L'Europe et l'Islande lancent les négociations d'adhésion

Pour Ossur Skarphedinsson, le ministre des Affaires étrangères islandais, la route de l'adhésion à l'UE est claire. Pour sa population un peu moins.

L'Islande et l'Union européenne ont ouvert ce mardi, sous la houlette de la présidence belge, les négociations d'adhésion de l'île nordique à l'UE. Si tout se déroule comme prévu et si sa population approuve l'adhésion, ce qui est loin d'être acquis, l'Islande devrait devenir d'ici 2012 ou 2013 le 29e Etat membre de l'Union. Elle devrait être précédée par la Croatie, qui doit en principe rejoindre le club des 27 d'ici 2011 ou 2012.

La présidence belge de l'UE, la Commission européenne et l'Islande ont formellement entamé mardi à Bruxelles les négociations en vue d'intégrer l'île atlantique au sein de l'Union européenne.

"C'est un moment de joie. Nous sommes très heureux d'accueillir notre collègue (islandais) pour l'ouverture de négociations d'adhésion", a commenté le ministre belge des Affaires étrangères, Steven Vanackere, qui dirigera les discussions jusque fin décembre.

Ces négociations d'adhésion devraient au total durer quelque dix-huit mois, selon les diplomates, ce qui devrait permettre à l'Islande de devenir d'ici 2012 ou 2013 le 29e Etat membre de l'Union européenne, après l'adhésion programmée de la Croatie d'ici 2011 ou 2012.

Néanmoins, cette perspective est aujourd'hui plombée par une aversion de plus en plus grande des Islandais envers leur entrée dans l'UE, qu'ils seront amenés à approuver par référendum à l'issue des négociations d'adhésion. Un sondage mené en juin plaçait en effet le non à l'adhésion à 60%, contre 54% en novembre, suscitant les craintes de la Commission européenne qui redoute un refus populaire islandais, à l'instar de ceux exprimés par les Norvégiens et les Suisses par le passé.

"Je suis préoccupé par le manque de soutien public à l'heure actuelle en Islande pour l'appartenance à l'UE", a commenté mardi le commissaire européen en charge de l'Elargissement, Stefan Füle, estimant que la population locale avait besoin de plus "d'informations objectives sur l'UE".

Techniquement, l'examen de la candidature islandaise ne devrait comporter que peu d'embûches. Membre de l'Espace économique européen (EEE) depuis 1994 ainsi que l'espace sans frontières de Schengen depuis 2001, l'Islande a en effet déjà intégré une grande partie de la législation européenne.

"Mais cela ne veut pas dire pour autant que ces négociations seront une promenade de santé", a ajouté M. Füle.

Quelques sujets s'annoncent d'emblée sensibles, comme la pêche, activité économique centrale pour l'Islande qui souhaite préserver ses eaux poissonneuses des bateaux européens.

"L'économie islandaise dépend réellement de la pêche", a d'ailleurs insisté mardi le chef de la diplomatie islandaise, Ossur Skarphedinsson. "Les eaux islandaises n'ont en outre aucune frontière commune avec les eaux européennes", a-t-il ajouté. Européens et Islandais devront également trouver un accord sur la pêche à la baleine, que l'Islande continue à chasser en dépit d'un moratoire européen.

"L'Europe doit prendre en compte le fait que (cette chasse à la baleine) fait partie de nos traditions et qu'elle ne menace nullement l'espèce", a plaidé M. Skarphedinsson.

Les dossiers financiers devraient représenter une autre difficulté, notamment les suites de la faillite de la banque islandaise Icesave qui a ruiné nombre de clients britanniques et néerlandais, forçant leur gouvernement respectif à intervenir financièrement. Des montants que Londres et La Haye souhaitent à présent récupérer auprès de Reykjavik.

Sérieusement secouée par la crise financière, l'IIslande a déposé en juillet 2009 sa candidature à l'UE, essentiellement dans l'espoir d'adhérer à l'euro et bénéficier d'un environnement économique plus stable. "Notre candidature (à l'entrée dans l'UE) a dix ans de retard. Si l'Islande avait adhéré il y a 5 ou 7 ans, l'économie islandaise n'aurait pas vécu les difficultés qu'elle a connues", a d'ailleurs commenté mardi Ossur Skarphedinsson.

Pour l'Europe, l'Islande, vaste pays qui ne compte que 320.000 habitants, représente surtout un intérêt géostratégique. En raison de la fonte de la calotte glacière sous l'effet du réchauffement climatique, la région arctique offre de nouvelles perspectives, tant en termes de transports (grâce à l'ouverture d'un passage maritime par le nord entre l'Atlantique et le Pacifique) que de matières premières, les fonds marins arctiques en étant riches.

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