L'Europe et l'Asie tournent le dos au protectionnisme américain

La chancelière allemande Angela Merkel et le Premier ministre chinois Li Keqiang ©EPA

Les 51 chefs d’État et de gouvernement d’Europe et d’Asie, réunis à Bruxelles, se sont engagés à lutter contre le protectionnisme du président Trump. Un accord de libre-échange entre l'UE et Singapour a été signé.

"Deux tiers du PIB et du commerce mondial réunis à Bruxelles, ce n’est pas rien", dit la chancelière allemande Angela Merkel, trop heureuse de trouver dans le sommet entre l’UE et l’Asie (ASEM) une issue positive à un marathon de trois jours dont les deux premiers furent consacrés à un Conseil européen atone sur le Brexit, la migration et la zone euro.

Les Vingt-Huit, rejoints par la Norvège et la Suisse, ont rencontré les dirigeants de 21 pays d’Asie jeudi soir et vendredi. Les leaders des deux continents se sont engagés à combattre le protectionnisme du président américain Donald Trump.

©EPA

Ils ont rappelé l’importante des règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) contestées par Donald Trump. "Nous ne voulons pas de tendances protectionnistes. Il faut que le commerce soit basé sur des règles claires et transparentes", a martelé le chancelier autrichien Sebastian Kurz dont le pays exerce la présidence de l’UE. La Chine, ciblée par des hausses tarifaires américaines, a apprécié.

Dans le communiqué final, l’Europe et l’Asie s’engagent à défendre "le libre-échange" et le "multilatéralisme". Toutefois, Pékin a bataillé pour que le texte ne mentionne pas "l’élimination les mesures de distorsion" prises par les gouvernements, l’expression ciblant un peu trop certaines pratiques lui étant reprochées.

L’Europe reproche à la Chine un manque de transparence dans certains contrats publics liés au développement de la nouvelle "route de la soie", ainsi que des aides importantes à des entreprises chinoises faussant le jeu de la concurrence.

Accord de libre-échange entre l'UE et Singapour

En marge du sommet, l’Union européenne et Singapour ont signé un accord de libre-échange. Le texte doit encore être adopté par le Parlement européen, tandis que le volet investissement devra être approuvé par les parlements nationaux et régionaux. 

C'est le quatrième accord de ce type avec un pays de l'ASEAN, après celui conclu avec l'Indonésie, les Philippines et le Viêt Nam. Au sein du bloc de l'ASEAN, Singapour est de loin le premier partenaire commercial de l'UE avec un volume total d'échanges bilatéraux de marchandises de 53,3 milliards d'euros (en 2017) et de 44,4 milliards d'euros pour les services (en 2016). Plus de 10 000 entreprises européennes sont établies à Singapour.

La Commission crosse le Cambodge

Le Premier ministre cambodgien Hun Sen ©REUTERS

Le sommet ne fut pas qu’une lune de miel. Le Premier ministre du Cambodge Hun Sen se souviendra de son passage à Bruxelles. Cet ancien khmer rouge, connu pour son caractère impitoyable, est accusé d’avoir mis en place dans son pays un régime corrompu. La Commission européenne, très critique à son encontre en matière de droits humains, a décidé de retirer les préférences commerciales accordées au Cambodge.

"Nous avons lancé la procédure de retrait", a confirmé la Haute représentante de l’UE Federica Mogherini, "nous en avons discuté avec le Premier ministre Cambodgien. Il faut que la situation politique s’améliore fortement". La mesure risque de coûter cher au Cambodge, qui écoule près de la moitié de sa production textile et de riz dans l’UE.

La Birmanie, qui exerce une répression sanglante contre les Rohingyas, a senti le vent du boulet. Mais l’UE, sur le point d’envoyer une mission dans ce pays, a eu la main plus légère, se bornant à se dire "extrêmement préoccupée" par le dernier rapport de l’ONU.

Le rapprochement entre les deux Corée a fait l’objet d’une réunion spécifique. "Nous avons renoué avec un dialogue qui nous met sur le chemin de la paix. Si nous poursuivons sur cette voie avec la Corée du Nord, nous arriverons à la dénucléarisation", dit Kang Kyung-wha la ministre des Affaires étrangères de Corée du Sud.

La Belgique se rapproche de la Chine

Le Premier ministre Charles Michel et son homologue chinois Li Keqiang ©AFP

Le Premier ministre Charles Michel a rencontré en marge du sommet le Premier ministre chinois Li Keqiag. Les deux hommes ont signé à cette occasion sept accords de coopération portant, entre autre, sur le nucléaire civil, le transport, les activités portuaires et l’imagerie médicale.

Vendredi, Charles Michel a rencontré vendredi le Premier ministre russe Dmitry Medvedev. Lors de sa prise de parole à l’ASEM, le dirigeant russe a regretté que les sanctions économiques décidées par l’UE contre son pays "empiètent sur la coopération économique".

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