L'Europe met en scène le contrôle de sa frontière avec la Turquie

Les présidents des trois institutions européennes et le Premier ministre grec devant le hublot d'un hélicoptère survolant la frontière gréco-turque. ©EPA

À la frontière gréco-turque, les présidents des trois institutions de l'Union ont marqué leur soutien indéfectible envers la Grèce. Remerciant le pays pour son rôle de "bouclier" de l'Europe, la présidente de la Commission Ursula von der Leyen a annoncé une aide à Athènes de 700 millions d'euros.

Après l’ouverture des frontières turques, après les images de demandeurs d’asile repoussés aux frontières par les forces de l’ordre grecques, l’Union européenne a orchestré mardi sa reprise en main de la situation. Ses trois présidents, Ursula von der Leyen (Commission), Charles Michel (Conseil) et David Sassoli (Parlement) se sont rendus ensemble dans la ville grecque de Kastanies, à proximité de la frontière turque.

Je remercie la Grèce d’être en ce moment notre bouclier européen.
Ursula von der Leyen
Présidente de la Commission européenne

Alors que le président turc Recep Tayyip Erdogan a prétendu que "des millions" de demandeurs d’asile allaient désormais prendre la route de l’Europe, comme pour réveiller les passions qu’avait suscitées l’afflux migratoire de 2015, le trio a affiché la détermination de l’Europe à soutenir la Grèce. "Ceux qui cherchent à tester l'unité de l'Europe seront déçus", a affirmé la cheffe de l’exécutif européen au cours d’une conférence de presse ponctuée de bourdonnements d’hélicoptère.

Soutien sans réserve

Le cœur du message étant l’unité, aucune référence directe n’a été faite à la manière dont Athènes a choisi de gérer la crise, en fermant unilatéralement sa frontière et en repoussant parfois brutalement des demandeurs d’asile contre les prescrits du droit international. "Je remercie la Grèce d’être en ce moment notre bouclier européen", a indiqué Ursula von der Leyen, tandis que Charles Michel a exprimé à la Grèce son "soutien pour tout ce [qu’elle a] fait ces derniers jours" en termes de protection de la frontière grecque, donc européenne.

[Il faut adopter] une réaction proportionnelle en respectant le droit international et les droits de l'homme.
Charles Michel
Président du Conseil européen

Il a ajouté qu'il était important d'adopter "une réaction proportionnelle en respectant le droit international et les droits de l'homme". Une remarque qui semble tournée vers l’avenir, alors que l’autre message du jour était celui d’une action concrète de l’Union pour soutenir les Grecs: de l'argent, du personnel, du matériel.

Tout le soutien nécessaire

"Notre première priorité est de nous assurer que l'ordre est maintenu à la frontière extérieure grecque", a indiqué Ursula von der Leyen, ajoutant être "pleinement engagée à mobiliser tout le soutien opérationnel nécessaire aux autorités grecques".

Concrètement: une assistance financière de 700 millions d'euros sera fournie à la Grèce, dont la moitié "disponible immédiatement". Mais encore: l’agence Frontex, les garde-frontières européens, va y déployer cent personnels supplémentaires (530 opèrent déjà en Grèce), ainsi que sept bateaux, dont un patrouilleur de haute mer, deux hélicoptères, un avion, et trois véhicules à vision thermique. Ces agents européens agiront dans le cadre d’un mandat précis et en respectant la convention de Genève sur les droits des réfugiés, avait précisé plus tôt dans la journée un porte-parole de la Commission.

La réforme attendue

Si nous n'avons pas de politique migratoire commune, comment pouvons-nous garantir (les droits des demandeurs d’asile) et comment pouvons-nous être les leaders de la défense des droits humains?
David Sassoli
Président du Parlement européen

Derrière l'emplâtre, se pose comme jamais la question de la réforme européenne qui aurait dû empêcher ce type de situation d'advenir. "Partir d’ici sans changement serait une occasion manquée", a souligné de son côté le président du Parlement, David Sassoli, plaidant pour une politique migratoire qui organise une juste répartition des demandeurs. "Si nous n'avons pas de politique migratoire commune, comment pouvons-nous garantir (les droits des demandeurs d’asile) et comment pouvons-nous être les leaders de la défense des droits humains?"

L'Europe ne parvient pas à s’accorder sur la révision du règlement de Dublin, en vertu duquel les demandes d'asile doivent être traitées dans le pays européen dans lequel le demandeur est enregistré à son arrivée sur le territoire européen: le plus souvent la Grèce et l'Italie. En 2015, l'Union a adopté un système de répartition de demandeurs d'asile entre États membres qui s'est avéré inopérant. 

Hôte des trois présidents, le Premier ministre grec Kyriakos Mitsokatis a lui aussi appelé mardi à l’adoption d’une politique migratoire européenne complète. Outre un "partage effectif du fardeau", a-t-il dit, "nous devons être innovants, penser ‘out of the box’". Il a évoqué à ce sujet des "idées intéressantes venant de la Commission européenne". Mais lorsqu'on l'interroge, celle-ci n'a pas de précision sur les pistes envisagées: "Nous travaillons sur le nouveau Pacte sur la migration et l'asile, mais c'est en cours donc trop tôt pour en parler", indique le porte-parole de la Commission sur ce sujet, Adalbert Jahnz.

Les trois présidents n'auront évidemment pas quitté la Grèce avec une solution clé en main au débat qui divise l'Union depuis cinq ans. Mais avec l'image d'une Europe activement penchée sur la question.

Washington prêt à armer la Turquie

Les États-Unis ont annoncé mardi leur intention de fournir des armes à la Turquie pour soutenir ses combats en Syrie contre l'armée de Bachar al-Assad. "La Turquie est un allié de l'Otan. L'essentiel de l'armée utilise de l'équipement américain. Nous allons nous assurer que l'équipement est prêt et utilisable", a indiqué à l'agence Reuters l'émissaire spécial des États-Unis dans la région, James Jeffrey.

Sur le terrain, les combats se poursuivaient, mardi. Un avion du régime de Damas a encore été abattu par l'armée turque dans la province d’Idlib, a rapporté l'Observatoire syrien des droits de l'Homme. Selon cette ONG qui établit des bilans chiffrés des victimes de la guerre en Syrie, c'est le troisième avion du régime détruit depuis dimanche. Damas affirme de son côté avoir abattu un drone turc dans le sud de la même province, frontalière de la Turquie, alors qu'Ankara utilise de nombreux aéronefs télécommandés armés.

Suite à la perte de 34 militaires sur le sol syrien, la Turquie a lancé une offensive dimanche contre les forces de Bachar al-Assad, elles-mêmes soutenues par la Russie. Une rencontre entre les présidents Recep Tayyip Erdogan et Vladimir Poutine est prévue jeudi, nourrissant l’espoir d’une désescalade.

Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell se rendait à Ankara, mardi, où il devait notamment tenir des "discussions de haut niveau" sur l'escalade dans la province d'Idlib. Les ministres européens des Affaires étrangères se réuniront vendredi à Zagreb avec pour ordre du jour: "Syrie/Turquie".

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