un lanceur réutilisable, mais surtout en bénéficiant de très nombreux lancements institutionnels, notamment militaires. Space X remplit en effet les trois quarts de son carnet de commandes avec l’État américain, à qui il vend deux fois plus cher qu’au reste du marché.

14,3 milliards €
Près de 14,3 milliards d’euros sont demandés aux 22 États membres de l’Agence spatiale européenne.

Les Européens vont répliquer avec Ariane 6, un lanceur dont le vol inaugural est prévu en 2020. Cette nouvelle fusée, élaborée selon un schéma industriel revu, doit permettre des coûts de lancement nettement moins élevés que l’actuelle Ariane 5, surdimensionnée pour une exploitation commerciale pertinente. Ariane 6 ne sera néanmoins compétitive qu’avec des cadences de lancement élevées, ce qui suppose des commandes institutionnelles nombreuses, prévient Stéphane Israël, le patron d’Arianespace, qui réclame l’adoption d’un principe de préférence européenne concernant les lanceurs. Autre élément qu’il faudrait trancher: la technologie du lanceur réutilisable, que SpaceX maîtrise de mieux en mieux. Les Européens, qui n’y ont pas cru au départ, n’ont à ce stade développé que des briques technologiques permettant d’y arriver.

À côté des lanceurs, l’Europe spatiale doit aussi tenir compte de l’explosion du nombre d’acteurs privés, qui remettent en cause les anciens modèles avec les satellites miniaturisés, utilisés au bénéfice de nouvelles applications: objets connectés, véhicules autonomes…

Programme Artemis

Dans le domaine des vols habités, l’ESA doit se prononcer sur la participation d’un astronaute européen au programme américain Artemis, qui vise à retourner sur la Lune à partir de 2024. La Nasa souhaite des partenaires étrangers à ce programme, qui pourrait préfigurer une mission vers Mars. L’ESA fournit déjà un élément indispensable à Artemis: le module de service, c’est-à-dire la partie qui fournira l’air, l’eau, l’électricité et la propulsion au vaisseau habité, baptisé Orion. Les Américains ont demandé des modules supplémentaires et une participation européenne à deux parties de la future mini-station qui sera assemblée en orbite lunaire, la Gateway.

Près de 14,3 milliards d’euros sont demandés aux ministres. Soit 4 milliards de plus que le budget alloué lors de la précédente réunion. Cette enveloppe s’ajoutera à la contribution de l’UE déjà votée (16 milliards sur sept ans). L’ESA doit aussi financer de multiples programmes scientifiques, d’observation de la Terre et de Mars, de nettoyage des débris spatiaux et de physique fondamentale.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés