L'Europe paralysée à la veille d'un sommet

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Budget, élargissement, Syrie, prochaine Commission, climat… Tous les dossiers importants étaient bloqués à la veille du sommet européen. La France, en particulier, fait de l’anti-jeu sur la formation de la prochaine Commission et l’élargissement de l’Union.

À la veille du sommet européen, aucun des sujets à l’ordre du jour n’était en mesure d’être tranché par les 28 chefs d’État et de gouvernement. Budget 2021-2027, élargissement aux Balkans, réaction à l’agression turque en Syrie, formation de la prochaine Commission européenne, lutte contre les changements climatiques… Une crise bien plus profonde que le Brexit paralyse l’Europe sur tous les fronts.

  •  Le Cadre financier pluriannuel (CFP) 2021-2027, le prochain budget de l’UE, n’a toujours pas été adopté. Le départ du Royaume-Uni creuse les finances européennes et on ne sait toujours pas comment combler le trou, ni financer les nouvelles politiques. Aucun accord n’est en vue sur les budgets alloués à la PAC et au fonds de cohésion. La Commission Juncker appelle de tous ses vœux un accord pour décembre. Mais selon plusieurs sources, cela n’arrivera pas. "On va vers une adoption tardive du budget avec deux ans de perdus dans son exécution", regrette un diplomate européen.
"Les dirigeants européens vont se pencher sur l’idée de faire redémarrer la machine."
Un diplomate

  •  L’élargissement de l’UE patine. La France bloque l’adhésion de deux pays, la Macédoine du Nord et l’Albanie. Lundi, Paris a freiné des quatre fers lors d’une réunion des ministres des Affaires étrangères. "La discussion sera encore plus dure au niveau des chefs d’État", prévient une source européenne. La France va jusqu’à remettre en question le processus même d’élargissement.
  • La politique étrangère n’est guère plus reluisante. Les Vingt huit ne parviennent pas à s’entendre sur une réaction forte et efficace à l’invasion brutale de la Syrie par les forces turques, laissant la Russie et Ankara mener le jeu à ses frontières. Le président turc Recep Tayyip Erdogan a menacé les Européens de déclencher une nouvelle crise migratoire s’ils s’interposaient. Le fait que la Turquie soit membre de l’Otan pèse lourd dans cette paralysie.
  • Trois commissaires manquent à l’appel dans la prochaine Commission européenne, ceux désignés par la France, la Roumanie et la Hongrie. La présidente élue Ursula von der Leyen, dont ce sera le premier sommet européen, devra s’entendre avec les dirigeants sur ses priorités pour la législature, tout en assumant un report d’un mois au moins de son entrée en fonction, initialement prévue début novembre. "On va perdre un temps précieux avant d’avoir une Commission opérationnelle, dit un diplomate, les dirigeants européens vont se pencher sur l’idée de faire redémarrer la machine."
  • La France, encore elle, n’est pas pressée de proposer le ou la candidate qui remplacera Sylvie Goulard. Le président français Emmanuel Macron n’a toujours pas digéré le rejet de la candidature de sa protégée par le Parlement européen. Selon une source proche de l’Élysée, il veut "des assurances sur la stabilité politique durant la prochaine législature". Traduction: pas question que les eurodéputés changent de cap à chaque vote lors des cinq prochaines années.
  • La lutte contre les changements climatiques, prévue en bout de sommet, pourrait être l’un des autres parents pauvres de l’agenda. Trois pays, la Tchéquie, la Hongrie et la Pologne ont des difficultés à s’engager dans l’objectif de neutralité des émissions de CO2 d’ici 2050. On vous le disait, sale temps pour l’Union.

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