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L'Europe hausse le ton sur la crise migratoire sans précédent à Ceuta

Un soldat espagnol porte un migrant sur une plage de Ceuta, après que des milliers de migrants ont traversé la frontière hispano-américaine à la nage. ©REUTERS

L'Union européenne a durci le ton contre le Maroc en assurant qu'elle ne se laisserait pas "intimider" sur la question migratoire, après que des milliers de migrants ont franchi la frontière pour atteindre Ceuta.

Depuis lundi, autour de 8.000 personnes ont rejoint l'enclave espagnole de Ceuta, profitant d'un relâchement des contrôles frontaliers côté marocain. Un chiffre sans précédent, puisque supérieur aux moyennes annuelles enregistrées en 2017, en 2018 et en 2019 pour Ceuta et Melilla. Parmi eux, 5.600 ont déjà été expulsés vers le Maroc, selon un chiffre actualisé en début d'après-midi par la préfecture de Ceuta qui n'a comptabilisé mercredi aucune "nouvelle entrée", assurant que les personnes tentant d'accéder à la plage étaient immédiatement reconduites au Maroc.

Cette vague migratoire inédite a pour toile de fond la crise diplomatique majeure entre Madrid et Rabat, qui ne décolère pas depuis l'arrivée le mois dernier en Espagne, pour y être soigné, du chef des indépendantistes sahraouis du Front Polisario, ennemi juré du Maroc.

"Depuis l’arrivée au pouvoir de Pedro Sanchez en juin 2018, une année record en termes d’arrivées en Espagne, c’est la première fois qu’on assiste à une concentration si significative de personnes dans le nord du pays", indique au journal Le Monde Aldo Liga, spécialiste des migrations en Méditerranée et des dynamiques géopolitiques en Afrique du Nord.

"L'Espagne est actuellement défiée par un pays tiers, le Maroc. Il ne s'agit pas seulement d'un manque de respect envers l'Espagne, mais envers toute l'Union européenne."
Pedro Sanchez
Premier ministre espagnol

Se mettant à l'eau du côté marocain de la frontière, délimitée par une triple clôture d’une longueur d’environ douze kilomètres sur une digue, des migrants, essentiellement des Marocains, continuaient depuis l'aube au compte-gouttes à rejoindre Ceuta à la nage. Mais interceptés dès leur arrivée sur la rive par des soldats espagnols, dans une ambiance parfois tendue, ils étaient ramenés de force vers la frontière, a constaté une journaliste de l'AFP.

La plupart sont de jeunes hommes, entièrement habillés ou parfois en maillot de bain. "Il y a très peu de travail au Maroc", a expliqué à l'AFP Othman, un barbier de 24 ans venu de Tetouan (nord). Alors qu'"il y a du travail pour nous en Espagne", assure-t-il, en attendant son expulsion vers le Maroc.

Prêts à tout pour rejoindre l'Europe

Le long de la rive, des dizaines de soldats anti-émeutes espagnols étaient déployés et tiraient parfois des gaz lacrymogènes tandis qu'un bateau de la Garde civile patrouillait. "L'Espagne est actuellement défiée par un pays tiers, le Maroc", a déclaré mercredi le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, fustigeant "le manque de contrôle des autorités marocaines".

Il ne s'agit "pas seulement d'un manque de respect envers l'Espagne, mais envers toute l'Union européenne", a poursuivi le dirigeant, qui a envoyé des renforts policiers et avait promis mardi de "rétablir l'ordre" dans l'enclave.

Côté marocain, la police a bloqué dans la nuit de mardi à mercredi des dizaines de jeunes candidats à l'émigration, qui ont riposté en jetant des pierres, a constaté l'AFP sur place. Portés par l'espoir d'une vie meilleure, alors que la pandémie a encore aggravé leur situation, de nombreux Marocains se disent prêts à tout pour rallier la petite enclave espagnole, désireux de pouvoir ensuite aller en Europe.

Des policiers et des gardes-frontières espagnols montent la garde pour empêcher les migrants de se faufiler à travers la clôture de la ville de Fnideq, dans le nord du pays, et de rejoindre Ceuta. ©EPA

Avec l'autre enclave de Melilla, située à 400 kilomètres à l'est sur la côte marocaine, Ceuta est la seule frontière terrestre de l'UE avec l'Afrique. Toutes deux ont le statut de "ville autonome" espagnole.

D'autres images ont fait le tour des réseaux sociaux, notamment celle d'un plongeur de la Garde civile secourant un bébé dans l'eau, et celle d'une travailleuse de la Croix-Rouge réconfortant un migrant en pleurs sur la plage.

"Faire chanter l'UE"

Durcissant le ton, l'Union européenne a assuré mercredi, par la voix du vice-président de la Commission Margaritis Schinas, que "personne ne peut intimider ou faire chanter l'Union européenne sur le thème migratoire", dans une allusion claire au Maroc. "Ceuta, c'est l'Europe, cette frontière est une frontière européenne et ce qui se passe là-bas n'est pas le problème de Madrid, c'est le problème de tous" les Européens, a ajouté Margaritis Schinas.

"L'Espagne a privilégié sa relation avec le Polisario et l'Algérie, qui soutient les indépendantistes sahraouis, plutôt que sa relation avec le Maroc."
Mustapha Ramid
Ministre marocain des droits de l'Homme

Le gouvernement espagnol avait convoqué mardi, pour lui signifier son "mécontentement", l'ambassadrice marocaine en Espagne qui a été rappelée par Rabat "pour consultation".

Rompant un long silence, les autorités marocaines, par la voix du ministre des droits de l'Homme Mustapha Ramid, ont jugé mardi soir qu'il était "clair que l'Espagne a privilégié sa relation avec le Polisario et l'Algérie" qui soutient les indépendantistes sahraouis, "plutôt que sa relation avec le Maroc".

Mais mercredi, la ministre espagnole des Affaires étrangères, Arancha Gonzalez Laya, a assuré que, malgré cette crise, Madrid ne changerait pas sa position sur le Sahara occidental et continuerait à rester neutre et à respecter les résolutions des Nations unies. De son côté, Pedro Sanchez a été hué mardi à son arrivée à Ceuta et Melilla par les habitants mécontents de la gestion de cette crise.

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