L'Europe organise la lutte contre le terrorisme

Federica Mogherini ©AFP

L'Union européenne n'entend pas créer un service de renseignement européen, mais désignera des personnes chargées d'améliorer les "liaisons" avec les homologues locaux.

Les ministres européens des Affaires étrangères ont planché lundi sur le renforcement de la coopération en matière de lutte contre le terrorisme - notamment en impliquant davantage les pays arabes - . Ils réservent toutefois l'essentiel des décisions à leurs collègues de l'Intérieur ainsi qu'aux chefs d'Etat et de gouvernement des 28 qui en débattront le 12 février prochain.

Ils ont certes décidé de doter les délégations de l'Union européenne dans certains pays directement concernés par la lutte anti-terroriste d'"attachés de sécurité" (à l'image de ceux dont disposent des ambassades bilatérales, qui ont également souvent un attaché de défense). Ils devront nouer des contacts avec les services de sécurité locaux, a indiqué la haute représentante pour la politique étrangère de l'UE, Federica Mogherini.

Il ne s'agira pas d'un embryon de service de renseignement européen, mais bien de personnes chargées d'une tâche de "liaison" pour parler "contre-terrorisme" avec leurs homologues locaux "au même niveau", a-t-elle précisé au cours d'une conférence de presse.

Ces attachés de sécurité feront partie du Service européen d'action extérieure (SEAE), que dirige Mme Mogherini, et le renforceront, a ajouté le chef de la diplomatie belge, Didier Reynders, devant des journalistes.

Les ministres des Affaires étrangères ont également donné mandat à Mme Mogherini de faire des propositions pour "améliorer la communication avec la population arabophone", tant à l'étranger qu'à l'intérieur des 28 Etats-membres de l'UE.

"Nous devons améliorer nos capacités à parler et à lire l'arabe", a reconnu la haute représentante, en écho aux propos tenus plus tôt dans la journée par le secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil al-Arabi, invité de longue date à ce conseil des ministres européens des Affaires étrangères.

La lutte contre le terrorisme n'est pas seulement "une question militaire ou sécuritaire", a affirmé M. al-Arabi, ajoutant qu'il fallait la livrer "au niveau intellectuel, culturel, médiatique, religieux". "C'est cela que nous tentons", a-t-il expliqué.

Selon Mme Mogherini, l'UE prépare des actions de lutte contre le terrorisme avec la Turquie et des pays arabes.

"Nous préparons des projets spécifiques à lancer dans les prochaines semaines avec des pays précis pour accroître le niveau de coopération en matière de contre-terrorisme", a-t-elle dit, citant "la Turquie, l'Égypte, le Yémen, l'Algérie, des pays du Golfe".

Plusieurs ministres ont évoqué des pistes du même ordre, comme le renforcement de la coopération - d'abord entre Européens mais aussi avec des pays clés, comme la Turquie, l'Egypte, la région d'Afrique du nord ou même l'Asie, par laquelle transitent des combattants djihadistes à destination ou au retour de la Syrie -, le renforcement des contrôles aux frontières extérieures de l'espace Schengen, la lutte contre le trafic d'armes illégales ou la création d'un registre commun des passagers aériens (PNR).

Ces questions seront discutées par les ministres de l'Intérieur, le 28 janvier à Riga, et surtout par les chefs d'Etat ou de gouvernement le 12 février, lors d'un sommet à Bruxelles consacré à la lutte contre le terrorisme et les "combattants étrangers" européens de retour de Syrie ou d'Irak.

"Nous espérons, compte tenu de ce qui s'est passé en France, en Belgique et ailleurs, que le Parlement européen va comprendre qu'il faut débloquer le PNR", a déclaré lundi le ministre français, Laurent Fabius. Didier Reynders a lui aussi plaidé pour "plus d'échanges d'informations (...) pour suivre à la trace l'ensemble des combattants étrangers".

Mme Mogherini a également annoncé que l'UE et ses partenaires allaient intensifier leurs efforts pour combattre le financement des réseaux terroristes, avec l'organisation "dans les prochains jours" d'une réunion entre experts.

Des experts provenant d'Europe, des Etats-Unis, d'Australie, du Canada, du Japon, de Norvège, de Suisse et d'Islande ainsi que d'organisations onusiennes, sont attendus.

Il s'agit plus particulièrement de viser le groupe Etat islamique (EI), qui occupe des pans entiers des territoires syrien et irakien et qui cherche à s'étendre malgré les frappes dans ce pays de la coalition depuis le mois d'août.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés