L’Europe exporte plus de vaccins qu’elle n’en inocule

Le Conseil européen initialement prévu en présentiel s'est finalement tenu par visioconférence en raison de l'aggravation de la situation sanitaire. ©EPA

La Commission a dévoilé de nouveaux chiffres d'exportations de vaccins alors que les Vingt-Sept tentaient d'optimiser leur déploiement en Europe.

Certains diplomates parlent de «pistolet sous la table», d’autres «d’option nucléaire»: la nouvelle mouture du contrôle des exportations de vaccins présentée mercredi par la Commission européenne ouvre la porte à des blocages – ou menaces de blocages – qui inquiètent les géants de la pharma comme les pays qui les abritent. Alors que le sujet était au cœur du Conseil européen virtuel de ce jeudi, et face aux réticences exprimées en coulisses par plusieurs États membres, la Commission européenne a distillé des chiffres qui musclent son argumentaire: l’Union a exporté davantage de doses de vaccins qu’elle n’en a inoculé.

L'exécutif européen estime à 77 millions le nombre de doses de vaccin exportées depuis le 1er décembre. Et encore, le chiffre ne concerne que les pays visés par le mécanisme de contrôle des exportations mis en place à partir de février, dont les pays du voisinage européen sont exemptés. Il ne reprend pas non plus les doses exportées dans le cadre de la facilité Covax pour le tiers monde (31 millions de doses délivrées).

Les pays de l’Union européenne ont donc exporté davantage de doses qu’ils n’en ont inoculé à leur population, 59 millions selon le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC). Par contraste, le président des États-Unis Joe Biden, qui s’adressait aux Vingt-Sept jeudi soir, a confirmé son objectif d'inoculer 200 millions de doses aux Américains au cours des 100 premiers jours de sa présidence.

Made in EU

Selon une source européenne, les Vingt-Sept ont ainsi exporté 21 millions de doses vers le Royaume-Uni – les usines du continent sont donc les grandes ouvrières du succès de la vaccination britannique, alors que le gouvernement de Boris Johnson se félicite d’avoir inoculé quelque 31 millions de doses. Le Royaume-Uni n’a à ce jour livré aucun vaccin à l’UE.

"Les usines du continent sont donc les grandes ouvrières du succès de la vaccination britannique."
Une source européenne

Selon le mécanisme "amélioré" de contrôle des exportations présenté mercredi, l'Europe pourrait désormais bloquer des livraisons de lots vers des pays qui ne livrent aucun vaccin à l’Union, dont le taux de vaccination est plus élevé, ou dont la situation épidémiologique est moins grave que celle de l’Union. Jusqu'ici, le mécanisme de contrôle des exportations, limité aux entreprises qui n’honoreraient pas leurs contrats.

Plusieurs pays – Irlande, Belgique, Pays-Bas et Danemark notamment - avaient fait connaître leurs réticences à l’égard du nouvel arsenal. "Les chaînes de valeur mondiales doivent rester aussi dépourvues de frictions que possible", a souligné le Premier ministre belge Alexander De Croo lors d'une conférence de presse à l'issue du sommet. Pour lui, ces mécanismes doivent être "utilisés d'une manière ciblée et en dernier ressort vers des producteurs qui ne respectent pas ce qui a été convenu".

Tensions sur la répartition

L'Autriche et cinq autres pays d'Europe centrale réclamaient par ailleurs correction du système de répartition des vaccins disponibles entre pays européens. Les Vingt-Sept ont convenu que dix millions de doses BioNTech-Pfizer seront redistribuées pour combler les retards de livraisons dans certains États membres, mais les modalités doivent encore être définies par leurs ambassadeurs. Pour le Premier ministre Alexander De Croo, "clairement, la Belgique devrait y avoir droit".

Face aux lenteurs européennes, la tentation de sortir du cadre a caressé plusieurs pays. Outre la Hongrie, qui utilise les vaccins russe et chinois, le Danemark et l’Autriche n’ont pas trouvé de doses hors cadre malgré leurs tentatives. Et en Slovaquie, le gouvernement a implosé après que le Premier ministre ait commandé secrètement deux millions de doses du Spoutnik V. Alors que le vaccin russe fait l'objet d'une évaluation par l'Agence européenne du médicament, l'Allemagne a pressé la Commission européenne d'entamer des négociations en vue de l'achat de doses pour gonfler le portefeuille vaccinal de l’Union.

Après 100 millions de doses attendues au premier trimestre des laboratoires BioNTech/Pfizer, AstraZeneca et Moderna, l’Europe en attend 360 millions entre avril et fin juin, en comptant l’arrivée des livraisons Johnson&Johnson.

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