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L’Europe mal dosée contre le virus

Rédacteur en chef adjoint

Seule l’Europe subit ces couacs à répétition dans l'approvisionnement des vaccins. Avec ce sentiment de plus en plus prégnant que les autorités n’ont pas pris la mesure de l’urgence.

"Le fait d’avoir une approbation en moins de douze mois crée un problème commun: le démarrage des chaînes de production." Clap, troisième! Après Pfizer/BioNTech, après AstraZeneca, voici le patron français de Moderna qui s’excuse à son tour sur la chaîne LCI: désolé, amis européens, on ne pourra pas vous fournir le nombre de vaccins désirés. La raison? Les sites de production n’y arrivent pas. Air désormais connu… L’une après l’autre, les entreprises pharmaceutiques nous annoncent des retards de livraison, alors que les commandes, elles, sont sur leur table depuis des mois, à la dose près. Les pharmas, seules coupables? Non. Car on le voit clairement aujourd’hui, seule l’Europe subit ces couacs à répétition. Avec ce sentiment de plus en plus prégnant que les autorités n’ont pas pris la mesure de l’urgence.

Les pharmas, seules coupables? Non. Car on le voit clairement aujourd’hui, seule l’Europe subit ces couacs à répétition.

Non, nous n’avons pas l’Europe de la santé. Comparé aux États-Unis, avec leur "Operation Warp Speed", avec leur coordinateur en chef (un ex-GSK passé par la Belgique), avec leur général 4 étoiles, avec leur "battle rhythm", ces réunions quotidiennes rassemblant défense, scientifiques, pouvoirs publics et industrie, face à cette offensive militaire, l’Europe fait figure de stagiaire en formation.

Face à l'offensive militaire des États-Unis, l’Europe fait figure de stagiaire en formation.

Certes, elle pouvait s’enorgueillir de grouper les commandes des États membres pour peser de tout son poids sur les prix. Mais cette concession donnée du bout des lèvres par ces mêmes États membres n’a fait que brouiller les processus de décisions. Et voilà la Commission, seule, réduite à guerroyer sans armes contre les géants de la pharma pour non-respect des contrats, quitte à créer ce qui s’apparente à une guerre commerciale inédite en contrôlant au plus près les exportations de vaccins hors de son territoire.

Pour le reste, l’exécutif européen est totalement désarmé. Et c’est aux États qu’est revenue cette tâche de mettre la pression sur leurs propres acteurs pour sortir de l’ornière: l’Allemagne en facilitant le redémarrage d’un ancien site de Novartis au profit de BioNTech/Pfizer; ou la France qui a mis au pas Sanofi, lui-même bien en peine pour son propre vaccin, afin qu’il mette à disposition ses lignes de production. Des décisions prises en catastrophe, qui mettront plusieurs semaines à porter leurs fruits.

Si l’Europe est en guerre contre le virus, elle est partie la fleur au fusil. Une impréparation coupable qui se paie cash aujourd’hui.

En attendant, les retards s’accumulent, les programmes de vaccination se grippent. Madrid et la Catalogne ont annoncé faire une pause, tout comme le Portugal; Paris et le nord de la France reportent de 2 à 4 semaines l’injection de premières doses. Chaque semaine qui passe sans vaccins apporte son lot de morts. Chaque semaine qui passe postpose notre retour à la normale et la relance de nos économies. Si l’Europe est en guerre contre le virus, elle est partie la fleur au fusil. Une impréparation coupable qui se paie cash aujourd’hui.

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